Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mercredi 29 juillet 2015

Le beau et le sublime

                                                     à Marianne,

La seule force de joie
Sans doute la plus obscure
A œuvré dans le blé déformé
Comme une conscience d’hiver dans le plein été
En attendant
Je te détiens chaude comme un fer à repasser
Un jour de canicule
Et je ris de mon triomphe
Et de mes piètres calculs

samedi 25 juillet 2015

La punition d'avoir vécu

En 68 il était CRS=SS
Il matraquait les étudiants rue Soufflot
Aujourd’hui
Quarante-sept ans plus tard
Il attend dans son fauteuil roulant
Les yeux clos
Sans souffle
Immobile
Silencieux
Infiniment patient
Ses cheveux blancs et longs
Ondulent sur ses épaules creuses

mercredi 22 juillet 2015

Pourisme

Ça commence comme une histoire drôle
A se tordre les côtes
Mais ça rit et ça parle fort
A tort et à travers
Je les prends au hasard
L’un après l’autre
Au fur et à mesure qu’ils se déversent sur la côte
Il me semble qu’ils agissent comme s’ils étaient victimes de secousses mentales
Qui bousillent leurs neurones
Non plutôt les miens
Devant eux
C’est une mer infiniment calme et claire
Pleine de voyages
Et de clignements d’yeux
Ce sont des touristes
Affamés de photos et de vidéos
Sortis des profondeurs d’un autocar
Qui marchent comme des légionnaires
Non des lampadaires
Je les regarde
Hagards
Il faut suivre individuellement pour les observer
Les mouvements infimes ou  brutaux de leurs corps
J’ai un doute permanent sur le principe des relations de cause à effet
Je n’ai plus aucune certitude
Tant il se passe des hasards troublants
Sans doute dus à la circulation électronique de l’information
Qui fait la globalisation
Un millier de kilomètres ça n’est plus rien
Un million d’années ça n’est rien non plus
Un milliard d’individus ça n’est vraiment rien du tout
C’est un magma informe
Une juxtaposition de milliards de solitudes
Ça fait que
Je me trouve maintenant 
Sans l’avoir voulu
Dans les faubourgs de la galaxie
Je me dis que
Le monde devient plus que jamais accessible
Mais il s’éloigne de plus en plus
La communication isole
Chancèlement
Harcèlement
Délabrement
Tout ça dépasse les individus
Cette route si simple et si souvent suivie
Est aujourd’hui infiniment perdue
Et toujours la même heure nulache sur mon iPhone
Chaque jour je fais un tour sur moi-même
Axe majeur bravache
Je prends un grand coup de poignard dans le cœur
Plus intense de minute en minute

lundi 20 juillet 2015

Radiateur et menottes

Poignets et chevilles reliées
Aux tuyaux du radiateur de notre chambre
Repliée comme une besace
Ma douce a ainsi passé la nuit
Un gode fiché dans son conduit de velours
Ainsi que mon incendiaire l’avait décidé

samedi 18 juillet 2015

Après tant de siècles

                                                                   à Marianne,

Quand après tant de siècles d’écriture dans le pôle mort
Je fus cette dame sans amante
Quand le silence qui durait dans les miroirs
Fit trop de bruit dans le noir
Je rêvai alors de divins oiseaux du cœur
Jour de nos seins meilleurs et moqueurs
Or à présent mon cœur est une quille qui cueille
Tes sourires en forme de nid
Souveraine mesure de mes jours sans deuil

mercredi 15 juillet 2015

La naissance de Vénus

La naissance de Vénus (1947) - Paul Delvaux (1897-1994)

"Vénus, une belle et bonne dame, était la déesse de l'amour; Junon, une terrible mégère, la déesse du mariage, et toujours elles furent ennemies mortelles."
Jonathan Swift

dimanche 12 juillet 2015

Penser à nu


"Je n’ai d’amis que celles ou ceux qui s’oublient en parlant. Ils pensent à nu. "
Pascal Quignard

jeudi 9 juillet 2015

La splendeur du désastre

Dans la chambre où nous sommes
Il faut marcher en laisse
Et aller là où elle le veut
Comme un animal en somme
Domestique
A quatre pattes
Sur mes deux mains
Sur mes genoux
Avec mes seins qui pendent 
Et se balancent
Avec  
Fixées au bout
Des petites clochettes tintinnabulantes
La peau en feu
Et 
De temps en temps
Quelques coups de martinet
Qu’elle m’administre
Arrogante
Parce que je ne prends pas suffisamment vite
La bonne direction
J’aime ses talons aiguille
Qui martèlent le pavé 
Ecrasent les brindilles
Corde tendue
Hasards de la vie
J’aime ses très longues jambes fines
Sa jolie taille
Ses fesses de fillette canaille
Surtout quand elle me plie sous une table
Où elle s’installe juicy
Pour se masturber
Ici
Très immobile
Tandis qu’elle m’ordonne de lui embrasser les pieds
Que je me crois immortelle
Parce que directement alimentée par le souffle de ses poumons

