Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

lundi 30 novembre 2015

Amour encore


 L’amour est un état relationnel complexe. Le verbe aimer possède tellement de sens différents, qu’il existe vraisemblablement beaucoup de formes, et par là même de définitions de l’amour. Cependant ce qui caractérise cet état est certainement l’échange de sentiments et d’actions réciproquement vécus comme positifs entre deux personnes. Il faut, pour être plus précis, évidemment retrancher les caresses et pratiques sexuelles, c’est-à-dire la présence d’une grande intimité corporelle, dans le cas de l’amitié, même d’une profonde amitié, laquelle se satisfait normalement du seul échange des sentiments positifs. Par ailleurs, il faut distinguer l’amour d’autres situations apparemment "amoureuses" et souvent qualifiées telles parce qu’elles présentent de bons sentiments apparents (tendresse, fidélité, dévouement), qu’elles durent et qu’elles réalisent, à la longue ou de manière institutionnalisée, des couples structurés. Il serait sans doute préférable, dans ce cas, de qualifier de "pseudo-amours" ces relations apparemment "amoureuses" qui, à y voir de près, sont souvent statiques, sclérosantes et psychopathogènes, parce qu’elles ne permettent pas, voire même interdisent l’échange. Il s’agit souvent de situations de possession non désirées de l’un par l’autre ou de mises en état de dépendance non voulues (cela va de certaines chosifications habituelles et consenties qui font le lot de certaines relations conjugales, à certains types de violences et de viol, en passant par des relations exclusivement fondées sur la jalousie). L’amour se distingue aussi des situations de haine, dans lesquelles existent généralement des échanges, mais non des actions et des sentiments réciproquement reconnus comme positifs. En amour, il faut insister sur le caractère réciproquement reconnus des actions et des sentiments positifs, c’est-à-dire sur la réciprocité, car il est vrai que des actions et des sentiments peuvent être élaborés comme positifs par l’un des partenaires, mais non reconnus tels par l’autre.

 Par ailleurs, il faut mentionner que l’amour est étranger à la nature des sexes en présence et ne paraît nullement spécifique, comme on l’a longtemps affirmé, de la seule relation hétérosexuelle. Il peut évidemment exister des échanges d’actions et de sentiments réciproquement reconnus comme positifs entre deux personnes du même sexe. En revanche, dans le cas où il existe des échanges d’actions et de sentiments réciproquement reconnus comme positifs entre deux personnes, il paraît plus intéressant de distinguer les différentes modalités de ces échanges, que l’amour soit hétéro ou homosexuel.

 Si A et B sont en situation d’échange d’actions et de sentiments réciproquement reconnus comme positifs, on peut envisager trois cas de figure : l’état symétrique, l’état complémentaire et l’état paradoxal. L’état symétrique est fondé sur la différenciation symétrique, laquelle est caractérisée par l’apparition des mêmes aspirations et des mêmes attitudes chez les deux partenaires. XYZ chez A déclenche XYZ chez B. L’état complémentaire, lui, est fondé sur la différenciation complémentaire laquelle met en jeu l’expression d’aspirations et d’attitudes radicalement distinctes, voire carrément opposées. OPQ chez A déclenche RST, chez B. Quant à l’état paradoxal, il est fondé sur un modèle de différenciation qui joue sur l’apparition isolée de réponses asymétriques dans des relations fondamentalement symétriques, et des réponses anticomplémentaires dans des relations complémentaires. Un tel mode de relation évite les inconvénients de l’extrêmisation symétrique et de l’extrêmisation complémentaire, qui entraînent à la longue des actions et des sentiments dont le caractère est loin d’être toujours positif. L’état paradoxal permet d’affirmer la différenciation identitaire de chacun, tout en réduisant les risques d’emballement ou de schismogénèse. Elle stabilise donc la nature des différences sans détruire l’identité qui naît précisément de l’expression des différences. Bien entendu, dans toute interaction existent des niveaux hiérarchiques de communication. Ainsi, l’emballement complémentaire ou symétrique, situé à un niveau, peut être tempéré par un autre niveau ce qui permet souplesse, tolérance et réciprocité.

