Ophélie Conan

Ma photo
Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mercredi 27 mai 2015

Corps et biens

C’est un gode léopard
Qui chasse
Sur la mammemonde
En quête de blancs desseins

En de violents feulements
Il appelle à lui
Tous les ouragans 
Tous les tremblements de la terre

D’un saut
Il parvient à un confluent
Où vit
Parmi  les typhons et les cyclones
D’une terrible dentelle Chantilly
Une tendre moule sauvage

Il appelle la chair
Appelle celle qu’il aime
Et corps et biens
Se précipite en elle
Pour s’y ébattre

samedi 23 mai 2015

Chaque jour

Chaque jour 
J’ai vingt ans
Et quand je mange
C’est avec deux princesses rebelles et très belles
Deux fumelles de plus en plus jumelles 
Sur une pseudo table de multiplication
Coquettement recouverte
D’une étoile cirée

C’est une farce toujours très joyeuse
Et nullement décadente
Qui
Malgré moi
S’est glissée dans mon cœur écartelé

Ainsi mon cœur
Ton cœur
Son cœur
Notre cœur
Résonnent loin des fanfares monotones
Loin des vertus très lugubres de l’océan des haut-le-cœur
Colporteuses de vilaines chansons

jeudi 21 mai 2015

Sur la piste du loup

Il est long très long d’attendre
A genoux
Quand on a été mise au coin 
Dans le noir
Un loup opaque sur les yeux
Un collier à chien autour du cou
Une laisse pendante entre les seins
Des pendeloques à poids pincées au bout
On rêve
On rêve
On a le temps de rêver
Qu’on est en nacre
Qu’on roule dans un fiacre
Mais on ne peut aller nulle part
On a les poignets attachés
Derrière le dos
Les chevilles reliées entre elles
On ne peut même pas se relever soi-même
On attend l’anémone du soir
Et les blés débraillés

mardi 19 mai 2015

Don't touch

Ne touchez pas à la chaise
Elle est électrique

Ne touchez pas à la chair
Elle est si faible

Ne touchez pas à ses seins
Ils sont miroirs
Not ice-cream

Ne touchez pas à ce service de Sèvres en porcelaine à décor d’oiseaux inspirés de Buffon
Il est en carton

Ne touchez pas à cette fabrique de rêves
Elle bave

Ne touchez pas à ce service de pompes funèbres
Il ment 
Comme Paul Verlaine

samedi 16 mai 2015

La chanson dit que la vie est belle comme un tractopelle

 Marianne et moi, on en a toujours envie. Il fait moins froid, on sort souvent toutes les deux, sans Rose qui n'aime pas trop. Dans la voiture chauffée, ce n'est jamais un problème. On se gare quelque part, dans un endroit tranquille, on se caresse, on se cajole, on se dit des mots d’amour, on se gode, on se lèche, on se tète, on se mioumioute, on se fait du bien. De temps en temps, l'une sort de la voiture et déambule dehors avec ses escarpins ailés de pute. Elle passe et repasse en Louboutin tout près de la voiture, ouvre son manteau ou sa cape, montre sa founette, ses nichons, son joli fessier d’amour. Parfois, elle quitte son emballage. Audacieuse. L'autre, dans le véhicule, la regarde, la mate comme une malade, en se masturbant, en se godant, c’est selon, mais c’est toujours une délectation. Après, on inverse les rôles. C’est un peu comme si on nageait dans la mer, parmi des poissons scintillants, on a l’impression que le sang de la jeunesse irrigue nos corps, les empêche de se faner.

 Ces moments-là sont inexprimables avec des mots. Ils me plongent dans une sorte d'éternité mystique et incompréhensible. Ils font surgir de moi, d’elle, de nous, de je-ne-sais-trop-quoi dans le monde, comme une sorte de mystère vaporeux. Ils révèlent quelque chose de mystérieux, de lumineux, qui gisait au fond des noyaux de chacune de nos cellules, ou qui planait au-dessus des trottoirs des rues, je ne sais pas, mais tout ça sans que nous nous en rendions compte, plongées que nous sommes dans la triste banalité de notre vie quotidienne. J’espère rester comme je suis encore longtemps pour pouvoir me réjouir de ces moments ineffables et prodigieux. 

