Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mardi 28 février 2017

Ce dimanche matin

 Ce dimanche matin, sunny morning. 

 Marianne et moi sommes allées courir en forêt. Petit short, petit sweat, bises à Rose, et hop, nous voilà parties. Trajet en voiture pour rejoindre la forêt, puis trajet au pas de course, d’une dizaine de kilomètres sur les chemins tortueux d’une forêt hivernale, claire et ensoleillée. En pleine forme, l’air à pleins poumons, la joie de courir et d’être vivantes. Puis, inévitable arrêt, essoufflées, satisfaites, au pied d’un chêne, French kisses contre son tronc, mise à nu des seins (il n’y avait qu’à soulever le sweat) et pelotage d’iceux, avant de procéder à la descente du petit short avec accès direct aux chatounes merveilleuses.

 Heureusement, personne dans cette pauvre et triste forêt endormie. Pas âme qui vive, à part quelques corbeaux virevoltant autour des arbres squelettiques. Grand silence, propice au sommeil de quelques gros rochers, ici et là, endormis. Ça nous permet de nous mignoter tranquillement et de nous léchouiller pendant un long moment. J’ai beaucoup aimé. Notamment quand, à quatre pattes dans la mousse, miches ballotant sous moi, Marianne limait mon frifri avec les doigts de sa main droite, en même temps qu’elle masturbait le sien avec ceux de sa gauche.

 Au retour, un bon bain. Ensemble dans la baignoire. Nous nous sommes délicatement savonnées et frottées, les doigts bien souvent revenus s’immiscer dans nos fentes attractives. Une vraie obsession, mais tellement délicieuse. Et nos baisers d’amoureuses, et nos langues de salopes, tantôt fourrées dans nos chatounes, tantôt dans nos bouches. Et nos caresses de déesses à n’en plus finir...

 Puis, les baisers au coin du feu, devant les flammes crépitantes de la cheminée, à grignoter des biscuits au chocolat et des fraises Tagada. Encore des baisers, entre les biscuits et les fraises, encore nos tignasses emmêlées, encore du déshabillage (car nous nous étions rhabillées), encore des mains jointes, des doigts entrecroisés, serrés, sucés, encore des seins qui se rencontrent, se touchent, se font happer, mordre, lécher, encore des doigts dans la chatte, des chattes bottées, frottées, percées, tout cela à grand renfort de baisers, de doigts vibrants, de gélatine tremblotante, de regards énamourés de belles gouines qui s’adorent et ne peuvent plus se passer l’une de l’autre, et radotent presque de se le dire.

lundi 27 février 2017

La négation de l'impossible


"L'érotisme, ce triomphe du rêve sur la nature, est le haut refuge de l'esprit de poésie, parce qu'il nie l'impossible."

(Emmanuelle Arsan)

dimanche 26 février 2017

Prises de fête

La perspective est uniformément hypertrophiée
Insérée dans une architecture complexe
Quasiment religieuse
Au milieu d’un troupeau gris de collines insolites 
Qui semblent énormes
Endormies
Quand nous nous arrêtons

Mais nous marchons
Toi et moi 
Nues sous nos manteaux gris
Ouverts sur le devant
Nous errons
Nous dérivons
Battons le pavé
Volontairement à la recherche d’une sorte d’enracinement urbain
Nous y revenons
Tous les attributs standardisés sont là
Bien que noyés dans cette vague profuse
Le lys dans la main de l’ange que tu es
La colombe près de la tête de la Vierge que je suis
Le lit de fer où nous irons nous étendre
Et faire l’amour
Comme des mariées
Au milieu de la place
Près de la fontaine
Quand sonneront les douze coups de minuit

Tout y est
La profusion des détails réalistes
Le paon qui fait sa roue sur le quai de la gare voisine
Tout près d’une grosse locomotive noire
Le tapis rouge posé à même le macadam
Pour entrer dans le lit
Le concombre et la pomme sur la table de nuit
Le rayon lumineux émanant des nuées 
Qui suit une trajectoire en zigzag peu vraisemblable
En passant à travers toutes une série d’étroites lucarnes
Le tintamarre des kalashnikov dans le lointain inaccessible et tenace
Et la fumée des cierges

samedi 25 février 2017

Yeux bandés

Yeux bandés
Mains liées derrière le dos
Fini de rire
Impossible de se palper
Le jeu consiste à n’utiliser que ma bouche et ta bouche
Avides comme deux océans pacifiques 
Avec elles nous aspirons nos boites à lolo 
Très belles comme de beaux vélos
Sous la voûte céleste
Et aussi à tour de rôles
Nos langues 
Déliées et agiles
Ta langue est un animal subtil qui force ma bouche
Joue avec ma langue
S’aventure jusque dans mon ventre
Sonnaille dans mon vagin
Égrène des frissons étoilés 
Mais tu me déchires les seins ma chère
Et les automobiles au loin
Entendent mon plaisir comme des hirondelles immobiles

vendredi 24 février 2017

Nul déplaisir

                                                                   à Marianne,

Dans le clair-obscur d’une chambre d’hôtel
Nous disons d’extravagantes messes basses
En même temps que nous nous touchons le pipi
Comme des jolies angelotes très dévergondées

D’un côté il y a la Seine derrière la fenêtre
De l’autre je veux dire du côté de la porte le couloir
Où circulent déjà d’obscurs et matinaux clients
Qui probablement entendent nos burlesques feulements

Nous avons une passion pour l’égalité de nos seins
Et ne lésinons nullement à perforer nos chattes
La vie ne va pas sans un minimum de public même
Dans une chambre crasseuse comme celle où nous sommes 

Nues côte à côte chacune branle elle-même son clito
Nous nous regardons parfois dans les yeux nous tenons
Par nos mains inoccupées et jouissons ensemble
Du fait même de la nature corpusculaire de la lumière

jeudi 23 février 2017

Une sphère de plaisir

Que de figures variées pouvons nous faire à trois
Variations magnifiques du trio
Nous ne manquons jamais de rien
Toujours nous avons quelque chose à nous mettre sous la main
Sous la dent
Ou sur le bout de la langue
A l’envers dans le temps
En traineau sur le lit
Souvent même nous nous faisons des baisers triadiques
Ainsi il n’y a jamais de jalouse
Même si c’est Marianne ma préférée
Je veux dire celle que j’aime
Mais sur ce point
Lecteur
Je ne vous donnerai pas davantage de détails

mercredi 22 février 2017

Une bonne surprise

                                                                   à Marianne,

Toute nue je lis
Sur le tapis
Tu me surprends à un moment crucial
Et tu t’installes tête-bêche
Pas pimbêche
Pas glaciale
Au-dessus de moi
Tu es le ciel je suis la terre
Je dois me taire
Pour une surprise c’est une surprise
Une bonne surprise
Je vois que tu t’ennuies
Ou que peut-être
Tu en a assez de tes traductions
J’ouvre mes cuisses
Et te laisse faire ton ouvrage
Et moi aussi je fais le mien
Nous mettons une énergie olympienne
A traduire toutes les rumeurs obscures du cosmos
Il faut dire
Que nous suivons une partition virtuose 
Extrêmement populaire
Mais à la fin
Nous faisons n’importe quoi
Tout devient chaotique
Nous nous bouffons les seins
Comme Cronos bouffait l’un après l’autre tous ses enfants
Et je mets un zèle extraordinaire à te goder
Au point que tu ris de voir mes seins tressauter
Comme si je sautais à cloche-pied sur le parking
D’un supermarché

mardi 21 février 2017

Ton bel entre-seins

Ton bel entre-seins
Beau sillon intermammaire
Entre tes deux seins

lundi 20 février 2017

Ce que disent mes poèmes

Je ne sais pas toujours très bien ce que disent mes poèmes, mais ils me disent quelque chose d’étrange qui me touche. Je les écris en deçà de ma raison et c’est pour cette raison que je les écris et je les aime.

Certains pourtant parlent de mon amour pour toi qui es une femme. Ceux-là, je sais très bien ce qu’ils disent. Je les écris aussi en deçà de ma raison, et c’est encore pour cette raison que je les écris et je les aime.

dimanche 19 février 2017

Matin enchanteur

Matin enchanteur aux îles de Lesbos (Anonyme)

"Il y a des tendances lesbiennes chez presque toutes les jeunes filles; ces tendances se distinguent à peine de la délectation narcissique." 