 Par ailleurs, il faut remarquer que l’état amoureux s’exprime à différents niveaux de l’être. Ainsi, il existe au moins trois niveaux différents du désir. Le plus superficiel est celui de l’action (aller vers). Ainsi au premier niveau, être amoureux suppose d’aller vers l’autre, de le rechercher:
Je vais vers toi et tu viens vers moi (recherche)
Le second niveau qui intègre forcément le précédent est celui de l’ouverture, de l’accueil. Désirer l’autre, c’est non seulement aller vers lui, mais également s’ouvrir à lui, lui permettre d’entrer dans notre monde.
Je t’accueille, tu m’accueilles (ouverture)
Ces deux premiers niveaux caractérisent, de notre point de vue, assez bien, et de manière relativement exclusive les état symétriques et complémentaires décrits plus haut. Mais un troisième niveau, plus délicat à atteindre caractérise beaucoup plus spécifiquement l’état paradoxal, c’est le niveau de l’abandon, du lâcher prise.
Je me laisse accueillir par toi, tu te laisses accueillir par moi
Ce dernier niveau qui intègre obligatoirement les deux précédents est vraiment le moteur du paradoxe dans la mesure où c’est lui qui génère la délicieuse réciprocité. En effet, pour que le désir soit extrême, il ne suffit pas d’aller vers l’autre et que l’autre m’accueille, il faut aussi qu’il se laisse accueillir par moi. Il ne suffit pas que l’autre vienne vers moi et que je l’accueille, mais il faut aussi que je me laisse accueillir sans réserve par lui. Il faut que nous nous fassions réciproquement confiance, pour que chacun se ressente valorisé en lui-même.

 Ainsi, cet état paradoxal qui est le seul à créer vraiment une relation réciproque, suppose confiance en soi, confiance en l’autre et total abandon, c’est à dire retour à un stade du narcissisme qui n’est ni anal ni phallique, mais profondément oral fusionnel, voire fœtal. Ce stade est paradoxal, car comme dans la fusion mère-enfant primitive, il faut porter (l’autre) tout en se laissant porter (par lui). Il faut, pour ressentir concrètement cet état, que je ressente la présence de l’autre en moi (comme un poids). Pour cela, il faut que l’autre vienne, que je l’accueille mais surtout qu’il s’abandonne, qu’il se laisse porter par moi en me faisant véritablement confiance. Réciproquement, pour que cela fonctionne, il faudra que l’autre ressente ma présence en lui, donc que j’aille vers lui, qu’il m’accueille et que je me laisse porter par lui en lui faisant vraiment confiance.

 Certains individus, à l’évidence, ne supportent guère, voire pas du tout ce troisième niveau du désir, car il leur "pèse" considérablement. Ainsi, d’une part, l’abandon de l’autre peut être ressenti comme un véritable fardeau que je dois porter seul, ce qui me tue. D’autre part, je peux vouloir refuser mon abandon en l’autre, de crainte de perdre mon autonomie et mon indépendance. Paradis pour les uns, cet état peut être l’enfer pour d’autres.

 Maintenant, avant d’en venir à la spécificité de l’amour lesbien, il faudrait préciser une dernière généralité. L’être, on le sait, est fondamentalement bisexuel. Jung a bien décrit ces notions d’anima et d’animus chez les êtres. Autrement dit, un homme n’est pas tout homme (H), une femme n’est pas toute femme (F). Disons qu’il serait commode de noter plutôt qu’un homme "normal" (mais qu’est-ce que la normalité?) est pour deux-tiers homme et un tiers femme (HHF) et qu’une femme est deux-tiers femme et un tiers homme (FFH). Mentionnons que H et F ne veulent pas seulement dire Homme et Femme, mais qu’ils caractérisent également des capacités de "portance". Le caractère F est plus propre à accueillir et à porter (à cause de la présence d’un utérus chez la femme) que le caractère H qui est plus propre à "aller vers". Ainsi, selon cette chimie, des personnes en relation, quel que soit leur sexe, autrement dit quelles soient hétéro ou homosexuelles, peuvent atteindre la réciprocité paradoxale, puisqu’elles vont échanger des caractères opposés. (HHF peut échanger ses H et ses F avec FFH, sans craindre de les perdre, de même HHF et HHF - homosexualité masculine - et FFH et FFH (lesbianisme). Le problème de l’incapacité à accéder à la réciprocité paradoxale se pose surtout dans le cas du manque. Tel est le cas d’un couple hétérosexuel composé de HHH et de FFF (excès de complémentarité) ou d’un couple de gays composé de HHH et de HHH, ou encore de lesbiennes composé de FFF et de FFF (excès de symétrie).

 Il faut reconnaître que la difficulté majeure d’atteindre à la réciprocité paradoxale est malheureusement le propre de l’homme, bien davantage que celui de la femme. Si la femme est généralement FFH, voire FHH, l’homme se présente de plus en plus rarement sous le forme HHF ou HFF. Nombreux sont les hommes du type HHH (machos) ou FFF (totalement féminisés). Dans ces conditions, ces hommes ne peuvent entrer valablement dans des relations amoureuses, mais uniquement dans des relations de complémentarité hétérosexuelle (l’homme HHH aura besoin d’une femme FFF, et l’homme FFF, d’une femme HHH) ou de symétrie (homme HHH avec homme HHH) ou de complémentarité (homme HHH avec homme FFF) homosexuelle.

