Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

lundi 30 janvier 2017

Notre promenade au phare

                                                              à Marianne,

J’aime cette promenade avec toi
Faite de longs silences
Que je respire à ton rythme
De petits signes infimes qui en disent si long
Sur le confus ressenti de chacune
Rempli de crainte
De peur
De désir
Et de sexe
Tout cela mêlé à la minéralité tenace et indifférente
De la mer si belle
De l’air si calme
En ce beau jour
Si beau
Qu’il me fait 
Et me fera encore
Frissonner
J’ai la chair de poule
Je frissonne mon amour
Je me sens bien
Je me sens autre
Emportée vers un monde incréé
Merveilleux
Où tout n’est que douceur et sensualité
Je rêve
Je flotte
Je suis en toi
Je suis ta femme
En la femme
Dans le beau sexe aux quatre hémisphères
Au cœur de la beauté primordiale
Immortelle
Et je sais combien je peux vaincre la mort

samedi 28 janvier 2017

Un long destin de seins

Tes seins sont une véritable gourmandise de l’œil
Dis viens plus près
Mon amante chérie
Que je les voie bien
Tu es comme un papillon blanc
Et je rêve pour nous deux d’un long destin de seins

Assise au bord du temps
Je te regarde
Et pourtant l’eau s’étire
Et s’étirent sans prévenir 
Les parfums
Comme les battements de mon cœur
Tout au long de ce long destin de seins

jeudi 26 janvier 2017

La pine d'Hector

Hector tient à la main sa pine
Au milieu d’un grand buisson d’aubépines
Dans l’autre il tient une chopine
Dont l’extrémité est munie d’une crépine
Hum dit-il ça sent bon l’héliotropine
N’y aurait-il pas ici quelques lapines
Enclines à entreprendre de sombres rapines
En affrétant une sapine en Gaule transalpine
Quitte à recevoir quelques épines

mardi 24 janvier 2017

Trois bonnes copines


Nous sommes trois bonnes copines
Et parfois
Quand ça nous dit
Nous faisons tout à la main et à la langue
Interchangeables nous sommes
Je vous dis

Nous avons besoin d’être trois
Tellement grande est notre besogne 
De faire jouir une femme
Qui n’est jamais la même
Car nous sommes trois
Et interchangeables nous sommes

Pour faire couiner la suppliciée
En en faut une à la bouche et aux miches
Une autre à la chatte
Oui je vous dis
Z’avons besoin d’être trois
Tellement avons perdu notre vergogne

vendredi 20 janvier 2017

La belle au petit doigt dormant

 Autrefois, il n’y a pas si longtemps, dans un pays presque merveilleux, vivait une jolie jeune fille qu’on appelait la belle au petit doigt dormant. Au moment où débute cette histoire, elle n’était pas encore princesse, mais avait cette particularité d’avoir son auriculaire droit qui ne cessait de dormir. Il ronflait même, la nuit, et cela était fort gênant pour elle. C’est pourquoi on l’appelait la belle au petit doigt dormant. Reconnaissez que c’était là chose étrange. Partout où elle allait, elle emmenait avec elle son petit doigt qui ne faisait rien comme les neuf autres. Tandis que ses frères et sœurs s’activaient, s’empressaient de faire mille choses, cueillir des fleurs, faire la vaisselle, dessiner des moutons ou des poupées, lui, il ne faisait rien, ne participait à rien, strictement rien. Non seulement il ne faisait rien, mais il dormait comme un bienheureux, et cela se voit bien un doigt qui dort, vous savez, un doigt qui ne participe jamais à rien, surtout quand il ronfle. Joséphine, car c’était le prénom de cette jeune fille, en était fort marrie, et même, en avait honte. Que vais-je faire dans la vie, se disait-elle, avec un petit doigt qui ne me sert à rien et qui dort tout le temps? Peut-être devrais-je me le faire couper? Mais cela me fera atrocement mal et ne sera pas joli!

 Un jour, alors qu’elle se grattait l’oreille, elle entendit son petit doigt lui parler. Quoi? Il parle? se dit-elle. Il avait l’audace de lui demander un lit. Un lit? Mais pour quoi faire? s’exclama Joséphine. 
— Mais pour dormir, pardi, pour dormir mieux à mon aise, bien au chaud, lui répondit son petit doigt. 
— Non, non et non! tempêta Joséphine, cette fois, c’en est trop! Vraiment, petit doigt, tu vas trop loin. Et quoi encore? Tu n’as pas honte? 
— Ma foi non, répondit son petit doigt. Je te promets que si tu me procures un lit, je ferai des efforts pour participer à toutes les activités de mes frères et sœurs.

 Joséphine réfléchit et se dit qu’elle n’avait rien à perdre que d’essayer. Elle demanda donc à son père de lui confectionner un petit lit en bois pour y allonger son petit doigt, et à sa mère, une toute petite couette moelleuse. Et ainsi, Joséphine allongea dans la petite couette, elle-même placée dans le petit lit, son petit doigt paresseux qui, aussitôt, s’y endormit comme un bienheureux. Bon, se dit Joséphine, je vais le laisser dormir, et je verrai bien s’il a changé, demain, à son réveil.

