Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

samedi 18 avril 2015

Ses éveils

A côté d’une paire de ciseaux
Ma nana est allongée vive 
Et nue sur un couvre-lit
Qui imite la fourrure du léopard
Elle me tourne le dos 
Et me confie ses fesses
Elle regarde devant elle les feuilles larges et vertes
D’une espèce de jungle confite
La nuit tombe
Sur les épaules
Les hanches
Les fesses
Et les chevilles voyageuses

jeudi 16 avril 2015

Ombres chinoises

Justice de citron
Jus spectacle
Justificatif de domicile
Quelque chose se passe
Quelqu’un trépasse
Au-delà des limites de ma peau
C’est un carambolage au bord de mes yeux
Ma bouche envoie des bulles aux nuages
Bientôt tu reprendras ta place dans mon cœur
Qui n’est pas une cage pour ombres chinoises

mardi 14 avril 2015

Elle emporte tout

J’avance toute nue
Les mains reliées entre elles derrière mon dos
Je tiens entre mes dents
Comme un stylo
La chaîne attachée à mon collier
Mes seins orgueilleux pointent
Je fais la belle 
Je m’approche de ma maîtresse
Mais je prends bien soin de baisser mon regard
Sous mes cheveux de folle
De n’être point traîtresse
Pour que celle que j’aime m’aime

dimanche 12 avril 2015

Savez-vous à quoi je pense

Aujourd’hui je me suis godée seule sur un banc public
A Quimper au bord de l’Odet 
A moins que ce ne soit dans le jardin public de Pont-L’Abbé 
C’était sur un banc
Contre le vent
Je me disais que j’étais une salope
J’avais le corps comme un buvard
Je nous voyais à perte de vue
Nous ouvrions une boutique en ville
Aux salopes réunies
Et je me vautrais dans le poème
Tandis que le sexe faisait rage
Partout parmi les saxifrages
A cette occasion j’ai pensé que le maringouin était un moustique
Qui ne sévissait pas seulement dans la mangrove
Pour absorber les absences iniques
Mais aussi dans l’oubli du temps
Y aura-t-il encore du veau Marengo
Quelque part sous son caraco
Entre autres explications
Et des mandingues
Car cette histoire-là est dingue
Je vous le dis
Et me tue absolument

vendredi 10 avril 2015

Sous sa voûte humide

                                                                                   à Rose,

Immobile sous la voûte humide
Des jambes de mon amour
J’observe notre maîtresse à nous deux
Reine de cœur sauvage mais assagie
Assise dans une bergère
Les doigts de sa main droite touchant mollement son front
Ses grands cils bordent et débordent
De ses paupières closes
Elle médite 
Ses seins palpitent sous son caraco transparent
Sa main gauche entre ses jambes très largement ouvertes
Tient une badine verticale en bois
Dont l’autre extrémité repose sur un tapis rose
Elle ne daigne même pas regarder ses deux esclaves devenues
Choses
Ses femelles nues
L’une debout
Lubrique
L’autre
Je veux dire moi
Non moins lubrique 
Allongée exemplaire sur le parquet
Sans doute pour lui plaire
Sans doute invoque-t-elle son dieu
Sans doute s’abîme-t-elle dans ses pensées
Un peu comme si soudain le temps se mourait
J’aurais voulu l’aider
La rassurer
Lui tendre une main blanche pleine de polyphonies archaïques

mercredi 8 avril 2015

Perdre la libre disposition de soi-même


"Donnez-nous des télévisions et des hamburgers, mais débarrassez-nous des responsabilités de la liberté." 
(Vance Packard)

(Délicieuses femmes)

lundi 6 avril 2015

Soleil couchant

Ce soir le crépuscule est doux
Comme de hauts talons vernis noirs
Il revêt d’or Quimper et sa gare
Il suspend son soleil dans ses draperies
C’est une lampe à huile bien huilée en cuissardes noires 
Qui hasarde mille ombres furtives en désespoir
Dans un vorace tablier de bouchère
Comme ce pieux soutien-gorge ouvert qui m’est cher

samedi 4 avril 2015

Une règle générale

Ce n’est pas la fin des guerres
Ni non plus des poèmes
Ni non plus des cougars et des jouvencelles 
La bouche du temps n’est qu’un perpétuel égout
D’où jaillit notre flamme humaine
Comme un orgueilleux chant de baleine

jeudi 2 avril 2015

Drôle de monde



 Le soir, quand je rentre à la maison, après une dure journée de travail, souvent je demande à Marianne de me baiser. Elle le fait sans attendre, car l’or est toujours à portée de nos mains et il ne faut jamais remettre à demain. Ensuite, elle veut que je la baise à son tour, ce que je fais également sans attendre, après avoir croqué ses pommes d’angoisse. Quand j'y songe, je n’aimerais pas vivre au Far-West, mais que faire? Pourrions-nous nous passer de cul, elle et moi. Est-ce normal docteur? Un jour viendra, la moule des mers se détachera de son byssus, et les yeux clos de ma belle iront dans un pays où ne fleurissent que des violettes. Et pendant que je prendrai Marianne en levrette, Rose arrivera, sans faire de bruit, se mettra un gode, et m’enfilera subrepticement pendant que j'enfilerai mon doux amour... Ce sera une œuvre pieuse de plaisir au milieu de la vie.

 Oh combien douce est notre vie de lesbiennes libertines et lubriques dans notre petite maison et notre petit jardin où chaque matin s’incendie à mon insu une aurore nouvelle! Elle est si agréable cette vie que nous n'avons plus guère envie de sortir de chez nous (sauf pour nous exhiber dehors ou nous rendre chez quelques amies, notamment mes collègues de travail, Marlène et Marceline). De ce fait, nous n’entendons pas les loups qui surgissent de leur tanière. Pourquoi vouloir sauver les apparences? Heureusement, je me secoue, je m'informe, je lis, ici et là, j’écris, je m'intéresse à la vie culturelle, sociale, politique, ainsi qu’à la feuille de basilic, et Marianne idem. Et Rose s’active, récure, astique. Sinon, on aurait toujours le nez dans des foufounes et des tétons dans la bouche, mais que faire puisque que les assassins assassinent?