 Un jour, j’espère rencontrer une fée. Je lui demanderai qu’elle fasse en sorte que mon corps s’éternise. Ferme et désirable. Je veux pouvoir encore exciter pendant longtemps des jeunes beautés comme Marianne et Rose. Souvent, je pense à ma mort avec effroi. Je ne suis pas vraiment prête à me transformer en cadavre. Certes je n’en ai pas encore l’âge. Mais il n’y a pas d’âge pour trépasser. Déjà, chaque jour nous passons. Je veux pouvoir faire de la poésie demain et après-demain en tressant de belles nattes, de beaux nichons, de belles chattes. Je ne suis pas vraiment une barbare, je construis bien davantage que je ne détruis. Mais barbare je le suis, au sens que je veux retrouver les forces vives et volcaniques, cosmiques, érotiques, pulsionnelles de la vie, pas toujours politiquement et socialement correctes, pour découvrir, dans la vie courante, celle qui fait le marathon qui use, ce fameux mystère. Alors, la vie devient phosphorescente, comme le sable de la plage, même quand il y a des nuages.

mercredi 13 mai 2015

Prendre son temps

Pour exécuter de grandes choses
A dit Vauvenargues 
Il faut vivre comme si on ne devait jamais mourir
Jamais flétrir
Jamais pourrir
C’est pourquoi quand je la déshabille
Bien qu’elle me nargue
Je ne la dévêts jamais très vite
Ni complètement
Mais toujours lentement
Et partiellement
Pour créer un bel embrasement des sens
Parce que je sais qu’elle passe
Comme moi
Beaucoup de son temps à entretenir son apparence

Existence
Inconvenance
Errance

Arracher sauvagement ses vêtements
Serait comme profaner une tombe 
Comme ouvrir un cadeau
En déchirant son bel emballage
Certes elle aime aussi que je la déchire
Que je la dévore
Et que barbare
Je la pirate sans défaillance
Que sur l’instant même
Je monte à l’abordage
Mais il n’est jamais bon d’user toujours du même usage
Souvent femme varie
Même la plus sage

lundi 11 mai 2015

Sainte femme

Sur un ciel de rues étroites
A genoux
Collier au cou
Son visage est bien fatigué
Elle doit se saisir de la dive mamelle
Que 
Paupières fermées
Sa geôlière lui tend
Elle la prend 
Sorcière experte
Entre ses doigts
Du bout de ses ongles effilés et nacrés
Porte à sa bouche le téton sans nom 
Et telle une sainte femme 
Ferme les yeux
Tandis que son autre main 
Presse l’autre sein
Et tout bas comme un départ
Saisit le divin plaisir de la vie
Qui à la mort se compare

samedi 9 mai 2015

Le jour qui se lèvre

De pute en blanc
Tu m’as appris le nom
Du secret de nos lèvres
Tu es debout tout étonnée
De voir des pinces à linge 
Bien rangées
Sur mes grandes lèvres
Elèves studieuses
Tout autour de leur maîtresse
Ma chatte ivre d’ivresse
Ultime Lolita au-dessus de l’abîme

jeudi 7 mai 2015

Vivre


"Vivre signifie: croire et espérer, mentir et se mentir."
Emil Michel Cioran

mardi 5 mai 2015

Retour en enfance

 Pardon pour cette interruption, mais ces derniers temps, j’ai reçu chez moi, en vacances, ma petite fille Kali. Marianne, de son côté, était avec ses deux enfants, et Rose naviguait avec Agathe, son amie skippeuse. J’ai donc reçu Kali dans ma maison. C’est une petite personne haute comme trois pommes qui demande incroyablement d’attention. Dès son réveil, le matin, avec ses grands yeux qui pétillent, elle me posait déjà des tas de questions: "Dis Mamie, pourquoi le père Lustucru a pris le chat de la Mère Michel?" Et aussi: "Pourquoi il est méchant, le père Lustucru?" Sans arrêt, elle chantait des comptines et faisait des farces à sa mamie Ophélie. Dès que je m’éloignais un instant, elle criait: "T’es où Mamie Ophélie?" 