 A onze heures du matin, assise sur le seuil de la chaumine de ses parents, Joséphine était perdue dans ses pensées au sujet de son petit doigt qui dormait toujours. Elle le regardait, à moitié attendrie, à moitié en colère, en train de dormir dans son petit lit moelleux, quand soudain, arriva Georges le facteur.
— Bonjour Mademoiselle Joséphine, comment allez-vous?
— Je ne vais pas bien, mon pauvre Georges, à cause de mon petit doigt qui ne fait rien comme les neuf autres, il dort tout le temps! Regardez-le dans son petit lit! Il ne se réveille même pas le matin!
— Oh! Comment ça? dit Georges, vous avez un petit doigt qui dort dans un petit lit, au bout de votre main?
— Hélas oui, mon pauvre Georges, j’ai bonne mine, n’est-ce pas, avec ce lit au bout du doigt! C’est un grave problème, et j’en suis fort marrie, vous savez. Je ne suis pas une jeune fille comme les autres, comme toutes les autres jeunes filles. Elles, elles ont dix doigts qui s’occupent à égalité, moi, à ma main droite, j’ai un petit doigt qui ne fait rien comme les neuf autres. C’est vraiment affreux!
— Je vois, dit le facteur, mais ne vous alarmez pas Mademoiselle Joséphine. Il y aura bien, un jour, une solution à ce malheur, ce n’est pas pire que d’être enfermée dans un château tout entouré d’épines et d’un gouffre affreux. Tenez, j’ai du courrier pour vous!

 Joséphine saisit la lettre et regarda le facteur s’en aller. Elle pensa: en voilà encore un qui fait mine de s’intéresser à mon infirmité, mais qui, en réalité, s’en fiche pas mal. Seule, Joséphine ouvrit la lettre et lut. "Ma chère Joséphine, je suis ta tante Adèle et j’organise, mardi prochain, un grand concours de la nuit de l’esprit, dans mon château. Il s’agira de couronner la jeune fille la plus perspicace à résoudre des mystères. J’inviterai la fée Mélusine qui participera au jury, et j’espère que tu viendras. Le concours commencera à la tombée de la nuit et s’achèvera au lever du soleil. La gagnante sera élue princesse de la nuit de l’esprit."

 — Mon dieu, s’écria Joséphine, quel malheur! Je ne pourrai même pas me rendre à ce concours, avec ce petit doigt totalement disgracieux et ridicule dans son petit lit. Non seulement, il ne fait rien et dort, mais il ne pense à rien et ne m’aidera en rien!
— Comment ça? dit soudain son petit doigt qui entendait tout. Comment ça, je ne pense à rien? Qu’en sais-tu Joséphine? Moi, à ta place, j’irais à ce concours dans le château de ta tante Adèle, avec moi, bien sûr, puisque tu ne peux te séparer de moi!
— Et qu’est-ce que j’y ferais? On se rira de moi de te voir endormi au bout de ma main! Non! Je n’ai pas envie de passer pour une cruche! » Mais le petit doigt insista tant et tant, que Joséphine accepta de se rendre au concours de la nuit de l’esprit.

 Joséphine mit sa plus belle robe et, le soir venu, accompagnée de son père, se rendit au château. C’était un très beau château avec beaucoup de tours et de tourelles disposées tout autour d’une grande cour centrale dans laquelle était déjà amassées de nombreuses jeunes filles toutes plus belles les unes que les autres. Joséphine se sentait mal à l’aise avec son petit doigt qui sommeillait dans son petit lit que tout le monde pouvait observer. Elle était fort honteuse et, évidemment, évitait de se placer au centre de l’assemblée, préférant longer les murs ou se tenir dans des recoins. Elle eut envie de partir et de rejoindre son père qui l’attendait près du fossé quand, soudain, par une porte, sortit sa tante Adèle qui la reconnut:
— Ah! Bonsoir ma nièce, tu es venue! Quelle joie de te savoir parmi nous ce soir pour participer à notre concours!

 En fait, Joséphine connaissait très peu cette tante Adèle qui était une des nombreuses sœurs de sa mère. Elle pensait même qu’elle était morte. Elle était accompagnée d’une fort jolie femme qui devait être Mélusine, la femme-serpente. Heureusement, on était un mardi soir, et le bas du corps de la fée n’était donc pas celui d’un serpent, comme il pouvait le devenir le samedi. Sinon, elle aurait ressemblé à un épouvantable dragon disposant d’ailes pour s’envoler, et toutes les jolies jeunes filles de l’assemblée se seraient enfuies comme des moineaux apeurés. Non, ce soir, Mélusine ressemblait à n’importe quelle autre femme, avec cependant cette particularité qu’elle était belle comme un grand lys, avec des cheveux de soleil. Elle était vêtue d’une robe de moire magnifique et avait l’air d’une vraie châtelaine. Ses grands yeux brillaient comme des astres et la splendeur de sa gorge éblouissait le regard. Fascinée, Joséphine regardait la fée, car elle n’en avait encore jamais vue, sans même se rendre compte que celle-ci avait rejoint sa tante qui était déjà partie depuis une bonne minute pour s’occuper de faire démarrer le concours.