Simone de Beauvoir
(Le deuxième sexe)

samedi 18 février 2017

Ce midi

                                                 à Marianne,

A chacune son pré carré
Moi je m’occupe du mien qui est le tien
Et toi tu t’occupes du tien qui est le mien

Il y a tant à lécher sucer téter vibrer
Dans ce pré carré triangulaire
Que le soleil pas tout à fait perpendiculaire 
En oubliera certainement
Ce midi
De se cacher derrière les nuages

C’est un vrai jour de fête 
Un jour de cueillette des cerises
Dans notre verger de silences et de baisers

Si tu étais l’épouse d’un aspirant de marine
Je t’aspirerais
Et je t’appellerais Aspirine
Mais tu est une fieffée coquine
Avec une belle poitrine
Qui ne met pas son nez que dans la farine
Et toujours m’inspire
Et fait de moi 
Un gentil vampire de midi

vendredi 17 février 2017

Monstre assassin

Derrière moi
Dans notre guitoune
Fabrique de silence
Tu pétris mes seins
Et tu pétris mes fesses
Tu te jettes sur moi
Monstre assassin
Comme si tu fendais la mer
Tu m’étreins
Tu pétris encore et encore
Tu aimes vraiment tous mes putains d’hémisphères
Moi aussi d’ailleurs
Surtout quand tu me dis que tu les aimes
Quand tu me dis que je suis une blonde nichonneuse
Qui n’a pas la scoumoune
Et que pour ça tu aimes me téter
Et me faire des ravages
Ce qui me met inévitablement sur une pente savonneuse
En nage
Hors de toute rage
Histoire de vivre une présence organique
Onirique
Comme celle du néant qui se trouve dans une horloge
Mais pour autant 
Tu ne te désintéresses pas davantage de ma chatoune
Car tu sais de source sûre
Que la classification des blondes est infinie

jeudi 16 février 2017

N.Y.C.

                                                                       à Marianne,

Mon rêve c’est aller à New York City
Et de faire l’amour avec toi
Tout en haut d’un gratte-ciel
Je nous vois
Tu me ferais un merveilleux cunni
Sur un grand canapé blanc
Devant une vitre immense
Ce serait la nuit
Et pendant des heures tu me lécherais la chatte
Je serais aux anges
Je regarderais le fabuleux spectacle des lumières de la ville
Et je ressentirais la pulsation farouche de notre sang

mercredi 15 février 2017

Sens de l'envie



"Pour la lesbienne, l’amour est un risque et une conquête, non une pulsion. C’est un acte gratuit, conscient de ne déboucher sur rien socialement." 

Marie-Jo Bonnet 
(Les relations amoureuses entre les femmes)

mardi 14 février 2017

Âme universelle

Le brahman tombe
Et les bras m’en tombent
Malgré tout
Même sans bras
Je vais m’accouder sur le marbre
Du meuble de toilette
De notre salle de bain
Et attendre bien sagement ton existence supracosmique
Ainsi tu pourras me goder à ton aise
Mon cul ce soir est une braise
Et j’ai vu dans tes yeux
Que tu voulais de la baise
Du soi suprême
Et me donner par ce biais conquérant
Ta source
En entrant avec ferveur dans les transes mouillées
Du labyrinthe de mon cœur

lundi 13 février 2017

Ton regard

                                                                                                               A Marianne,

Petit cœur infortuné
Comme j’aime à te faire sourire
Parfois tu vis la terrible contradiction des âmes en souffrance
Entre essoufflement lucide et espoir tenace
Entre résignation et folle recherche du plaisir
Je succombe à ces signes infimes
A ton sourire
A tes mots
Ils me révèlent la candeur et la beauté de ton regard sur le monde
Sur les choses
Sur les êtres
J’aime la splendeur de ce regard qui sait s’émerveiller de cette étonnante lumière d’or
Tu es poésie pure
Onde évanescente
Délicat murmure


samedi 11 février 2017

Le chemin de ronde ou la fin soluble d'une héroïne chérie

Barbara, tignasse blonde, petit nez mutin, sourire discret pour ne pas dire secret. De grands yeux bleus à faire chavirer le cœur.

Il était quatorze heures quand Stéphanie sonna à la porte de l’appartement de Barbara.
— Entrez, dit-elle, en s’effaçant, quelle ponctualité!

Stéphanie avança et découvrit dans le salon, trônant, sage au beau milieu du canapé, une fillette.
— Je vous présente Catherine, ma fille. Huit ans! C’est une grande fille!

Stéphanie embrassa la petite, belle et fraîche comme sa mère.
— J'attends son père d'une minute à l'autre, expliqua Barbara, en se précipitant sur un sac qui traînait, ensuite je suis à vous, et nous partons!

Stéphanie savait que Barbara était divorcée, qu'elle avait vécu pendant neuf ans avec le père de l'enfant. Barbara voulut offrir à boire à Stéphanie qui accepta, mais à la condition que ce ne fût pas de l'alcool, à cause de la route. Barbara alla ouvrir la fenêtre pour y respirer. Il lui sembla entendre comme un bruit de source et elle pensa: un baiser est si vite arrivé. Puis, elle fit quelques pas devant Stéphanie, leva les bras au ciel, croisa ses mains derrière sa tête avant de se pencher vers la droite puis vers la gauche comme un balancier.  Enfin, elle poussa un grand soupir, et dit, comme une enfant très douée:
— Dans ce cas, un jus d’orange?
— Si vous voulez!

Barbara, comme Stéphanie, portait un jean, mais le sien était râpé avec une mini-estafilade sur le genou. Elle portait aussi un T-shirt blanc et une veste en lin. Son teint clair était pâle, presque diaphane. Elle but à petites gorgées. On eût dit qu'elle avait froid, qu'elle avait chaud, trop chaud peut-être, qu’elle était prise dans une bousculade. Elle était rigolote.

Le père de Catherine, une sorte de grand dégingandé marginal, tout frisotté, fit son apparition. Sans s'étonner de la présence de Stéphanie, il emmena la fillette, après que sa mère lui eut prodigué un certain nombre de marques d'affection et dit d’excellentes recommandations que les bonnes mères, dans ces moments-là, n'oublient  généralement pas d'exprimer à leur enfant. C'est alors qu'immédiatement, après son départ, elles chargèrent les bagages  de Barbara dans le coffre de la voiture de Stéphanie. Le jour lumineux faisait luire la bordure des toits.

Sur la route, à la demande de Stéphanie, Barbara raconta en détails son métier de prof de lycée, lui expliquant que ce métier finissait par l'ennuyer. Elle aimait le théâtre et avait réalisé, depuis plusieurs années, des mises en scène avec ses élèves les plus motivés. Elle lui parla aussi de sa famille, de son père autoritaire qu'elle ne pouvait plus supporter, et de sa mère gentille, mais également insupportable, précisément à cause de sa gentillesse, laquelle à la longue, ne révélait que faiblesse et soumission. Elle demanda également à Stéphanie si elle connaissait Nancy, la ville où elles allaient. Stéphanie lui répondit que non. Des étoiles encore invisibles filaient derrière la voiture. Durant un moment de silence, Barbara eut l’impression d’entendre un instrument de musique muet.

Après ce silence, Stéphanie parla de sa vie de femme flic, de la récente formation au profilage qu’elle venait de suivre au Centre International des Sciences Criminelles de Paris.
— C’est pas trop dur? demanda Barbara.
— C’est un métier qui me plaît! Avant de me retrouver en vacance, nous étions, avec mes collègues, sur la piste d’un serial killer? Vous en avez peut-être entendu parler?
— Oui, dans les journaux! C’est ce type qui a déjà tué quatre femmes? C’est ça?
— Exact! On pense qu’il s’agit du même tueur, la signature est la même pour ces quatre crimes!
— La signature?
— On appelle ça la signature! C’est tout ce que fait le tueur pour défier un peu plus le système, par exemple, il peut mettre en scène le corps de ses victimes, les attacher, les recouvrir, les asseoir, les mettre nues, les mutiler d’une certaine manière, etc.
— Quelle horreur!
— Mais ce sont autant d'indices révélateurs des dysfonctionnements psychologiques de l'auteur. C'est tout ce que le tueur fait qui n'est pas nécessaire à la réalisation de son crime et c'est l'expression de son identité.
— Je comprends!

En fin d'après-midi, elles arrivèrent non loin de Nevers, dans un charmant petit village où elles décidèrent de faire une halte, et peut-être même de passer la nuit, tellement le lieu était pittoresque, avec ses vieilles maisons, sa rivière paisible et son petit pont. Hors de la voiture que Stéphanie stationna sur la place de l’église où, en son centre il y avait une sorte de bâillement ovale, elles déambulèrent à la recherche d'une auberge ou d'un hôtel, et découvrirent par la même occasion qu'il existait également des ruines, particulièrement romantiques et bien conservées, témoignant de l'existence d'une ancienne et imposante forteresse féodale.