 Tout s’est passé très bien. Nous avons tondu ensemble la pelouse, fait du jardinage, rendu visite à ma tante Angèle et à nos voisins Yann et Joséphine dont elle apprécie particulièrement le chien, sommes allées au cinéma voir "Clochette et la créature légendaire" et "Shawn le mouton", sommes aussi allées à la plage où elle a gambadé joyeusement dans les vaguelettes du bord en chantant: "Vivent les vagues! Vivent les vagues!" Et nous avons fait des grands châteaux de sable et aussi la bagarre, car elle voulait savoir qui d’elle ou de moi était la plus forte. 

 J’ai aimé ses surprenantes questions. Par exemple, observant un oiseau sur la branche d’un arbre, elle me demandait: "Dis, Mamie Ophélie, quand est-ce qu’il va s’envoler l’oiseau là-bas?" Bien sûr, je lui répondais: "Je ne sais pas, ma chérie, quand il en aura envie!" "Ah oui, mais quand est-ce qu’il en aura envie?" "C’est un vrai oiseau ou un faux?" Aussi, quand nous mangions, en tête-à-tête, inévitablement, elle me regardait et me disait, d’un air malicieux, qu’elle allait gagner. Elle voulait simplement dire qu’elle aurait fini la première. Elle se dépêchait pour terminer son fromage ou son dessert avant moi, et cela la faisait rire. Tous les soirs, avant de s’endormir, elle voulait que je lui lise plusieurs histoires de fées, de sorcières, de princesses. Elle était ravie. Moi aussi.

 Ce qui m’amuse, c’est qu’elle croit à l’omniscience de l’adulte. Elle s’imagine que l’adulte sait tout sur tout. Souvent, elle me demandait ce qu’allait faire telle ou telle personne, dans la rue ou sur la plage, ou encore dans un conte ou dans un film, et elle se montrait très étonnée que je n’en sache rien. Inévitablement aussi, elle me demandait: "Celui-là, c’est un gentil ou c'est un méchant?" Ce qui est drôle, c’est qu’elle se rassurait en affirmant de curieuses "vérités", comme par exemple: "Dis Mamie Ophélie, quand on mange un chigum, on peut pas manger des frites en même temps!"

 Bien sûr, elle m’a demandé aussi pourquoi je n’avais pas d’amoureux. Je lui ai dis que j’avais eu son grand-père Léonard, mais que, désormais, nous étions séparés, et que je préférais vivre avec une amoureuse, mais que celle-ci était partie en vacances avec ses enfants. Cela ne l’a pas vraiment surprise. Elle m’a alors posé des questions sur les enfants de mon amoureuse, elle a voulu savoir qui était leur papa et comment il s’appelait, etc. Puis, plus tard, à un moment inattendu, elle m’a dit: "Tu sais Mamie Ophélie, moi aussi je n’aime pas les garçons!"

 Bien qu’âgée de trois ans et demi, Kali est très coquette, très féminine. Comme beaucoup de fillettes de son âge, mais aussi plus vieilles, elle rêve de princesses et d’habits de princesse, de talons aiguille, de bretelles de soutiens-gorge qu’on peut voir sur l’épaule, de diadèmes dans les cheveux, longs bien entendus... Plusieurs fois, elle m’a demandé quand elle aurait des seins pour être "une vraie dame". Un soir, en la couchant, elle m’a demandé si à quatre ans elle aurait des seins. Elle a ajouté qu’elle voudrait en avoir des gros et des beaux comme les miens. Elle m’a demandé de les voir et je lui ai montrés. Elle était admirative. Elle a aussi voulu marcher dans mes stilettos, cela la faisait rire aux éclats.

 Evidemment, elle m’a aussi entretenue de toutes ses amies qu’elle connaît très bien, de Raiponce, d’Aurore ou de Félicité (la belle au bois dormant), de Cendrillon, de Blanche Neige, d’Ariel, de Belle, de Tiana, de Mérida, de Jasmine, de Mulan, de Pocahontas, mais aussi d’Elsa, la reine des neiges, et de sa sœur Anna, de Clochette et de Noa. J’en oublie. Je n’imaginais pas qu’il y eût autant de princesses et de fées!