 Sur une vaste estrade en planches, un homme au long nez qui ressemblait à un chevalier fit taire le tumulte de la foule et, muni d’un porte-voix, lança, dans le profond silence établi:
— Au calme clair de lune triste et beau qui fait rêver les oiseaux dans les arbres, je déclare ouvert ce grand concours de la nuit de l’esprit. Vous devrez, jeunes filles, comme il se doit, faire preuve de la plus haute perspicacité pour résoudre toutes les énigmes qui vous seront ce soir proposées. La gagnante, je veux dire celle qui, la première, aura découvert trois des énigmes de la soirée, sera élue princesse de la nuit de l’esprit. Oh! Déjà, je vois l’extase des regards et le scintillement des nimbes. Mais d’abord, remercions le sieur Bertrand Dagenaux, président du Conseil Général, ce soir empêché, ainsi que la comtesse Adèle de Hautségur, présente à mes côtés. Evidemment, je n’oublie pas la très célèbre et illustre fée Mélusine qui a bien voulu nous faire l’honneur de marrainer notre soirée. Mais surtout, Mesdemoiselles, avant de commencer les épreuves, n’oubliez pas cette maxime de Gustave Flaubert: le mot ne manque jamais quand on possède l’idée! 

 Pour clore dignement ce beau discours, une fanfare de trompettes retentit comme dans les films d’Alice au pays des merveilles, quand notamment Alice rencontre la méchante reine de cœur. Puis, l’homme au long nez, plus long que celui de Pinocchio ou celui de Croquignol des Pieds Nickelés déclara:
— Mesdemoiselles, êtes-vous prêtes, nous allons commencer le concours. Première énigme, une énigme facile, je la tire de mon chapeau et je vous la lis:  j’ai un chapeau mais pas de tête, j’ai un pied, mais pas de jambe. Qui suis-je?

 Le silence planait sur la foule. Toutes les jeunes filles, interrogatives, se grattaient la tête pour trouver la solution de l’énigme. Mais personne ne la trouvait, pas même Joséphine. Qu’est-ce que cela peut bien être se disait-elle, que cette chose qui a un chapeau, mais pas de tête, pas de jambe mais un pied? Sans faire attention, Joséphine, approchant sa main de son oreille, entendit son petit doigt lui souffler tout bas: un champignon, Joséphine, c’est un champignon!
— Un champignon, monsieur! s’écria tout fort Joséphine, un champignon!
— Excellente réponse, tonitrua l’homme au long nez. C’est bien cela, un champignon! Qui a dit cela?

 Cinquante mains se levèrent. Moi! Moi! Moi! disaient en chœur toute les jeunes filles. Non, c’est moi, c’est moi, ce n’est pas elle! C’est moi, c’est moi! Les jeunes filles, toutes désireuses de devenir princesse de la nuit de l’esprit se disputaient et commençaient même à se battre, tant et si bien que l’homme au long nez dit tristement:
— Puisque c’est ainsi, Mesdemoiselles, nous allons annuler cette première énigme et passer à la seconde, mais nous allons désormais instituer une règle, n’est-ce pas, Fée Mélusine?

 La fée Mélusine acquiesça. L’homme au long nez ajouta:
— La règle est la suivante: celle qui aura trouvé la réponse devra d’abord lever la main, puis demander la permission de donner sa réponse. Ainsi, je pourrais contrôler qui donne la bonne réponse. Est-ce bien compris Mesdemoiselles? Bien. Passons maintenant à la deuxième énigme. Où l’ai-je mise, dit-il, en regardant dans son chapeau. Ah oui, la voici. Deuxième énigme: Qu’est-ce qui s’allonge et rétrécit en même temps?

 Qu’est-ce qui s’allonge et rétrécit en même temps? Le silence plana une seconde fois sur la foule. Personne ne trouvait. Certaines jeunes filles se frappaient la tête avec le poing en hurlant. Joséphine, impatiente, consultait son petit doigt, mais il restait muet. Tu dors? lui demanda-t-elle. 
— Non je ne dors pas, répondit le petit doigt, je cherche mais je ne trouve pas. 

 Joséphine allait se remettre en colère contre ce parasite, quand une main se leva:
— Mademoiselle, dit l’homme au long nez, Mademoiselle, quelle est votre réponse?
— La vie, dit une jeune demoiselle aux boucles d’or.
— Exact! C’est bien la vie, dit l’homme au long nez. Vous avez gagné, Mademoiselle. Comment vous appelez-vous, mon enfant?
— Anne, Monsieur!
— C’est très bien, Anne. Aviez-vous trouvé la première énigme?
— Oui Monsieur, j’avais trouvé le champignon. C’est d’ailleurs moi qui, la première, avais dit le champignon!
— C’est très bien, Mademoiselle, vous avez donc déjà deux bonnes réponses!