Dans la seule et unique auberge du village, Stéphanie et Barbara retinrent deux chambres, assez modestes, mais coquettes et fort agréables, puis décidèrent d'aller faire une promenade parmi les ruines, en attendant l’heure du dîner. Avant de se mettre en route, Barbara eut encore l’impression agréable d’entendre le même instrument de musique muet, et cela l’amusa. Elles suivirent d’abord un chemin assez raide et arrivèrent dans une grande cour, au centre de laquelle se dressaient les restes d’un donjon. Les distances étaient abolies et tout restait en place.
— De là-bas, dit Stéphanie, en désignant ce qui lui paraissait le chemin de ronde, on doit avoir un joli coup d'œil sur la vallée, voulez-vous que nous y allions?

Barbara n'était pas contrariante. Je te suis, pensa-t-elle, nous irons plus loin, et souple comme un cabri, malgré l'accès peu praticable occasionné par les ronces qui le recouvraient en partie, elle s'engagea dans ce qui, certainement, fut autrefois l'escalier central. Il faisait beau et chaud, et le soir, comme un mur, ne semblait guère décidé à tomber. Barbara, l'air joyeux, semblait apprécier cette promenade. A un endroit particulièrement escarpé, un oiseau noir semblait s’être perdu, alors Stéphanie proposa sa main à Barbara, afin de l'aider à grimper. Stéphanie profita de cette aide pour regarder effrontément Barbara dans les yeux, ce qui troubla incroyablement la jeune femme qu’elle trouvait infiniment belle et désirable…

Sur le rempart, l’oiseau noir s’était retrouvé, et elles dominaient effectivement tout le village et la campagne environnante et souriante. Sans être beau, ce paysage avait le caractère charmant et serein de la campagne vallonnée du centre de la France.
— Vous aimez? demanda Stéphanie.
— Beaucoup! Et vous avez eu une bonne idée de vous arrêter dans cette bourgade, elle est très pittoresque, et elle nous rapproche grandement de Nancy!

Barbara était accoudée dans un des créneaux de la muraille, et sans en avoir l'air, Stéphanie s'approcha d'elle si près, que Barbara en fut étonnée. Le ciel se pencha. Soudain, Stéphanie crut qu'une tempête passait dans ses yeux, que son amie allait bondir comme une chatte et la griffer. Mais il n'en fut rien. Au lieu de cela, Barbara restait immobile, silencieuse, les yeux dans le vague. Stéphanie s’efforçait d’entrer dans son brouillard où se mélangeaient des mots, des signes et des visages.
— Je vous aime, murmura-t-elle.

Barbara sourit, haussa les épaules, esquissa une moue, et la fixa d'un air rageur. Les marches à monter, jusqu'à un palier lumineux. Un combat s'engagea, regard contre regard. Barbara le perdit. En guise de pirouette, elle sourit de nouveau, et dériva vers l'horizon doré, en avance sur le crépuscule. L’horizon qui se ferme…

Stéphanie, en s'approchant davantage, enlaça la taille de Barbara avec son bras. Elle crut discerner un soupir, signe d’un tourment. Etait-ce de l'agacement ou bien de la peur? Pourtant, Barbara ne bougeait pas, laissa la main de Stéphanie posée sur sa hanche.
— Je vous aime, répéta Stéphanie, doucement.
— Ce n'est pas possible, voyons, c’est stupide! C’est un mirage!
— Stupide? Un mirage! Pourquoi cela?

Barbara ne répondit pas immédiatement, scrutant méticuleusement l'horizon, où se cachaient des milliers d’être vivants, puis se retourna:
— Pas entre femmes, chuchota t-elle, comme si, soudain, la voix venait à lui manquer.
— Mais pourquoi? Pourquoi n'aurions-nous pas le droit de nous aimer?

Les mêmes regards.

De nouveau, Barbara retourna vers l'horizon, muette et contemplative. C’était comme si y coulait un grand fleuve sinueux et lubrique, avec des clartés sur ses berges. Tout en attendant une réponse, Stéphanie déplaça sa main dans le creux de la hanche et la remonta lentement, en exerçant une forte pression des doigts, jusqu'à l’épaule toute ronde qu’elle emprisonna en la serrant contre elle. En même temps, Stéphanie songea qu’elle n'avait pas pu se tromper, que Barbara était certainement prête à l'aimer, sinon pourquoi aurait-elle accepté ce voyage?

Barbara ne put cacher son trouble. Des enfants tristes la regardaient. Elle s'enferma dans une sorte de bouderie et jeta à Stéphanie des torrents de murailles. Un formidable gouffre de silence les submergea et les enlisa pendant des années. Stéphanie sentit la mort l’envahir, et elle voulut réagir, faire quelque chose pour se sauver, appeler le soleil, se hisser sur un toit glissant, sauter par la portière. Désemparée, elle approcha ses lèvres de la joue de Barbara, et ne trouva rien de mieux que de lui faire un baiser.

Les grands yeux de Barbara s'affolèrent. Sa bouche manqua de laisser échapper un cri, elle était un train poussif chargé de marchandises, mais Barbara resta sereine comme un chemin fantasque et garda le contrôle d'elle-même. Alors, Stéphanie l'attira vers elle, la prit entre ses bras et se mit à l'enlacer de toutes ses forces. Barbara secoua sa tignasse d'un non énergique, mais se laissa cueillir, fragile comme une feuille. Stéphanie colla ses lèvres sur les lèvres offertes, et leur appliqua un baiser complètement fou, comme un cheval emballé, passionné et fougueux.
— Vous exagérez vraiment, dit Barbara, comme une feuille qui se détache, quand enfin Stéphanie lui permit de respirer, je ne savais pas que j'avais affaire à une lesbienne!

Son ironie lui réchauffa le coeur. Des voix coururent au loin et le fleuve sinueux se mit à sourire.
— Sinon, sans doute, vous ne m'auriez pas accompagnée, n'est-ce pas?
— Bien sûr! Vous vous rendez compte?

La voix de Barbara était douce, à peine un reproche. Stéphanie , balle au bond, insista.
— Dieu me pardonne, j'avoue que je ne me rends pas compte... Je ne me rends plus compte du tout, car pour moi, maintenant, c'est ma vraie nature... Mais je remarque que cela ne vous effarouche pas trop, je me trompe?
— Vous êtes un monstre!
— Vraiment?

De nouveau, Stéphanie attira Barbara contre elle et l'embrassa. Comme la jeune femme semblait prendre goût à ces baisers, Stéphanie se risqua à introduire sa langue dans sa bouche. Barbara ne se défendit même pas. Elle aimait. Elle aimait tellement qu’elle s'abandonna complètement entre les bras de Stéphanie. Elle ferma ses yeux et se transforma en une sorte d'enfant docile ou plutôt de nature morte. Avec sa main, comme une lettre d’amour écrite à l’envers, Stéphanie caressa la joue de Barbara, ses cheveux, ses paupières…
— Vous aimez, murmura Stéphanie, assez sûre d’elle-même.
— Il y a tellement longtemps qu'on ne m'a pas fait ça, tellement longtemps que je vis seule, vous savez, c'est si bon des caresses... Qu'elles viennent d'un homme ou d'une femme, cela m'est bien égal après tout, ça me manque tellement!
— Ne dites pas cela... Avec une femme, c'est infiniment meilleur... Avez-vous jamais essayé?
— Non, murmura Barbara, presque sans voix, sa chair frissonnant dans le vague.
— Il faut essayer, reprit Stéphanie, en la blottissant de nouveau tout contre elle, il le faut…

Mais Stéphanie n'acheva pas sa phrase. Dans le ciel s’élevaient toutes sortes de disputes très bruyantes. Avec ses lèvres, elle se glissa dans le cou de Barbara pour y déposer mille petits baisers qui la firent trembler de plaisir. Barbara se laissa faire avec tellement de simplicité et de gentillesse, que Stéphanie s'émut de son bonheur et la dorlota avec passion. Puis, elles reprirent leur marche sur le chemin de ronde. 

