Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

jeudi 26 novembre 2015

Paris 13 novembre

Elle ne paraît plus guère affectée par les soi-disant vols dont elle aurait fait l'objet
Peu avant 
Son gendre lui avait apporté un dictionnaire Larousse et une boite remplie de vieilles photos de famille
Elle dit qu'au CHU on lui a dit que son hématome n’était pas terminé
Elle regarde maintenant la télé
Elle y voit toute la violence et toute la connerie du monde
Paris 13 novembre
Tout ça
Daech
Tout ce sang versé
Elle n’y peut rien
Tout ce sang est très loin
Elle ne lit pas beaucoup 
Elle aime bien descendre dans la grande salle
Assister aux animations
Au loto collectif
Hier elle a fait une sortie au Carrefour Market avec une petite amie très gentille 
Aussi ridée
Aussi délabrée qu'elle
Elle raconte qu'on est venu les chercher parce qu'on ne les retrouvait plus 
Qu'on croyait qu'elles s'étaient perdues
Pour elle
C'est totalement faux
Elles savaient très bien où elles étaient 
Elles savaient très bien rentrer seules
Elles n’étaient pas au Bataclan
Puisqu'elles étaient au Carrefour Market
Et qu’à l’ouest il y avait encore les derniers rayons roses du soleil

mercredi 18 novembre 2015

Comme un phénix

Être baisée par une femme est chose délicieuse
La succion m’excite alors que le chatouillement m’énerve
Ta vulve est belle comme celle d’une adolescente
Je m’enfonce dans des vagues de plaisir que je ne peux diriger
Je veux manger ton godemiché
Qui est source inépuisable de vie
Mangé il ne sera pas mort
Mais me fera renaître comme un phénix de ses cendres

jeudi 12 novembre 2015

Pour l'éternité, peut-être


 En ce moment, je n’ai plus guère envie d’écrire. Comme vous le remarquez, je délaisse cette barbare qui finit par me lasser. J’ai dû perdre la foi qui traînait dans ma petite culotte et dans mon soutien-gorge. Je ne sais pas trop ce qui se passe en moi. Je crois que je me sens devenir vieille. Pourtant, ici ou là, dans les magasins, dans les restaurants, dans les bars, on me flatte encore pour ma beauté et ma jeunesse. C’est comme si quelque chose s’émoussait. J’ai quarante-sept ans et je suis sans doute arrivée à la moitié de ma vie, peut-être même davantage. En plus, je n’ai plus très envie de faire l’amour. C’est bizarre, incroyable! Cela ne m’est jamais arrivé. D’ailleurs, pour cette raison, Rose et Marianne se moquent de moi. Je dois être dépressive. Souvent, je reste à l’écart de leurs jeux amoureux et érotiques. Je les regarde qui se broutent la chatte et se sucent les seins. J’en ai aussi envie, mais aussi pas envie. J’espère que mon désir renaîtra, mais c’est ainsi. Je ne veux surtout pas me forcer. L’automne est pourtant merveilleux et je n’en profite guère. J’aurais pu sortir davantage, aller cueillir des champignons dans les bois, me faire davantage brouteuse ou godemichienne sous les grands hêtres et les grands chênes. Non, au lieu de ça, comme une gourde, je pense à ma mort, à ma vieillesse. C’est horrible de durer dans ces conditions. C’est pourtant mieux que de mourir jeune. La vieillesse, dit Cioran, n’est que la punition d’avoir vécu. J’imagine mon cadavre dans son cercueil, sous la terre, c’est celui d’une vieille Ophélie qui a été belle. Quelle drôle d’idée de finir ainsi, dans la terre. Pourtant, c’est ainsi que je veux finir, dans l’humus, parmi les vers, les scarabées et tout un tas de petites bêtes horribles. Parce que toute cette pourriture, c’est la vie, la vie passée, la vie future. Là-dessus Marianne et moi ne sommes pas d’accord. Quand je serai morte, je veux être enterrée. Elle, elle ne le veut pas, elle préfère l’incinération. Nous nous sommes disputées. Quelle horreur de disparaître en fumée, de ne plus être quelque part, mais partout. L’idée d’être dans une petite boite me rassure. De savoir Marianne et Rose en dessous ou au-dessus de moi, dans le même trou, ça me plairait. Bien sûr, on ne baiserait plus, on ne se dirait rien, mais on serait ensemble, on ne se quitterait plus. Pour l’éternité.