 Joséphine était en colère. La menteuse! s’écria-t-elle dans sa tête, la menteuse! Quelle menteuse! Cette Anne est une fieffée menteuse, c’est moi qui ai trouvé la solution.
— Non, c’est moi, dit son petit doigt, c’est moi, toi tu n’as fait que répéter, tu le sais bien! 
— Tais-toi, dit Joséphine, tu n’es qu’un incapable, un coquin, un misérable parasite, un bon à rien! Et puis, tu me dois bien ça, avec tous les soucis que tu m’occasionnes!
— Encore une bonne réponse et vous serez sacrée princesse de la nuit de l’esprit, ma très chère Anne! dit l’homme au long nez.

 Mais la fée Mélusine ne le voyait pas de cet œil. Elle intervint pour dire que la première énigme avait été annulée et qu’il était maintenant de mauvaise procédure que de revenir sur ce qui avait été décidé. L’homme au long nez en convint et, après une nouvelle fanfare de trompettes, il posa la troisième énigme qu’il tira encore de son chapeau. Il la lut tristement: Je suis un homme. Je suis une femme. Je ne suis ni homme ni femme. Qui suis-je?

 De nouveau, c’était l’effervescence dans la foule des jeunes demoiselles. Certaines s’arrachaient les cheveux, une faisait pipi dans sa culotte. Joséphine ne trouvait pas et se grattait l’oreille. Elle entendit son petit doigt lui dire: une ombre, c’est une ombre, espèce de gourde. 
— Tu es sûr? demanda Joséphine. 
— Bien sûr que j’en suis sûr, lève ta main, Joséphine, vite, lève ta main, il va bientôt être trop tard! 

 Joséphine leva sa main timidement où était accroché le petit lit de son petit doigt, ce qui fit rire tout le monde.
— Mademoiselle? Mademoiselle comment?
— Joséphine. J’ai trouvé, c’est une ombre!
— Une ombre? Mais oui. Très bonne réponse Mademoiselle Joséphine, c’est effectivement une ombre! Votre réponse est exacte! C’est bien une ombre! 
— Tout à l’heure, c’est moi qui avais dit le champignon!
— Peut-être… Mais je suis désolé, Mademoiselle Joséphine, nous avons annulé cette énigme! En tout cas bravo pour celle-ci,. Vous voici en possession du même avantage que notre chère Anne. Nous allons voir maintenant laquelle de vous deux l’emportera, à moins que ce ne soit ni l’une ni l’autre, mais une troisième! Qui vivra verra!

 La fanfare des trompettes retentit plus longuement, et l’on passa à la quatrième énigme. La lune brillait dans le ciel tout noir et l’homme plongea son long nez dans son chapeau et lut:
— j’ai quelque chose dans ma poche, mais ma poche est vide. Qu’est-ce que c’est? 

 Il répéta:
— J’ai quelque chose dans ma poche, mais ma poche est vide, qu’est-ce que c’est? 

 On se regardait, on se donnait des coups de poing, on s’arrachait les cheveux, on faisait encore pipi dans sa culotte, personne ne trouvait, ni Anne, ni Joséphine, ni non plus son petit doigt. Personne. La question était vraiment difficile. L’homme au long nez allait passer à la cinquième énigme, quand le petit doigt de Joséphine eut soudain une idée lumineuse. Joséphine l’écouta attentivement et aussitôt jeta brutalement le petit lit au-dessus de toutes les têtes chercheuses qui se mirent à rigoler.
— Un trou, cria-t-elle, un trou, monsieur! Un trou!
— Un trou! Mais vous avez raison, Mademoiselle Joséphine, vous avez mille fois raison, c’est bien un trou! Un simple trou au fond de ma poche! C’est bien un trou que j’ai dans ma poche qui fait que j’ai quelque chose dedans alors que je ne peux rien y mettre! Bravo, Mademoiselle! On applaudit très fort Mademoiselle Joséphine, on l’applaudit très fort! Bon, et bien maintenant que vous avez l’avantage sur Mademoiselle Anne, Mademoiselle Joséphine, il vous suffira maintenant d’une seule bonne réponse! Encore une bonne réponse et vous serez déclarée princesse de la nuit de l’esprit! A moins que… A moins que… Qui vivra verra! Continuons!
— Nous continuons, dit Joséphine, en regardant sa concurrente Anne aux boucles d’or qui se trouvait non loin d’elle et faisait grise mine.

 L’homme au long nez s’apprêtait à lire la cinquième énigme après un interminable flot de trompettes. La lune brillait toujours dans le ciel noir.
— Attention Mesdemoiselles, cela devient très, très difficile. Notre cinquième énigme, la voici:  qu’est-ce qui est devant nous que nous ne voyons jamais?