Profondément heureuse, Stéphanie tenait la taille de Barbara avec le sentiment qu’elles allaient bien s’entendre, qu’elles allaient devenir de vraies amies complices. Barbara également, tout en s'émerveillant de la beauté des lieux, avait l'air heureux. A son tour, elle saisit Stéphanie juste au-dessus de la hanche et, côte à côte, dans le plus parfait silence, elles déambulèrent, comme un couple d'amoureux, sur le large sentier de pierres. 
— Je vous plais? demanda soudain Stéphanie, pour rompre le silence.
— Peut-être, après tout... Je n'avais jamais pensé à l'amour d'une femme… Ce n'est peut-être pas mal... Et puis, vous êtes si belle!

Stéphanie rougit de fierté, elle savait que cela était vrai. Depuis toujours les hommes l'avaient regardée et sifflée dans la rue. Avant de devenir flic, elle avait été dame de compagnie chez la comtesse de Kerouragan pendant quatre années. Pendant tout ce temps, elle avait vécu avec Ariane Campion, dans sa maison de campagne. Elles s’étaient aimées comme des folles, mais l’amour fou s’était lassé, comme elle avait fini par se lasser des fantaisies de Madame de Kerouragan. Stéphanie avait quitté l’une et l’autre de ces aventurières et avait voulu se mettre à son propre compte. Elle était alors devenue caissière dans un supermarché. Elle se souvenait que, malgré sa blouse hideuse, le directeur, un homme parfaitement séduisant, l'avait remarquée, et qu'un soir, sous un prétexte quelconque, l'avait retenue dans son bureau pour la sauter. Elle était alors âgée d’environ vingt-cinq ans, et c'était la première fois depuis bien longtemps (depuis Lionel), qu’elle baisait de nouveau avec un homme. Elle avait aimé et s’était demandé si elle n’avait pas fait fausse route avec toutes ces gouines qu’elle avait connues. Plus tard encore, elle avait tenté sa chance avec d'autres hommes, et ç'avait été toujours aussi facile. A la fin, ça l'avait agacée, tellement c'était facile, car elle n'avait rien d'autre à faire que d'attendre et de se laisser désirer, peloter, déshabiller, sucer, baiser! C'était d'un triste! C'est la raison pour laquelle, elle s’était remise à aimer les femmes, parce qu’avec les femmes, c’était plus difficile. Une femme, c’est toujours plus difficile à séduire…

Stéphanie regarda Barbara. Sous ses frêles apparences, malgré le froid de neige qui devait régner sous sa poitrine, la jeune femme lui parut plus décidée, ses grands yeux bleus, plus sombres, sa folle tignasse, plus fauve... C'est alors qu’elles pénétrèrent dans une sorte d'échauguette, et qu'à peine entrées dans ce refuge, Barbara s'adossa langoureusement contre le mur en offrant ses lèvres à Stéphanie. Impatiente, la belle les prit dans sa bouche et les baisa avec avidité.
— Ooh, je t'aime, lui dit Stéphanie, très excitée.
— Moi aussi, je t'aime, murmura Barbara, avant de reprendre l'initiative d'un nouveau baiser, encore plus sauvage.

Cette fois, c'était Barbara qui embrassait Stéphanie, et Stéphanie sentit ses lèvres fondre, solubles entre celles de Barbara, tandis que sa petite menotte, insidieusement, s'arrondissait sur le sein gauche de la femme flic. Etonnée par autant de hardiesse de la part d'une qui se disait hétéro, Stéphanie se laissa faire, ce qui permit à Barbara de se montrer encore plus audacieuse. Des rayons bleutés, des éclats multicolores tourbillonnèrent et s’élevèrent dans les cieux et le silence tomba lourdement au pied du chemin de ronde, mais sans se fracasser.

Barbara délaissa la bouche de Stéphanie, laquelle remarqua combien le visage de son amie paraissait intrigué et curieux. Stéphanie s’amusa à regarder la main de Barbara qui allait et venait sur son chemisier, et qui, timidement, s’emparait de l'une ou de l'autre de ses rondeurs, n'osant trop les pétrir.
— Tu veux les toucher? Les voir? demanda la belle, en déboutonnant son chemisier.

Barbara ne répondant ni oui ni non, en un clin d'oeil, c’est Stéphanie qui prit la décision à sa place. Promptement, elle se débarrassa de son chemisier et de son soutien-gorge et lui mit sous le nez les merveilleux avantages que Dame Nature lui avait accordés. Une tourmente vint s’égarer dans les vestiges de la lumière.
— T’as déjà vu les seins d’un flic?

Barbara était émue, étonnée et ravie, et ce fut avec un bonheur insigne qu’elle s’en chargea les mains.
— Ils sont gros, dit-elle.
— Pas tant que ça!
— Je veux dire, ils sont plus gros que les miens!
— Je sais pas. Montre-les-moi, je te dirai après, dit Stéphanie, en explorant à son tour avec une main la poitrine de son amie.

Barbara hésita.
— J'ai un peu honte, ils sont petits!
— C'est pas grave, montre-les-moi!

Barbara hésita encore, puis, avec une moue enfantine, enleva d’un seul coup son T-shirt.
— Tu vas voir ce que tu vas voir, dit-elle, en dégrafant son soutien-gorge.

Ce fut deux merveilles d'équilibre et d’élégance que vit Stéphanie, deux seins parfaits, pas très gros, il est vrai, mais loin d'être menus. Surtout, ils étaient admirablement bien suspendus, ronds et fermes. Leurs petites pointes brunâtres, sans agressivité, se dressaient au centre de superbes aréoles dont les contours, parfaitement dessinés, tranchaient magnifiquement sur les globes nacrés. Stéphanie estimait être une connaisseuse. Depuis ces dernières années, elle avait vu et tenu entre ses mains une quantité phénoménale de nichons, souvent magnifiques. Elle crut que jamais elle n'avait connu un tel choc, une émotion si particulière. Les seins de Barbara étaient fragiles et beaux comme deux jeunes pousses, et pourtant ce n'étaient pas des seins de jeune fille, mais bien ceux d'une vraie femme parfaitement épanouie. Pourtant, torse nu, en jean, elle avait l'air d'un petit mec...

Stéphanie vint se placer derrière Barbara et, avec ses deux mains, commença, délicatement, à cueillir les deux sublimes coquillages, en même temps que, telle une ogresse, elle se régalait de la nuque de sable fin et de sa douceur muette. Au fur et à mesure qu’elle se laissait malaxer, qu’elle se laissait tripoter, Barbara s'abandonnait complètement, éprouvant visiblement un extraordinaire plaisir…
— Ooh oui, gémit-elle, vas-y, bouscule-les, maltraite-les!
— Tu aimes?
— J'adore... Ça fait si longtemps qu'on me les a pris comme ça!

Enchantée, Stéphanie, pendant de longues minutes, s’abandonna a la joie toute simple de pétrir ce que la femme a de plus provocant, de plus ravissant, de plus irrésistible... Puis, elle revint se mettre en face de Barbara, afin de lui permettre à nouveau l'accès aux siens. La jeune femme secoua sa tignasse blonde, puis, sans la moindre hésitation, s'empara de la poitrine de Stéphanie. Elles jouèrent, durant de longues minutes, à déformer leurs mames. Leur exaltation était sans mesure.
— Ce qu'ils sont gros, les tiens! répétait Barbara, on dirait les voiles gonflées d’un navire. J’aimerais tellement en avoir des comme ça!
— Idiote, les tiens sont magnifiques, regarde comme ils remplissent bien ma main!
— Tu as raison, mais j'aimerais qu'ils soient plus gros, beaucoup plus gros!
— Je ne connais guère de femmes, tu sais, qui soient pleinement satisfaites de leur poitrine... Ou bien, elles la trouvent trop petite, ou bien trop grosse! 

Barbara se mit à rire, exactement comme une sirène qui, avant que lasse de l’éternelle écume, va plonger dans la mer.
— Tu en as connu beaucoup, des femmes?
— Pas mal, une bonne centaine!
— Ça alors, tu es une experte!

Le soleil, de plus en plus bas, commençait à enflammer l'horizon. La sirène, dans un silence quasi-religieux, contemplait la beauté du disque rouge et goûtait le plaisir raffiné des mains de Stéphanie qui l'enveloppaient. Elle lança:
— J'ai envie que tu me tètes, tu veux bien?
— Bien sûr, c'est fait pour ça, répondit Stéphanie, en retirant ses mains de la poitrine de Barbara.