mardi 7 juillet 2015

Sur le départ


 Ce soir encore, il fait chaud, Nous n'allons pas tarder à sortir faire de l'exhibe quelque part. Pas encore décidé où. Nous irons en voiture. Roulerons vitres ouvertes et nous arrêterons quand il fera nuit. Dans un bourg. Inconnu de préférence. Descendrons de la voiture, irons nous promener à pied, à la découverte des lieux, nues sous nos petites robes de coton que nous laisserons ouvertes sur le devant, dans l'hypothèse généralement vérifiée que nous ne rencontrerons personne. Marcherons main dans la main, à pas lents, avec plein d'étincelles dans le cœur, comme deux sœurs jumelles et orphelines. Épierons la vie des gens derrière les fenêtres encore allumées des maisons et, dans les endroits obscurs et déserts, nous bécoterons, malaxerons nos seins à pleines mains, les sucerons. Prendrons soin aussi de mettre un beau rosebud, et n'oublierons pas d'emporter un ou deux godemichés, toujours bienvenus dans cette circonstance très cosmique. J'hésite à vous donner plus de détails, sachant qu'il faut toujours improviser. Aurons, je pense, les morceaux d'un kaléidoscope qui s'agiteront dans nos têtes.

dimanche 5 juillet 2015

Notre immobile amour pour les seins




 Oui, je la lutine et elle me lutine bien comme il faut. Ces bonnes chaleurs sont vraiment propices aux lutineries. Que ces moments sont agréables! Par exemple, en fin d'après-midi, nous étions à la plage, dans un endroit un peu à l'écart, étendues sur nos serviettes, nues, l'une dans le prolongement de l'autre. Marianne était à plat dos et moi à plat ventre. J'avais le buste juste au-dessus de sa tête. Ainsi, nous pouvions nous téter les seins simultanément. Nous y avons consacré pas mal de temps.

jeudi 2 juillet 2015

Un monde de châteaux perdus


 Je suis partie en Irlande avec Marianne et nous voici revenues. L’Irlande (du moins ce que j’en ai vu) présente de merveilleux paysages qui ne ressemblent pas vraiment à ceux de France. L’île est entourée de montagnes assez hautes qui tombent dans la mer, soit sous forme de hautes falaises comme aux "cliffs of Moher", soit, le plus souvent, sous forme d’une dentelle de rochers auxquelles se mêlent des îles plus ou moins grandes, tout ça mélangé à des lacs, ce qui fait qu’on se demande souvent de quel côté est la grande bleue. Il y a aussi parfois de minuscules plages de sable, plus ou moins accessibles, et les pentes des montagnes ou des collines, d’un vert que la Normandie pourrait envier, sont remplies de plein plein plein de moutons blancs, mais aussi parfois des tout noirs, qui se confondent avec les sempiternelles grosses pierres, celles que les Irlandais ont empilées, paraît-il sous la contrainte des Anglais, pour faire des kilomètres de murets dont je me pose encore la question de l’utilité, si ce n’est de laisser davantage de place à l’herbe pour qu'elle remplisse le ventre des moutons. Nous avons vu des sites extraordinaires, entre autres l’abbaye de Kylemore, la péninsule de Dingle, Muckross House et Ross Castle, à côté de Killarney, etc. Tout un monde de châteaux perdus. Le beau temps n’a pas toujours été de la partie, mais il n’a pas fait non plus franchement mauvais. Je dois dire quand même que les températures étaient inférieures de dix degrés en moyenne à celles de la France, ce qui rendait bien souvent téméraire le don de soi fait à la nature.

 Durant les premiers jours, nous avons été accueillies chez l’ancienne correspondante de Marianne, Eireann et son mari Artur, dans la banlieue ouest de Galway. Comme vous pouvez l’imaginer, Eireann n’est pas du tout lesbienne, et Monsieur et Madame Mac Gowan, bien que très catholiques, n’étaient pas pour autant gênés d’en accueillir deux chez eux, dans leur petit pavillon confortable, mais d’un goût à vomir, où, le soir, ils allumaient de traditionnels feux de tourbe dans la cheminée. Marianne et Eireann étaient vraiment contentes de se retrouver, et leur joie faisait plaisir à voir. Ce charmant couple sans enfant nous a fait visiter Galway, ville assez austère que je n’ai pas beaucoup aimée, puis le Connemara et le Mayo, notamment le village de Cong, où John Ford a tourné "L’homme tranquille" avec John Wayne et Maureen O’Hara, et où les scones de chez "puddleducks Cafe" sont excellents, et l’une des vendeuses très excitante. C’était très bien, un peu surranné et tout à fait nostalgique.

 Après, nous avons pris notre liberté et sommes allées vadrouiller par nos propres moyens. Il m’en reste des impressions étranges, inhabituelles. Rouler à gauche dans une voiture à conduite à droite sur des routes très étroites et souvent bombées. S’adresser aux gens continuellement en anglais. Boire de la Guinness dans des pubs. Manger des glaces. Baiser au cours de longues randonnées à pied dans des petits chemins tortueux et parfois abrupts, parmi les pierres et les moutons qui bêlent. Faire des sorties, nues, dans les couloirs des hôtels, aux sols revêtus de grosses moquettes moelleuses. Oui, c’étaient des jours et des nuits bien agréables, et l’Irlande, je le redis, est un beau pays, pas toujours séduisant, souvent rude, mais toujours étonnant et attachant.