 Le temps s’écoula encore longuement, longuement, sans réponse. Un nuage cacha la lune et il fit presque tout noir. Adèle de Hautségur qui s’ennuyait en profita pour mettre disgracieusement ses doigts dans son nez, et la fée Mélusine songeai à tous les châteaux qu’elle avait construits. Quant à l’homme au long nez, du haut de son estrade, il surveillait attentivement toute la foule d’où pouvait jaillir la bonne réponse. En particulier, il regardait alternativement Anne et Joséphine, mais ni l’une ni l’autre ne semblait trouver. Elles avaient l’air vraiment sombre. Soudain Anne leva la main et l’homme au long nez lui donna la parole:
— C’est l’avenir, Monsieur! dit Anne.
— L’avenir! Mais c’est bien ça! L’avenir, c’est la bonne réponse, Mademoiselle Anne. Bravo. L’avenir est bien ce qui est devant nous et que nous ne voyons jamais. On l’applaudit très fort! Nos deux concurrentes sont maintenant à égalité, elles sont au coude à coude. Deux partout! Qui de Anne ou de Joséphine sera la princesse de la nuit de l’esprit? Anne ou Joséphine? Joséphine ou Anne? A moins que… A moins que… Oui, une troisième peut subitement faire son apparition! Qui sait? Qui sait? L’avenir dira. Qui vivra verra!

 Les trompettes retentirent encore et, quand le silence fut de nouveau revenu, l’homme au long nez posa la sixième énigme, riant à moitié dans sa barbe qu’il n’avait pas.
— Pourquoi? Je répète, pourquoi, dit-il solennellement, les mouches ont six pattes et non pas trois? Cette énigme, je le reconnais, est très difficile, mais je ne doute pas que nos brillantes candidates trouveront la bonne réponse!

 Cette énigme est complètement débile pensa Joséphine, et en plus, il faut être complètement débile comme mon petit doigt pour trouver la bonne réponse!
— Alors? Alors? disait l’homme au long nez, personne ne trouve dans cette noble assemblée? Je répète: pourquoi les mouches ont-elles six pattes et non pas trois? Mademoiselle Anne? Mademoiselle Joséphine? Vous autres, Mesdemoiselles? Pas d’idée? Pas de solution? Aucune idée? Aucune solution? Personne? Non, vraiment? Personne?

 Joséphine avait son petit doigt tout exprès près de son oreille, mais n’entendait aucun son y entrer. Elle était désespérée. 
— Alors, disait-elle à son auriculaire, tu ne trouves donc pas? Tu ne trouves rien, tu ne trouves jamais rien! Décidément tu es un vrai crétin! 

 Soudain, tel l’oracle, son petit doigt se mit à parler. Il murmura lentement: 
— Elles ont six pattes parce que sinon, on pourrait les confondre avec des canards à trois pattes.

 Explosant de joie, Joséphine leva la main et répéta très fort.
— Parce que sinon, on pourrait les confondre avec des canards à trois pattes!
— Avec des canards à trois pattes? Mais… Mais oui… Mais c’est exact! C’est exactement la bonne réponse à cette énigme extrêmement difficile! Bravo, Mademoiselle Joséphine. Trois énigmes résolues, c’est vous, Mademoiselle Joséphine, qui avez gagné le concours! Je vous déclare princesse de la nuit de l’esprit. Bravo, Mademoiselle Joséphine! Venez, venez, montez sur le podium, vous allez être sacrée princesse de la nuit de l’esprit! On applaudit très très fort Mademoiselle Joséphine! Mademoiselle Joséphine, je vous déclare princesse de la nuit de l’esprit!

 Sous un tonnerre d’applaudissements, Joséphine monta sur le podium et fut reçue chaleureusement par l’homme au long nez qui la présenta à la fée Mélusine et à sa tante, Adèle de Hautségur, lesquelles s’empressèrent de la féliciter et de lui remettre une très jolie robe rose de princesse, des souliers de vair et un magnifique diadème. Mais quand sa tante vit sa main droite, elle s’inquiéta.
— Mais ma nièce, qu’as-tu donc à ta main droite?
— Oh, ce n’est rien, ma tante, c’est seulement un petit lit pour mon petit doigt qui est extrêmement paresseux! Il dort toujours et me donne beaucoup de souci. Il ne fait rien comme les neuf autres. J’en ai très honte, vous savez!
— Ne vous inquiétez pas, dit la fée Mélusine, je vais arranger cela, mon enfant! Mais tout d’abord retirez-moi ce lit à ce petit paresseux, et vite, allez enfiler votre robe de princesse, puis revenez!

 Joséphine, accompagnée par sa tante, alla immédiatement se changer sous le podium. Puis, transformée en princesse, elle remonta sur les planches où elle fut encore bien davantage acclamée par la foule. 
— Hourra! Hourra! Qu’elle est belle! Qu’elle est belle dans sa jolie robe de princesse! Vive Joséphine et son petit doigt!

 Joséphine était heureuse. Elle venait de gagner le concours, mais surtout, elle ressentait en elle un grand changement. Son petit doigt n’était plus du tout engourdi. Désormais, il était présent et actif comme une abeille, Elle savait qu’il allait participer aux travaux de fourmis des neuf autres et plus, qu’il saurait tout. Déjà, dès qu’elle l’approchait de son oreille, il lui expliquait toutes sortes de choses très intéressantes, donnait de très bons conseils, toujours avisés. Jamais plus il ne dormirait, toujours il serait en veille et la préviendrait du moindre danger.