C'est alors que Stéphanie, se penchant sur le torse de Barbara, approcha ses lèvres d'un de ses mamelons. Il était dressé et frais comme un gardon. Du bout de sa langue, elle le toucha. Un petit coup, puis un second, un troisième. Alors, il lui sembla qu'il s'électrisait, qu'il grossissait, qu’il bourdonnait comme une guêpe voguant sur les chemins. Stéphanie le bouscula encore d'un grand coup de langue, puis le lécha avidement, le titilla en le faisant vibrer comme une cloche. Il se dressa encore bien plus et devint beaucoup plus volumineux et surtout beaucoup plus dur. Stéphanie en fit autant à son petit compagnon qui se mit à frémir comme une autre cloche, mais avec des allures de flamme, cette fois. Fière du résultat, elle les introduisit l'un après l'autre dans sa bouche, sous la lune gitane, tantôt en les aspirant, tantôt en les roulant entre ses lèvres siamoises, comme un galet sur la plage, tantôt en les suçotant comme un bonbon en forme d’étoile de givre sur sa langue.

Barbara adorait. Elle miaulait, pâmée comme une chatte face à l’océan qui se retire ou comme une Eve nouvelle:
— Ooh oui... C'est bon... C'est délicieux... N'arrête pas... Ooh oui... Suce-les bien!

Stéphanie comprit qu'assoiffée de plaisir, Barbara était en train de perdre tout sens critique comme un cheval perdu dans la montagne, qu’elle ferait bientôt le recensement des pierres des murailles, et que le moment était venu d'aller plus loin. Alors, elle déboutonna la ceinture du jean de Barbara, zippa sa fermeture éclair, tout en continuant de lui sucer le bout des seins. La sirène, stoïque et presque légendaire se laissa faire, laissa la main de Stéphanie s'introduire dans ce nouveau passage, l'encourageant même à poursuivre, en poussant des petits cris de satisfaction, quand, finalement, la main, glissant sur son ventre plat, atteignit sa petite mousse en forme de ticket de métro. Ces nouvelles caresses sur cette partie très intime, associées à la vive excitation de ses mamelons, la firent irrésistiblement couiner de plaisir. Mais les vivres ne manquaient pas, elle pouvait tenir cinq à six semaines.

C'est alors que Stéphanie, coureuse infatigable, voulant rompre avec ce qui allait devenir de la monotonie, décida d'aller plus loin encore. Délaissant les tétons, elle s'accroupit devant Barbara et, doucement, baissa son jean et son slip. 
— Attention, dit Barbara, faisant mine d’être surprise,  quelqu'un peut venir!

L’extase contenue abaissait ses paupières.
— Il n'y a personne, tu le vois bien, lui répondit Stéphanie, tout est calme, et ici... il n’y a personne qui ne peut nous voir!
— Ouais… Mais j’espère au moins qu’il n’y a pas de serial killer! Pourquoi t’as pas pris ton flingue?
— Je ne suis pas en service, ma chérie, mais en vacance!

Malgré ses yeux inondés par sa félicité, Barbara était inquiète. Du regard, elle inspecta les parages.
— Tu as raison, reprit-elle après avoir réalisé son inspection des lieux, nuit d’été, nuit semblable à l’éternelle aurore… Tu veux que je me déshabille?
— Si tu veux!
— Dans ce cas, toi aussi!
— D'accord, répondit Stéphanie, en retirant son jean, à moins que tu n'aies pas plutôt envie de retourner à l'auberge? On pourrait se mettre au lit!

Barbara la regarda, sceptique et ironique à la fois. Un coup de vent écarta soudain ses cheveux blonds autour de son pâle visage.
— Tu veux rire, c'est bien mieux ici, en plein air, devant le soleil qui va disparaître et toutes ces étoiles qui vont naître!

A ces mots, Barbara se dépouilla de son jean, et les deux femmes se retrouvèrent nues toutes les deux, l'une devant l’autre, et toujours, le silence indifférent des murs.
— C'est peut-être pas très raisonnable, dit Barbara, tu te rends compte de ce que nous sommes en train de faire? Tu es rasée?
— Complètement. Ça te plaît?
— Je trouve ça très excitant!

Elles se rapprochèrent pour toucher leurs pubis, puis leurs seins qu’elles frottèrent les uns sur les autres et que, doucement, elles écrasèrent les uns contre les autres. Puis, elles s’embrassèrent, très tendrement, tout en caressant gentiment leurs petites fesses qui luisaient de soleil couchant.
— Ooh oui, caresse-moi, répétait Barbara, tu as raison, c'est mille fois meilleur avec une fille... Je commence à comprendre... Tu crois que moi aussi je suis une gouine?
— Bien sûr, que tu en es une, ma chérie, une charmante et jolie gouinette! Comme beaucoup de femmes!
— Oh, je suis heureuse, tu sais... Est-ce que tu m'aimes?
— Bien sûr que je t'aime, je t'adore!
— C'est vrai?
— Vrai!
— Oh! Je suis heureuse, si heureuse! Il y a si longtemps qu'on ne m'avait pas dit des mots tendres... Je suis folle, n'est-ce pas?
— Pas du tout, je suis autant folle que toi... Je suis folle de toi!
— C'est merveilleux!
— Viens, marchons, continuons sur le chemin de ronde!
— Toutes nues?
— Oui, toutes nues... La nuit qui tombe cachera notre nudité et protégera nos coupables amours! Levons l’ancre pour visiter une exotique nature! plaisanta Stéphanie.

Barbara se mit à rire tout en faisant d’innombrables œillades malignes. Elle était heureuse comme un joyeux drille. 

Elles continuèrent leur promenade, laissant derrière elles leurs vêtements. Enlacées, elles marchaient, et Stéphanie répondait à toutes les questions de Barbara. Barbara cherchait surtout à savoir depuis combien de temps Stéphanie était lesbienne, et aussi comment cela lui était venu, ainsi que mille autres choses plus intimes encore. Heureusement, il ne faisait pas froid et le crénelage du rempart, sur le côté, les protégeait du vent et de l’odeur du goémon, et aussi des éventuels regards venant du village, situé en contrebas. Elles étaient bien dans cette douce nuit qui commençait à les envelopper, elles se sentaient vraiment chez elles dans ce vieux château féodal qui ressemblait de plus en plus à un navire. 

Ainsi, lentement, elles arrivèrent au bout de la partie praticable du chemin de ronde.
— On fait demi-tour? demanda Barbara à Stéphanie.
— Tu ne veux pas rejoindre l'autre partie, en face?
— Et nos vêtements? Ils sont loin.
— Ils sont bien là où ils sont! Allons-y!

Barbara suivit Stéphanie sur le plan incliné herbu, mais aussitôt elle s'inquiéta.
— Tu crois qu'on se retrouvera?
— Bien sûr, faudra rejoindre l'échauguette qui est là-bas et qui ressemble à une hune! Attention, regarde, ici il y a  des ronces!

Elles remontèrent une autre pente et atteignirent péniblement cette nouvelle portion du chemin de ronde. De cet endroit, le soleil n'était plus visible. De toute façon, l’astre disparaissait très vite derrière l'horizon. Elles étaient un peu essoufflées. Elles avaient dans les poumons une odeur marine.
— Tu es sûre qu'il n'y a personne dans ce château? Nous sommes maintenant vraiment très loin de nos vêtements! s’inquiéta Barbara. C’est trop dangereux!
— Tu as mille fois raison, mais je suis ton capitaine! Suis moi, matelot!

Mais Barbara arrêta soudain Stéphanie dans sa course.
— Attends, dit-elle, en s'approchant de son amie, attends, je voudrais te sucer!

Stéphanie aimait cette capacité des femmes à prendre des initiatives. Avant même qu’elle ait pu dire un mot, Barbara lui absorba un téton, chevelure d’algue, tandis qu'avec son autre main, elle malaxait son autre sein. Mais Stéphanie ne s'arrêta pas davantage, elle continua sa marche, obligeant Barbara à la sucer en marchant. Ô les chemins qui vont vers l’autre bout du monde! Les chemins qui ne sont pas toujours pareils!
— Regarde, dit Stéphanie, en se penchant dans un créneau, il y a encore des fortifications plus bas, et comme une petite grève éclairée qui donne sur la mer, on y va?
— Tu n'as pas envie de t'arrêter un peu? Tu n'as pas envie de moi? répondit la malheureuse Barbara, toute gémissante.
— Si, beaucoup! Mais, cette petite grève tout inondée de la lumière de la lune, est certainement un pays de rêves, nous y ferons l'amour, je te le promets! Viens, ce n'est plus très loin!