 C’est la raison du succès du lesbiannisme. Une femme FFH voire FHH a de bonnes chances de trouver son bonheur avec une autre femme, dans la mesure où celle-ci, comme elle, sera FFH ou FHH. Notons que le meilleur cas de configuration lesbienne, et celui qui paraît le plus répandu, est le cas FFH / FHH. L’une est plus porteuse, mais sait être portée, l’autre est plus active, mais sait être dirigée. Il y a donc dans ce cas une excellente réciprocité (renforcée par le fait que la femme est naturellement lesbienne), qu’on ne rencontre guère chez les homosexuels. Ce qui fait dire, contrairement à l’ancienne psychiatrie, qu’il n’existe aucun rapport de structure entre l’homosexualité (masculine) et le lesbianisme (féminin).  

jeudi 26 novembre 2015

Paris 13 novembre

Elle ne paraît plus guère affectée par les soi-disant vols dont elle aurait fait l'objet
Peu avant 
Son gendre lui avait apporté un dictionnaire Larousse et une boite remplie de vieilles photos de famille
Elle dit qu'au CHU on lui a dit que son hématome n’était pas terminé
Elle regarde maintenant la télé
Elle y voit toute la violence et toute la connerie du monde
Paris 13 novembre
Tout ça
Daech
Tout ce sang versé
Elle n’y peut rien
Tout ce sang est très loin
Elle ne lit pas beaucoup 
Elle aime bien descendre dans la grande salle
Assister aux animations
Au loto collectif
Hier elle a fait une sortie au Carrefour Market avec une petite amie très gentille 
Aussi ridée
Aussi délabrée qu'elle
Elle raconte qu'on est venu les chercher parce qu'on ne les retrouvait plus 
Qu'on croyait qu'elles s'étaient perdues
Pour elle
C'est totalement faux
Elles savaient très bien où elles étaient 
Elles savaient très bien rentrer seules
Elles n’étaient pas au Bataclan
Puisqu'elles étaient au Carrefour Market
Et qu’à l’ouest il y avait encore les derniers rayons roses du soleil

mercredi 18 novembre 2015

Comme un phénix

Être baisée par une femme est chose délicieuse
La succion m’excite alors que le chatouillement m’énerve
Ta vulve est belle comme celle d’une adolescente
Je m’enfonce dans des vagues de plaisir que je ne peux diriger
Je veux manger ton godemiché
Qui est source inépuisable de vie
Mangé il ne sera pas mort
Mais me fera renaître comme un phénix de ses cendres

jeudi 12 novembre 2015

Pour l'éternité, peut-être


 En ce moment, je n’ai plus guère envie d’écrire. Comme vous le remarquez, je délaisse cette barbare qui finit par me lasser. J’ai dû perdre la foi qui traînait dans ma petite culotte et dans mon soutien-gorge. Je ne sais pas trop ce qui se passe en moi. Je crois que je me sens devenir vieille. Pourtant, ici ou là, dans les magasins, dans les restaurants, dans les bars, on me flatte encore pour ma beauté et ma jeunesse. C’est comme si quelque chose s’émoussait. J’ai quarante-sept ans et je suis sans doute arrivée à la moitié de ma vie, peut-être même davantage. En plus, je n’ai plus très envie de faire l’amour. C’est bizarre, incroyable! Cela ne m’est jamais arrivé. D’ailleurs, pour cette raison, Rose et Marianne se moquent de moi. Je dois être dépressive. Souvent, je reste à l’écart de leurs jeux amoureux et érotiques. Je les regarde qui se broutent la chatte et se sucent les seins. J’en ai aussi envie, mais aussi pas envie. J’espère que mon désir renaîtra, mais c’est ainsi. Je ne veux surtout pas me forcer. L’automne est pourtant merveilleux et je n’en profite guère. J’aurais pu sortir davantage, aller cueillir des champignons dans les bois, me faire davantage brouteuse ou godemichienne sous les grands hêtres et les grands chênes. Non, au lieu de ça, comme une gourde, je pense à ma mort, à ma vieillesse. C’est horrible de durer dans ces conditions. C’est pourtant mieux que de mourir jeune. La vieillesse, dit Cioran, n’est que la punition d’avoir vécu. J’imagine mon cadavre dans son cercueil, sous la terre, c’est celui d’une vieille Ophélie qui a été belle. Quelle drôle d’idée de finir ainsi, dans la terre. Pourtant, c’est ainsi que je veux finir, dans l’humus, parmi les vers, les scarabées et tout un tas de petites bêtes horribles. Parce que toute cette pourriture, c’est la vie, la vie passée, la vie future. Là-dessus Marianne et moi ne sommes pas d’accord. Quand je serai morte, je veux être enterrée. Elle, elle ne le veut pas, elle préfère l’incinération. Nous nous sommes disputées. Quelle horreur de disparaître en fumée, de ne plus être quelque part, mais partout. L’idée d’être dans une petite boite me rassure. De savoir Marianne et Rose en dessous ou au-dessus de moi, dans le même trou, ça me plairait. Bien sûr, on ne baiserait plus, on ne se dirait rien, mais on serait ensemble, on ne se quitterait plus. Pour l’éternité.