 Ainsi, grâce à son petit doigt qu’elle eut bien soin de ne pas se mettre dans l’œil, Joséphine sut choisir judicieusement son prince charmant, et fut très heureuse avec lui. 

mercredi 18 janvier 2017

Qué ce que sexa

Tandis qu’une reine dormait au pied de son donjon
Après s’être longuement masturbée
Avec seulement ses dix doigts 
Une fée venue à tire d’aile
D’un très lointain pays
S’approcha d’elle
Tendue comme un string
Et sentant venir la convoitise d’elle
Car la reine endormie était très belle

La reine se réveilla
Son buste d’abord considéra la demoiselle
Puis elle dit simplement à celle-ci
En souriant
Ne cache pas ce sein que je saurai voir
Moi comme tu le vois
Je ne cache pas les miens
Et raconte-moi plutôt ta balade

J’ai vu 
Répondit la fée
Un chien crevé sur la route de l’école
Et un homme qui marchait avec sa tête entre ses mains
J’ai vu aussi l’épine d’une rose dans la chair d’une framboise
Et tout ça me dit que le monde ne va pas très bien
Tu as raison dit la reine aux seins nus
Le monde ne va pas très bien
C’est la raison pour laquelle il faut se masturber soir et matin
A deux mains
Et avec ses dix doigts

lundi 16 janvier 2017

Elle me lèche

Marianne est très patiente
La tête entre mes jambes elle regarde le ciel
Mais en même temps elle me lèche
Elle me fait même les doux yeux
Elle me lèche
Avec sa petite langue électrique
Elle s’applique
Comme une écolière qui
De sa maîtresse
Veut se faire bien voir
Elle me lèche
Infiniment
Me lèche encore
Me lappe
Comme si j’étais un succulent 
Bol de lait
Me lèche
Sa langue est douce et précieuse
Et généreuse
Et capricieuse
Qui fait mille cabrioles
Sa langue parfois râpeuse
Parfois vaporeuse
La voici maintenant sur le bout de mes seins
Elle me lèche
Me lèche encore
Butine mes tétines
Puis revient soudain à mon pistil
Je gémis
Oh ce plaisir subtil n’aura jamais de fin

samedi 14 janvier 2017

La méprise

Dans une profonde
Et immense forêt
Là ou chaque arbre peut la cacher toute
Là où chaque train peut en cacher un autre
Là où chaque homme peut cacher une femme
Là où chaque femme peut cacher un homme

Un jeune entêté errait tout plein de certitudes
C’était une sorte de chevalier
Sans arme
Et sans armure
Pas un Lancelot du Lac
Pas un Perceval le Galois
Pas un Bohort
Ou un Galaad

Un jour
Près d’un ruisseau
Il rencontre une fée
Jeune belle
A la longue chevelure
Aux yeux de clairière
Aussitôt il tombe amoureux de la colombe

Chaque jour il revient près du ruisseau
Où coule une eau claire et joyeuse
Et à chaque fois
Il dit à la belle combien il l’aime
Celle-ci s’en défend
Et à la fin
Le chevalier remarquant sur son bras
Un tatouage
Il lui dit

La belle d’où te vient cette ornementation
Je la connais
Tu n’es pas une fée
Tu es issue des œuvres de ce filou de roi Mensonge

Gentil chevalier répond la belle
Ce que vous me dites est faux
Cette ornementation que vous voyez
C’est ma sœur qui me l’a faite
Avec un stylo Bic
Telle qu’elle l’avait vue en songe
Et je vous le jure
Elle n’a rien à voir
Avec la marque qui identifie
Ce filou de roi Mensonge

Là-dessus le chevalier se met en colère
Tu mens la belle
Je le sais bien
Je ne t’aime plus
Tu es une horrible menteuse
Une filoute comme ton père
Tu es fille de ce scélérat

Se retournant
La belle lui montre alors une face de sorcière
Hideuse
Et vieille de ses 99 balais
Elle lui répond doucement
En souriant
Exhibant l’unique dent
De sa mâchoire inférieure

Jeune impudent à la tête de mule
Je vis depuis plus de dix ans dans une maison de retraite
Et je te répète
Je ne suis pas la fille du roi Mensonge
Car c’est moi
La mère
De cet enculé

jeudi 12 janvier 2017

De l'amour


"L’amour montre jusqu’où nous pouvons être malades dans les limites de la santé: l’état amoureux n’est pas une intoxication organique, mais métaphysique."
 Cioran

mardi 10 janvier 2017

Identités remarquables

                                                                   à Marianne,

Téter des seins est une manie chez moi
Surtout les tiens
Qui sont si faciles à attraper
J’aime par dessus tout en saisir un 
Entre mes doigts
Absorber son téton
Le rouler entre mes lèvres
Le faire vibrer sur ma langue
Et aussi sous ma langue
Le sentir durcir entre mes dents
Je sais que pendant tout ce temps
Tu ouvres ta bouche
Tu fermes tes yeux
Et en général quand elle le quitte
Ma bouche laisse sur lui
Les traces luisantes de ma salive
Comme de la bave d’escargot
Alors je recommence 
Mais rien n’est jamais pareil