Stéphanie, de nouveau, entraîna Barbara. Mais, dans ce dédale d'escaliers, de murs et de poternes, décor plein de charmes il y a une demi heure à peine, tout devenait si lugubre! Stéphanie ressentit l’effroi. Pas une escale, pas une voile, pas un palmier. Heureusement, elles débouchèrent au pied de la muraille où les attendait une pelouse de silence, légèrement en pente, bien entretenue, simplement parsemée de fines lèvres de sphinges, de cordages, de bosquets, de buissons et d’éclaboussements divers, lesquels se confondaient un peu plus loin avec la campagne environnante. A l'évidence, on pouvait entrer dans les ruines du château par ce côté-ci, car Stéphanie et Barbara découvrirent, un peu plus en contrebas, sur leur gauche, un petit parking désert, pauvrement éclairé par un malheureux lampadaire.
— Tu aimes cette petite grève? demanda Stéphanie, ironique, à Barbara.
— Oui, mais j’ai peur, répondit la jeune femme. Arrêtons-nous ici, parce qu'en allant plus loin, nous risquons de revenir dans le village! Je voudrais être étendue nue sur un divan, sous des fourrures, dans un salon plein de lumière!
— Tu as raison, ici nous serons très bien. Écoute le bruit indifférent des vagues!
— On voit que tu es un flic! Tu n’as vraiment peur de rien!
— Bah! J’ai peur aussi, tu sais, mais je dis: savoure, cher cœur, l’angoisse de cette heure! J’aime me faire peur, vois-tu, histoire de dépasser ma peur!
— C’est grave, ce que nous faisons, c’est de l’exhibitionnisme! Si quelqu’un vient, il peut porter plainte!
— Pas ici, pas avec toutes ces vagues qui murmurent!

Stéphanie éclata de rire, puis, la première, posa son derrière sur l'herbe rase. Barbara, immédiatement, en fit autant. 
— Toi alors, tu as de la suite dans les idées, dit Stéphanie, quand de nouveau elle sentit les lèvres de Barbara s'accrocher à ses tétines, tu as l'air d'aimer ça, dis donc?
— Ça me plaît... Laisse-moi faire!
— Tu n’as plus peur?
— Si. Mais ça me rassure de te téter!

Stéphanie s'allongea de tout son long et laissa Barbara s'installer à quatre pattes au-dessus d’elle. Dans cette position, alors qu'elle commençait à lui sucer consciencieusement le bout des seins, Stéphanie hasarda sa main sous le ventre de Barbara, jusqu'entre ses cuisses. Elle surprit un sourire, au coin de ses lèvres, puis sereine et tranquille, vit l’onduleuse sirène refermer ses paupières, à la manière d'un ange. Et de nouveau, le bruit indifférent des vagues. La main scandaleuse de Stéphanie glissa, puis épousa l’entrejambe, Stephanie sentit Barbara qui s'abandonnait, les yeux clos, au plaisir de cette manoeuvre délicieuse. Avec son autre main, elle caressait la cuisse et la fesse qui lui étaient accessibles, et c'est alors qu’elle vit l’ange rouvrir ses yeux, le bout de son sein gauche dans sa bouche. Barbara la regardait, scandalisée et complice à la fois. Le trouble de Stéphanie devint géant. Elle était en train de tenir le petit cul de Barbara entre ses mains, un ciel d'une immensité ravageuse l'illuminait, tandis qu'une nuée d'oiseaux multicolores, sans doute des goélands, lui picorait le bout des nichons...
— Ce n'est pas bien, murmura soudain Barbara, comme perdue sur une île déserte, cela ne se fait pas entre femmes !

Obéissante, Stéphanie retira immédiatement sa main, de crainte de faire pleurer une fillette.
— Non, continue! dit Barbara, branle-moi encore!

Stéphanie remit sa main et, plus que jamais, ressentit du feu dans sa poitrine. Ses seins, déployés et superbes comme des soleils jaloux, dardaient leurs pointes et envoyaient mille rayons de tiédeur et de tendresse vers Barbara qui les cueillait dans sa bouche.
— Branle-moi, répétait Barbara.

La main de Stéphanie se fit plus insistante. Mais, se redressant quelque peu, Stéphanie invita son amie à inverser les positions. Sans résistance aucune, Barbara s'allongea sur le dos et, les cuisses bien écartées, laissa la main féroce de Stéphanie passer et repasser sur son sexe tout gonflé.
— Mon dieu, que c'est bon, dit la jeune femme, avant de reprendre goulûment un téton, le gauche ou le droit, et de porter sa main, à son tour, entre ses cuisses.

Stéphanie aussi écartait bien ses jambes afin de laisser libre le passage de la menotte de Barbara. Elle s'étonna de la voir la branler, tandis qu'elle continuait de lui sucer le bout des seins. 
— Oh, mon tout petit, dit Stéphanie, ma petite fille adorée, ce que tu aimes les sucettes, n'est-ce pas? Suce, ma chérie, suce-moi bien...

Elles se branlèrent réciproquement, sans chercher encore à déclencher l'orgasme, mais plutôt à savourer le plaisir d'être ensemble et de se faire des caresses, lesquelles, pour Barbara, étaient encore inédites et pleines du charme de l'inédit. Le pubis de Stéphanie, comme celui de Barbara, était devenu volumineux et dur comme les formes de la haine. Alors, Stéphanie proposa à Barbara de faire une fricarelle.
— C'est quoi? demanda l’ingénue, surprise.
— Un truc de gouines, tu vas voir!

Stéphanie se désolidarisa de Barbara et vint se placer tête-bêche sur son côté.
— Maintenant, dit Stéphanie, nous allons souder nos sexes l'un sur l'autre!
— L’un sur l’autre?
— Regarde!

Stéphanie vint s'asseoir entre les jambes de Barbara, glissa sa jambe droite par dessus la cuisse gauche de Barbara, et sa jambe gauche par dessous sa cuisse.
— Viens, approche-toi, colle-toi!

Comprenant très vite l'intérêt de la manoeuvre, Barbara ne se fit pas prier et vint scotcher son sexe contre celui de Stéphanie qui s'accouda à même le sol, ce que Barbara fit en symétrique. Bien calée sur ses coudes, elles poussèrent leurs sexes l’un contre l’autre, gigotèrent du bas-ventre, en tous sens, comme des daurades élastiques. En quelques secondes, chacune devint pour l’autre une extraordinaire partenaire, un plat savoureux, tout vibrant d'émotion et de sensualité. Le cul de l’autre, merveilleusement vivant, devenait chaud et accueillant comme le pont d’un petit navire ou comme une plage de sable fin ou comme une poêle dans laquelle grille un caramel de peau de poisson. Elles se frottèrent ainsi un assez long moment, sentant qu’elles se liquéfiaient l’une dans l’autre, au point, bientôt, de tremper toutes les deux dans leur jus et de produire de merveilleux clapotis et des claquements de voile avec leurs chattes dilatées. Manifestement, cette façon de faire l'amour enchantait Barbara.
— Ooh, j'aime, répétait-elle, j’aime, jamais je n'ai fait ça... Oh oui, c'est vraiment merveilleux! Vas-y pousse, ma chérie, oui... Ooh oui… je veux me pencher vertigineusement sur tes flots! Je veux me noyer, écouler mon trésor vers toutes ces étoiles qui brillent dans le ciel!

Soudain, elles furent pétrifiée d'angoisse. Une voix d'homme, complètement inattendue, retentit à une dizaine de mètres. L'ombre hurla.
— Eh, les mecs, venez! Y a deux nanas à poil en train de faire l’amour, ici!

L'ombre urinait tranquillement. Stéphanie eut la présence d'esprit, la stupéfaction passée, de décoincer son entrejambe de celui de sa compagne et de se remettre immédiatement debout.
— Viens, cria-t-elle à Barbara, sauvons-nous vite!

Stéphanie prit Barbara par la main et l'entraîna dans le château avec suffisamment d'avance pour voir disparaître le type. Courant de toutes leurs forces, elles atteignirent tant bien que mal le chemin de ronde, mais, rapidement, ce fut l'horreur: quatre silhouettes débouchèrent en contrebas, sur la pelouse...
— Regardez! Elles sont là ces salopes! hurla l'un d'eux.

