Ophélie Conan

Ma photo
Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

jeudi 12 novembre 2015

Pour l'éternité, peut-être


 En ce moment, je n’ai plus guère envie d’écrire. Comme vous le remarquez, je délaisse cette barbare qui finit par me lasser. J’ai dû perdre la foi qui traînait dans ma petite culotte et dans mon soutien-gorge. Je ne sais pas trop ce qui se passe en moi. Je crois que je me sens devenir vieille. Pourtant, ici ou là, dans les magasins, dans les restaurants, dans les bars, on me flatte encore pour ma beauté et ma jeunesse. C’est comme si quelque chose s’émoussait. J’ai quarante-sept ans et je suis sans doute arrivée à la moitié de ma vie, peut-être même davantage. En plus, je n’ai plus très envie de faire l’amour. C’est bizarre, incroyable! Cela ne m’est jamais arrivé. D’ailleurs, pour cette raison, Rose et Marianne se moquent de moi. Je dois être dépressive. Souvent, je reste à l’écart de leurs jeux amoureux et érotiques. Je les regarde qui se broutent la chatte et se sucent les seins. J’en ai aussi envie, mais aussi pas envie. J’espère que mon désir renaîtra, mais c’est ainsi. Je ne veux surtout pas me forcer. L’automne est pourtant merveilleux et je n’en profite guère. J’aurais pu sortir davantage, aller cueillir des champignons dans les bois, me faire davantage brouteuse ou godemichienne sous les grands hêtres et les grands chênes. Non, au lieu de ça, comme une gourde, je pense à ma mort, à ma vieillesse. C’est horrible de durer dans ces conditions. C’est pourtant mieux que de mourir jeune. La vieillesse, dit Cioran, n’est que la punition d’avoir vécu. J’imagine mon cadavre dans son cercueil, sous la terre, c’est celui d’une vieille Ophélie qui a été belle. Quelle drôle d’idée de finir ainsi, dans la terre. Pourtant, c’est ainsi que je veux finir, dans l’humus, parmi les vers, les scarabées et tout un tas de petites bêtes horribles. Parce que toute cette pourriture, c’est la vie, la vie passée, la vie future. Là-dessus Marianne et moi ne sommes pas d’accord. Quand je serai morte, je veux être enterrée. Elle, elle ne le veut pas, elle préfère l’incinération. Nous nous sommes disputées. Quelle horreur de disparaître en fumée, de ne plus être quelque part, mais partout. L’idée d’être dans une petite boite me rassure. De savoir Marianne et Rose en dessous ou au-dessus de moi, dans le même trou, ça me plairait. Bien sûr, on ne baiserait plus, on ne se dirait rien, mais on serait ensemble, on ne se quitterait plus. Pour l’éternité.

11 commentaires:

  1. Merci pour ce beau texte, je le trouve très émouvant, tellement sincère, plein de vérité
    Et si la baise n'est pas pour le moment au rendez-vous, votre plume reste belle et généreuse.
    Merci Ophélie
    deni.S

    RépondreSupprimer
  2. Merci mon cher Denis, c'est la vie de mes humeurs avec ses sommets et ses précipices...

    RépondreSupprimer
  3. En respect du temps qui passe, j'aimerai être ce vers qui puisera toute sa vitalité dans votre humus afin de m'imprégner de vos histoires passées pleines de sensualité faute de n'y pouvoir goûter ici-bas.
    Joëlle

    RépondreSupprimer
  4. Merci Joëlle. Ceci est sans doute une manière de me dire que je suis bonne...
    Ophélie

    RépondreSupprimer
  5. "bonne" est un euphémisme!
    Le désir n'a pas d'âge et votre âge alimente mon désir.
    Envoutée par vos écrits
    Et vous sachant inaccessible
    Je me réfugie dans mes fantasmophélies.
    Joëlle

    RépondreSupprimer
  6. Fantasmophélies est un fort joli mot... Et je vous embrasse pour cette invention... Il me fait rêver moi aussi.
    Ophélie

    RépondreSupprimer
  7. Chère Ophélie,
    Votre vieillesse sera belle, car vous alliez la beauté du corps à celle de l'esprit, et l'un(e) éclaire l'autre...
    Je suis sûre que les trois Grâces seront réunies pour l'éternité.
    Je vous embrasse fort

    RépondreSupprimer
  8. Merci chère Ondine pour vos prédictions et vos bon vœux. Les trois Grâces qui sont encore dans la temporalité vous embrassent bien fort,
    Ophélie

    RépondreSupprimer
  9. Comme tu le dis, tu es arrivée, peut-être, qu'au milieu de ta vie. Alors, pense à toutes ces années où ton coeur battra encore et encore.
    Cette absence de libido n'est que passagère, j'en suis sûr, alors, vas rejoindre tes amies. Je suis sûr que tu l'as fait depuis, d'ailleurs, car je suis sûr aussi que tu es toujours belle et désirable et que tu le seras encore et encore.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, pour ces bonnes paroles qui me touchent. Effectivement, ce moment n'a été que passager.

      Supprimer
    2. J'en suis sincèrement ravi.

      Supprimer