Téter des seins est une manie chez moi
Surtout les tiens
Qui sont si faciles à attraper
Je suis une bienheureuse
Quand j’ai dans ma bouche un de tes gros petits pois
Sur lesquels je louche
Une de tes petites grosses noisettes
Avec lesquelles je couche 
Moi aussi j’ouvre ma bouche 
Et je ferme mes yeux
Je te suis partout dans les cieux
Comme un toutou
Je te veux torse nu
Et t’interdis le moindre petit haut
Parce que je veux pouvoir m’adonner à tout instant 
A ma passion dévorante
Des identités remarquables

dimanche 8 janvier 2017

Olé

Ce soir
Chez Marlène
Nous organisons une soirée fesses
Il y aura une dizaine de gonzesses
Quelques négresses
Pas d’ogresses ce me semble
Et ensemble
Sur nos fesses
Userons exclusivement de la tapette
Et du paddle
Olé

Si bien qu’à la fin de la soirée
Nous connaitrons une sorte d’allégresse
Une dionysiaque ivresse
Et toutes nos fesses seront rouges
Archirouges
Comme celles de l’archiduchesse
Ou comme l’étoffe du drapeau de la révolution ouvrière
Et internationaliste
Olé

Aucune ne pourra se targuer
De présenter la blancheur 
D’une fesse de nymphe émue
Dès lors il conviendra
De redonner à toutes ces pécheresses
Leur splendeur de naguère
En conséquence
Nous les huilerons
Les pommaderons
Avec beaucoup de délicatesse
De tendresse et d’huile de coude
Olé

Qu’en dites-vous mes jolies princesses

vendredi 6 janvier 2017

X

Sur une étoffe de soie bleue
Nous ixions avec nos quatre jambes de nixes
Jour éclatant d’un battement d’ailes bleues
Sous toi j’étais
Tu formais mon toit
Et mes mains reposaient sur tes fesses d’ange
Qu’elles écartaient un peu
Oh si peu
Et je te désirais
Te butinais ardemment
Et ton petit cul d’amante
A chacun de mes coups de langue
Frétillait
Comme une forêt qui bouge
Sur moi tu étais
Je formais ton toit
Jour éclatant d’un même battement d’ailes bleues
Et tu me désirais
Me butinais ardemment
Et mon petit cul d’amante
A chacun de tes coups de langue
Frétillait
Comme une forêt qui bouge
Et tes mains
Glissées sous mes fesses de sorcière menue
Les écartaient un peu
Oh si peu
Et maîtrisaient très bien ce frétillement extraordinaire de forêt primaire
Et nous étions chacune
Vachement absorbée par notre tâche
Comme des papillons bleus sur un buddleia blanc
Et nos gros nichons muets comme de vulnéraires amphores
S’écrasaient pitoyables 
Sur 
Et sous
Nos ventres sûrs
Sans même se rencontrer
Se toucher
Et nos langues essayaient de se faire profondes
Lumineuses 
Volumineuses
Et pointues
Mais nous le savions
Elles ne remplaceraient pas les deux solides godemichés
Qui nous attendaient
Bulles de savon
Au bord de l’étoffe de soie bleue
Et que nous allions bientôt nicher
Simultanément
D’une main aguichée et belle
Aux ongles faits et nacrés
Comme une feuille bleue dans un grand 
Et magnifique ciel bleu

mercredi 4 janvier 2017

Petit à petit

 Petit à petit, elle s’était tue. Chaque soir, après son travail, elle s’enfermait dans sa salle de bain pour y être seule, rêver, griffonner des poèmes ou des récits érotiques ou encore pour se masturber. Elle avait le sentiment qu’elle n’était plus comprise par lui, et que cette incompréhension durait depuis trop longtemps, vingt ans, peut-être. A la longue, elle avait compris, durant cette vingtaine d’années, que malgré ses apparentes demandes, il ne voulait pas savoir qui elle était, que cela ne l’intéressait pas vraiment, ou que cela lui faisait peur. Alors, elle avait fini par se faire une raison, avait fini par accepter qu’il était peut-être mieux qu’il ne sût jamais, que peut-être cela n’était pas si grave de ne pas savoir qui est vraiment la personne avec laquelle on vit et que l’on dit ou croit aimer. 

 A plusieurs reprises, elle avait compris qu’il avait sans doute peur qu’elle fût un monstre, un être non conforme à ses rêves, ses jolis rêves de monde pur idéal et clos, et qu’il trouvait certainement plus sécurisant de ne pas savoir, et de s’endormir douillettement, tranquille, devant la télévision allumée, et de mener tant bien que mal une petite vie de certitude, même si, des fois il devait trépigner et l’insulter de ne pas correspondre à l’être aimé de son monde idéal.