Les hommes se divisèrent et se mirent en chasse. Affolées, les deux amies repartirent de plus belle, main dans la main, mais n'eurent pas le temps, malgré quelques ruses, de parvenir à l'échauguette où se trouvaient leurs vêtements. Bientôt, des ombres tentaculaires les cernaient, se rapprochaient, hilares. Vraisemblablement motards, les hommes s’avançaient, menaçants, bardés de cuir et queutards. Terrorisées, nos gentilles gouines se blottirent l'une contre l’autre, et Stéphanie commença à regretter amèrement son imprudence.
— Alors mes chéries, dit l'un d'eux, on fait ça sans nous, c'est complètement immoral!
— Putain! dit un autre, elles sont chouettes ces gouines!
— Ouais, mais ce sont des gouines, dit un troisième, donc des salopes, puisque, par définition, elles se passent de mecs! Et nous, alors? Ça devrait être interdit, hein, Max?

Max, le quatrième, ne disait mot, tandis que ses copains continuaient de proférer moqueries et sarcasmes.
— On va leur faire leur affaire, dit-il soudain, d’une voix calme, on va les remettre dans le droit chemin, ces salopes!
— OK, Max, t'as raison, dit celui qui paraissait être son second, on va leur faire goûter ce que c'est qu'une bonne bite!
— Ouais… Toi et Tatave, vous vous occupez de la blonde, et nous deux, on va sauter la brune... Elle m'excite cette salope, avec ses gros nichons, pas vrai ma chérie?

Tatave et son pote tirèrent Barbara par le bras si fort que nous dûmes lâcher notre étreinte et nous séparer. Max s'approcha de moi et, sans ménagement, commença à peloter mes seins.
— Si tu te laisses faire, chérie, on te fera pas de mal, agenouille-toi bien gentiment!

A cet instant, Stéphanie comprit que, comme l’écrivait André Breton dans Poisson soluble, le ciel était un tableau noir sinistrement effacé de minute en minute par le vent et que, n’étant pas de taille à faire face à ces deux brutes, son intérêt serait de n'opposer aucune résistance. Elle exécuta donc l'ordre du dénommé Max, comprenant très bien ce qui l'attendait, mais elle était surtout horriblement inquiète pour Barbara. Elle regarda le ciel. Oui, il était un tableau noir sinistrement effacé de minute en minute par le vent.

Max se plaça devant elle, sortit sa verge de sa braguette, et lui ordonna de sucer. Jetant d’abord un rapide coup d'oeil sur sa gauche, Stéphanie vit qu'un sort similaire était réservé à son amie, mais celle-ci s'obstinait à refuser de prendre en bouche la bite du dénommé Tatave. Tandis qu'elle saisit entre ses lèvres le gland tout mou de Max, Stéphanie entendit que les deux autres s'acharnaient sur Barbara, qu’ils la frappaient.
— Alors, salope, tu vas sucer, oui ou merde! répétaient ses bourreaux.

Quand elle entendit un hurlement de détresse, suivi d'une cavalcade, son sang se glaça. Abandonnant un instant la verge qui grossissait dans sa bouche, Stéphanie vit que Barbara venait d'échapper à ses tortionnaires et qu’elle s'enfuyait à toutes jambes, dans le vent, et avec des battements d’ailes. Stéphanie hurla:
— Barbara!
— T'occupe pas de ta copine, lui dit Max, elle n’ira pas loin, suce, je te dis!
— Vous n’êtes que des êtres ignobles, des salauds, vous verrez, on portera plainte! Vous irez en tôle!
— C'est ça, répondit son compère qui lui tripotait les seins, en attendant, fais ce qu'on te dit, tais-toi et suce!

Les larmes aux yeux, morte d’inquiétude pour son amie, Stéphanie continua de sucer la queue de Max le salaud, pendant que son copain la pelotait partout. Quand sa bite fut parfaitement durcie, Max ordonna à Stéphanie de s'allonger dans l’herbe et d'écarter ses cuisses. Terrorisée, Stéphanie obéit. Des figures faisaient des grimaces. Le capitaine regarda les nuages
— A la bonne heure, dit Max, en démolissant l’horizon et en la pénétrant sans douceur, toi au moins, t’es obéissante, t'as pas dû toujours être gouine, t'es pas comme ta copine!
— Ouais, dit l'autre, parce qu'avec Tatave et Sacha, elle va passer un sale quart d'heure, cette petite conne!

Max s'installa en Stéphanie pendant un bon moment. Pendant ce temps son aide de camp lui avait refilé sa queue à sucer, histoire de le préparer. Heureusement, son expérience déjà ancienne d'hétéro servit Stéphanie, car elle fit les choses avec suffisamment de conviction pour que les deux compères s'en montrassent relativement satisfaits. En fin de comptes, Max eut la délicatesse d'éjaculer en dehors d’elle, dans l’herbe, et quand il se retira, son copain, la queue bandée comme un arc, vint immédiatement occuper sa place encore toute chaude. S'installant à son tour, il reprit les va-et-vient, là où son chef les avait laissés, sous l’œil vague de ce dernier qui, en tirant des bouffées à têtes de poisson d'une cigarette, avec un calme olympien, semblait penser que la vie n’était qu’un songe.
— Grouille-toi, dit-il soudain, dégorge tes sentiments, mon pote, Tatave et Sacha ont terminé, Faut qu'on s'casse, maintenant!
— Ouais, attend, ça vient!

En se retirant, le salaud aspergea de sa semence le ventre et les seins de Stéphanie, puis remballa immédiatement sa kalachnikov.
— Allez, viens, vieux, on s'casse, dit Max.
— Ciao, la belle, et merci! ajouta l'autre, tâche de retrouver ta copine!

Ils s'éloignèrent et laissèrent Stéphanie complètement désemparée, dans un tourbillon de rires et de menaces. Où était Barbara? Que lui était-il arrivé? Que lui avaient-ils fait? Stéphanie se redressa et, sans même prendre le temps d'essuyer le sperme qui maculait tout son corps, elle partit à la recherche de son amie. Errant dans l’immensité sombre, elle finit par trouver une porte qui s’ouvrit lentement, à une centaine de mètres. Derrière cette porte, Barbara gisait, face contre terre, dans un fossé, complètement inanimée. Affolée, Stéphanie se précipita.
— Barbara!

Stéphanie retourna son amie et comprit que quelque chose de très grave était arrivé. Elle paraissait morte. Elle ne respirait plus. Fallait-il crier? Fallait-il partir? La serrure de la porte grinça. 
— Barbara, cria encore Stéphanie, réponds-moi! Je t’en prie!
— Ça va, murmura la jeune femme, ouvrant lentement ses yeux, ça va, ne t'inquiète pas! Je vais bien…
— Mon Dieu, que t-ont-ils fait?
— Rien! Seulement tabassée... Je ne me suis pas laissée faire, ils ne m’ont pas violée! Et toi?

Barbara avait le visage tuméfié et saignait à divers endroits. Elle regarda le sperme tout gluant qui dégoulinait le long du ventre et des seins de Stéphanie. Elle en fut écoeurée.
— Ils t'ont violée? 
— Oui, répondit Stéphanie, honteuse, ils avaient un couteau!
— Nous voilà fraîches!
— C'est ma faute, je n'aurais pas dû t'entraîner dans cette aventure! Je m’en veux. Tu as mal?
— Ça va! fit Barbara, courageuse.

Barbara s'agenouilla et arracha une poignée d’herbe pour essuyer le sperme qui maculait le corps de son amie.
— Viens, dit Stéphanie, retournons chercher nos habits, et allons lire Poisson soluble à l’auberge, ensuite nous prendrons une bonne douche!
— Je veux bien, dit Barbara, c’est une très bonne idée qui nous changera les idées! Mais je pense qu’il serait peut-être préférable que nous prenions d’abord notre douche, ou peut-être même un bain. Tu crois qu’il y a une baignoire?
— Je ne sais plus, répondit Stéphanie, je n’ai pas fait attention en visitant nos chambres.
— En fait, nous avons deux chambres! Sur les deux chambres il y en aura sûrement une qui aura une baignoire, peut-être même deux!
— C’est vrai, mais nous allons prendre notre bain dans la même baignoire et dormir dans la même chambre. Tu es d’accord?
— Bien sûr que je suis d’accord!

Soudain, en descendant le chemin qui menait à l’auberge, elles prirent conscience qu’elles avaient laissé filer l’heure du dîner, ce qui les entraîna dans une légèreté monstrueuse et contagieuse et dans un définitif dérèglement de tous leurs sens.
— J’ai faim, dit Barbara, une vraie faim de loup! Tu crois que l’aubergiste va nous servir?
— Bien sûr, dit Stéphanie. moi aussi j’ai faim. Cette soirée m’a ouvert l’appétit.

Têtes de linotte et entièrement nues, car elles avaient oublié de reprendre leurs vêtements qu’elles avaient abandonnés dans l’échauguette, elles entrèrent dans l’auberge. La salle principale était éteinte et elles eurent beaucoup de mal à s’y retrouver dans la pénombre, parmi des crapauds qui jonchaient le sol, des craquements de fibres et des solutions de continuité qu’elles devaient enjamber. Elles voulurent parler à l’aubergiste et lui commander un repas, mais la totalité de la maison était éteinte, l’aubergiste restait introuvable. Sans doute, voyant qu’il n’aurait plus à servir de repas,  il était allé se coucher. Elles finirent par atteindre l’escalier qui montait à leur chambre, mais sous l’escalier, elles aperçurent une lueur, dont elle s’approchèrent. Des marches en pierre permettaient de descendre dans une cave, laquelle, soudain, fut le siège d’une intense activité.
— Qu’est-ce que c’est? demanda Barbara.
— Je sais pas, on dirait qu’il y a quelqu’un, en bas, qui frappe avec un marteau d’ailes de chauves-souris, tu entends?
— J’ai peur, dit Barbara. J’ai peur des chauve-souris, allons dans notre chambre, allons prendre notre bain et lire Poisson soluble!

Mais Stéphanie avait déjà descendu les premières marches. 
— Ne descends pas! dit Barbara, j’ai peur!
— Je veux savoir ce qui se passe dans cette cave!

Barbara qui était restée à l’entrée de la cave entendit Stéphanie parler à quelqu’un, sans qu’elle pût comprendre la conversation. A son tour, elle descendit, et vit l’aubergiste, au milieu de la cave, vêtu d’une salopette de travail.
— Vous pouvez nous servir le dîner, Monsieur l’aubergiste? demanda Stéphanie.
— Trop tard, je travaille à ma machine, répondit l’homme avec un sourire moisi, et nullement étonné de la nudité des demoiselles, ni non plus du sperme qui maculait le corps de l’une et des tuméfactions et du sang qui dégoulinait sur le corps de l’autre.
— Votre machine? C’est quoi votre machine? demanda Stéphanie.
— C’est une machine à assourdir le silence, répondit le bonhomme à salopette, sans perplexité, en même temps qu’il peinait à fixer un tuyau de gros diamètre dans un trou aménagé sous un énorme bloc de pierre parallélépipédique suspendu à un palan à chaîne fixé au sommet  de la voute de la cave.
— Une machine à assourdir le silence?
— Absolument. C’est nécessaire de nos jours. Le silence n’est plus d’aussi bonne qualité qu’autrefois.
— Et ce tuyau, il tombe où?
— Dans l’oreille d’un sourd. Je dois, pour terminer ma machine, me procurer dès à présent l’oreille d’un sourd… Ou d’une sourde!
— Ah! firent-elles, ébahies. L’oreille d’un sourd ou d’une sourde… Et l’oreille d’un sourd ou d’une sourde, c’est dur à trouver?
— Je ne sais pas! Je n’ai pas cherché encore! 
— Quoi?
— Vous êtes sourde?
— Non! J’entends parfaitement!
— Je disais je n’ai pas cherché encore. Heureusement pour vous que vous n’êtes pas sourde, sinon j’aurais pu prendre l’une de vos deux oreilles, car c’est absolument nécessaire au bon fonctionnement de ma machine. Déjà, j’ai eu du mal à trouver ce caveau en pierre, avec sa pierre tombale pour la fermer. Mais au moins, avec ça, je suis garanti, je suis absolument certain du silence qui règnera dedans! C’est fatalement un silence de mort, n’est-ce pas… En plus, dans la mesure où la tombe est en hauteur, le silence qui y règne ne peut que tomber… juste dans l’oreille d’un sourd ou d’une sourde… Vous voyez?
— Je vois, dit Stéphanie.

— C’est compliqué, osa Barbara. Vous êtes sûr que ça va marcher.

— Absolument certain! 
— Mais pourquoi, réalisez-vous cette machine? Ce doit être dur? demanda Barbara.
— Oui, c’est dur, et cela demande de gros efforts, mais la seule façon d'être heureux dans la vie, c'est d'aimer souffrir. Je vous dis ça parce que Woody Allen l’a dit avant moi!
— Ah oui? Vraiment? dirent-elle en même temps. C’est que vous voulez être heureux?
— Bien sûr!

Sur ces mots, gênées, car tous trois n’avaient plus rien à se dire, Stéphanie et Barbara saluèrent le bonhomme qui avait repris son ouvrage, et, évitant les crapauds et les craquements de fibres, elles remontèrent les marches usées de l’escalier. Dans leurs chambres, elles se retrouvèrent dans la baignoire de la chambre de Stéphanie qu’elles avaient remplie d’une bonne eau tiède. Elles avaient aussi allumé la radio qui distillait des chansons à la mode.
— Ah, comme c’est délicieux un bon bain, s’écria Stéphanie, allongée de tout son long.
— Oui, comme c’est délicieux, répéta Barbara, également allongée de tout son long. Ce bain me fait un bien fou au moral. Je ne sens plus mes ecchymoses. On se sent revivre dans cette eau bien chaude après cette sinistre et malencontreuse aventure!
— Sinistre et malencontreuse aventure? De quoi parles-tu?

Magnétisés, les ciseaux de leurs cuisses s’étaient soudain enfourchés l’un dans l’autre et leurs vis se touchaient. Elles se souriaient, se mignotaient, se baisaient tendrement.

— Je t’aime, dit Stéphanie.

— Moi aussi, répondit Barbara. Mais m’aimeras-tu encore longtemps?
— Toute ma vie, ma mie! Tout le restant de mes jours!

Soudain, dans la cave, les coups de marteau d’ailes de chauve-souris reprirent, redoublant d’intensité.
— La construction de la machine à assourdir le silence de ce bonhomme est vraiment bruyante, et ne tombe pas encore dans des oreilles de sourdes, dit Barbara. Cela va être insupportable, tu ne trouves pas? Si ça continue, ça nous gênera pour lire Poisson soluble et ensuite pour nous faire l’amour et nous endormir. Je vais aller trouver cet aubergiste de malheur qui n’est pas foutu de nous préparer un dîner et lui dire d’arrêter immédiatement son bordel!
— Laisse tomber, je vais y aller, je suis flic, je peux faire régner la loi!
— Non, chérie, j’y vais, c’est moi! Profite de ton bain!
— Mais tu es couverte d’ecchymoses!

Déjà Barbara s’était extirpée de la baignoire et, dégoulinante d’eau et d’ecchymoses, se dirigeait vers la porte d’entrée. Stéphanie n’en admira pas moins le mouvement subtil et la rondeur des fesses de son amie.
— Fais attention, lui cria-t-elle, fais attention, c’est un homme!
— T’inquiète pas!

Restée seule, Stéphanie songea à la subite témérité de sa compagne. Comment cette témérité était devenue possible, elle si peureuse des hommes et des chauves-souris? Et ses fesses? Elles étaient vraiment magnifiques… 

Les coups de marteau cessèrent. Stéphanie sourit. Comment était-ce devenu possible? Comment Barbara avait-elle convaincu l’aubergiste d’arrêter son vacarme? Mais, regardant ses cuisses et ses jambes, dans l’eau du bain, elle ne vit plus rien. L’eau était transparente. Il n’y avait rien dans la baignoire. Il n’y avait plus d’orteils, plus de pieds, plus de mollets, plus de cuisses, plus de frifri. Comment était-ce devenu possible? Tout avait fondu. N’avait-elle pas fondu? Cela n’était pas impossible.

Barbara entra triomphante. 
— Chérie, dit-elle, ça y est le bonhomme a terminé sa machine, il a trouvé non seulement une oreille de sourde, mais deux, qu’il a fixées sous le tuyau, et maintenant, le silence de la tombe tombe directement dedans. Nous serons tranquilles, chérie, ça va être le silence absolu! Nous allons pouvoir faire l’amour et lire Poisson soluble, non d’abord lire Poisson soluble, puis ensuite faire l’amour! Stéphanie?

Barbara revint dans la chambre.
— Stéphanie? Tu es sourde?

Barbara jeta un regard circulaire dans la chambre, regarda sous le lit, puis retourna dans la salle de bain, interdite, observa l’eau de la baignoire.

— Stéphanie… Mais où es-tu? Stephanie… Steph… Comment est-ce possible? Où es-tu passée? Stéphanie?