 Pourtant, il avait encore le sentiment de l’aimer, c’est du moins ce qu’il disait, parfois, quand il n’exprimait pas son agressivité contre elle, quand il ne lui en voulait pas d’être si froide et si dure comme il disait, quand il lui en voulait d’être si secrète, mais également si apparemment heureuse et si déterminée. Sans doute, il l’aimait, mais comme on aime les êtres intemporels, les belles choses, les idées, mais pas comme on aime une femme de chair et de sang, avec ses faiblesses et ses souffrances. Cet amour-là, à la longue, elle n’y avait plus cru, elle avait eu l’impression que c’était une invention à lui, une façon à lui de l’enfermer dans son monde à lui selon sa règle du jeu à lui, c’est-à-dire dans une prison, une façon de ne pas l’accepter tel qu’elle était, mais en rien une vraie façon de l’aimer vraiment.

 Elle était devenue malheureuse de vivre avec lui. Elle ne comprenait plus rien à ses exigences, à ses colères, à ses trépignements, à sa violence parfois. Elle n’aspirait plus qu’à une seule chose, la tranquillité. Elle voulait rester seule, pour écrire, construire ses rêves et rêver.

 Elle, pourtant, l’avait beaucoup aimé autrefois, il y a trente-cinq ans. Elle avait été, elle s’en souvient, très amoureuse de lui, mais cet amour n’était plus aujourd’hui qu’un vague souvenir, très lointain, sans consistance. 

 C’était vrai, durant toutes ces années, elle lui avait dit pourtant qu’elle l’aimait et il l’avait crue. Pourquoi avait-elle prononcé ces mots? Les avait-elle vraiment pensés? Les avait-elle vraiment crus? Etaient-ils une convenance entre eux qu’il lui fallait respecter par habitude? Pour ne pas créer du désordre dans ce qu’ils avaient établi depuis si longtemps dans leur vie douillette et qui leur paraissait une valeur si sûre, si rassurante? Elle aussi sans doute s’était pris au jeu de ces paroles troubles dans le seul but de ne pas voir sa souffrance.  


 Elle pensait que tout ce qui leur arrivait là était bien triste, et elle s’en désolait, et elle se demandait si cela était vraiment si triste. Elle, elle ne savait pas, elle se demandait si cela n’était pas un tour inévitable de la vie, cette ogresse, et s’il ne fallait pas en passer par là pour conquérir le vrai bonheur. Comme si le bonheur, ne pouvait se construire que sur un inévitable fond de malheur.

lundi 2 janvier 2017

Un beau réveillon

 Notre réveillon du 31, nous l’avons passé chez notre amie Marceline. Entre filles. Marianne, Rose, Marlène, Sandrine, Marceline et moi. Avons bu, mangé, dansé, joué. Des caresses, beaucoup de caresses. Du plaisir, beaucoup de plaisir. Totalement nues. Parfois des bas, des porte-jarretelles, des soutiens-gorge ajourés qu’on retirait, qu’on remettait selon les effets à produire. Il y avait aussi des godemichés, des vibros, des menottes, du désir, de la curiosité, de l'obscurité, de l'ignominie, de la peur, du cœur, de la tête, mais aussi de la poésie. Que faire sans la poésie? Avons toutes dormi chez Marceline et ses gros seins, ensemble, sur plusieurs matelas disposés à même le sol dans son salon. Partouze admirable, pendant que ce salaud de dieu s'occupait de ses affaires à Istanbul. Endormies seulement au petit matin. Réveillées vers midi. Continué ou recommencé une bonne partie de l’après-midi. Jusqu'à satiété.

 Trop long, trop fatiguée pour tout vous décrire. A quoi bon. Besoin d’aller me coucher. Mes yeux me piquent. Je n’ai plus vingt ans. Ce soir, je dors seule dans le petit lit. J’ai trop joui. Je n'en peux plus. Avons été, sommes, d’exquises salopes. Comment imaginer que cette éternité pouvait finir?

 Dans la tête, j’ai encore le jeu des pinces à linge au bout des seins qu’on faisait vibrer avec un vibro. On y est toutes passées. La pince à linge vibrait et faisait vibrer le téton, le picorait. C’est bon un téton qui vibre, et les autres filles, en rond, tout autour, qui regardent ce téton vibrer, cette bouche qui s’arrondit et qui gémit. C'est mystérieux la naissance du plaisir, l'émergence de la jouissance. C'est même fascinant, ça engourdit, on devient gourde. Une autre, en bas, excitait le clito avec un autre vibro, le faisait entrer. De la mouille, de la mouille, beaucoup de mouille, de la belle. La belle affaire. Bras en l’air, poignets attachés avec des menottes fixées en hauteur. Chacune à son tour, l'une après l'autre. Tous ces tétons qui vibrent, tous ces clitos qui se redressent, qui glissent comme sur des patins de feutre, sur le sol ciré de la salle à manger de ma grand-tante Angèle. Oui, vraiment un beau réveillon du 31 décembre au 1er janvier. Pourquoi ces morts de la discothèque du Bosphore? Je me peigne avec un de mes stilettos. La jouissance est aussi fascinante que la mort.

dimanche 1 janvier 2017

Femmes qui regardent les mouettes de la nouvelle année

Photographie d'Andrew Lucas