Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mardi 31 mars 2015

Son épaule

Si elle découvre une zone de mon corps
Où j’aime être touchée
Mon épaule par exemple
Elle n’insiste pas
Elle abandonne
Elle me fait attendre
Pour y revenir plus tard
Exerçant en attendant 
Mille lentes manœuvres d’approche
Tout autour de ce pôle d’attraction
Et quand de nouveau
Elle frôle mon épaule
Le plaisir est alors plus intense
Ce qui fait que je miaule
Touchée coulée
Grâce à l’anticipation que je me fais
Car la flamme n'est nulle part ailleurs que dans mon cœur

dimanche 29 mars 2015

Cette femme idéale

Dans l’obscurité
Près d’un bougeoir
Anaïs lit
Ou fait semblant

Pour l’occasion
Elle a mis 
Une robe du soir 
Belle et longue et noire

Allongée sur un canapé noir
En cuir
Avec de grands accotoirs
Elle surveille du coin de l’œil
La belle et blonde Isabelle
Au sexe rose
Nue à côté d’elle
Chevilles et poignets menottés
Qui 
Patiemment
Attend la fin de l’Histoire du dernier homme
Et de la pluie qui dehors claque comme un battoir

vendredi 27 mars 2015

Sa capacité d'être punie

                                        à Marianne,

Voilà comment elle s’en tire
Ses deux poignets sont liés
Par une cordelette
Sa jupette est relevée
Ses fesses sont comme un dessus de lit
Elles sont rouges
Comme le dessus de lit rouge
Qui agite rouges
Ses grandes fleurs 
Comme le sang dans l’aorte
Sa petite culotte
Est encore entre ses genoux
A plat ventre sur le lit
Elle sèche ses larmes
Et de sa maîtresse qu’elle adore
Attend docilement l’autorisation 
De poursuivre sa vie 
De reprendre ses habitudes
D’achever ses traductions
De regarder les passants passer
Dans la rue vivante
D’appeler ses enfants
De vivre le repos clair d’une belle saison
Qui s’allume comme un fruit

mercredi 25 mars 2015

Autour de la Merveille


Saint-Malo, vue du Grand-Bé



 Ce dernier week-end, Marianne et moi sommes allées voir les grandes marées dans la baie du Mont Saint-Michel. Le vendredi après-midi, en arrivant, nous avons visité la Merveille et, en fin de journée, par-dessus les remparts, comme beaucoup d’autres curieux, nous avons regardé l’impressionnante montée des eaux, l’étonnant mascaret, et l’inexorable recouvrement des grèves. Il faisait froid, trop froid, pas de soleil, pour tenter l’exhibe. Nous nous sommes donc laissées enfermer dans le Mont et, vers vingt et une heures, après avoir jeté un dernier regard sur toute cette flotte tranquille qui nous assiégeait, nous avons regagné, non moins tranquilles, notre hôtel où nous avons dîné et fait tendrement l’amour, bien au chaud. 

 Le lendemain matin, quand l’accès fut à nouveau libre, nous avons pris une navette sur le pont-passerelle, et avons rejoint notre auto que nous avions laissée sur un des parkings. De là, nous avons suivi la route de la baie, vers le nord, jusqu’à Genêts. On était dans la brume, on distinguait très mal le Mont, au loin, au milieu de l’eau, mais c’était quand même magnifique. La marée avait considérablement descendu. Il y avait des algues un peu partout qui pendouillaient, accrochées dans les fils de clôtures des prés salés. Nous nous sommes baladées dans des chemins. Contrairement à la veille, il ne faisait pas froid et il n’y avait pas grand monde. Nous avions quitté la route où plein de gens, surtout du troisième âge, venus pour l’occasion en camping-cars, circulaient à pied et en groupe, généralement hilares ou déchaînés. Dans un endroit assez retiré, on a décidé de se déshabiller et de ne garder sur nous que nos bottes, nos bas, nos porte-jarretelles et nos manteaux noirs. Heureusement, nos manteaux noirs (nous avons exactement les mêmes, elle et moi) sont très longs, très chauds, fabriqués en un mélange de laine cashmere, et bordés de fausse fourrure. De plus, ils sont boutonnés sur le devant par cinq boutons, bien étanches, et ils possèdent une capuche très confortable. Nous n’avions pas froid.  

 Dans cette tenue, nous sommes remontées dans la voiture et avons roulé en direction de Saint-Malo. Le ciel devenait nettement plus lumineux. Arrivées à Paramé, nous avons garé notre voiture et sommes allées sur la plage de Rochebonne où, dieu merci, brillait un vrai soleil de printemps. Il y avait une extraordinaire luminosité et des nuances de bleus d’une incroyable beauté. Par endroits, la plage, encore humide, resplendissait comme un miroir. La mer était très loin, il faisait doux, et il était bien tentant de déboutonner nos manteaux, bien qu’il y eût tout un tas de marcheurs qui déambulaient un peu partout. Nombreux étaient ceux qui faisaient une marche nordique et tonique avec deux bâtons, vêtus de tee-shirts tous identiques dénonçant le problème de la rareté de l’eau en Afrique. Il y avait beaucoup de monde sur cette plage, mais la marée était si basse, qu’on avait quand même beaucoup de place, ce qui permettait de marcher manteau ouvert sans se faire remarquer. De temps à autre on s’arrêtait et, loin des regards, on pouvait s’embrasser, se tripoter les seins, la chatte, sans que personne n’y prêtât la moindre attention. C’était féérique! Nous nous ressentions réellement spacieuses, sémillantes, merveilleuses. A plusieurs reprises, nous avons sorti nos godes et, entre les pans de nos manteaux, debout, discrètement, nous nous sommes délicieusement pénétrées en nous embrassant goulûment. A la fin, nous avons repris notre marche en direction du Grand Bé. Au fur et à mesure que nous nous en rapprochions, il y avait davantage de monde. Par sécurité, nous avons préféré refermer nos manteaux pour escalader les rochers qui y menaient. Sur le Grand Bé régnait une intense agitation. Des gens que le soleil sans doute enivraient, allaient et venaient en tous sens. Cette situation avait quelque chose d’irréel... Petite visite émue à Châteaubriant en nous rapprochant de sa tombe, regard émerveillé sur les remparts bien éclairés des remparts de Saint-Malo, puis poursuite de notre marche en direction du Petit Bé.

 Là encore, il y avait une grande animation. L’entrée franchie, des tas de visiteurs, à l’intérieur, écoutaient les explications du restaurateur de ce charmant petit fort édifié par Vauban, seulement visitable au moment des basses eaux. C’était un charmant monsieur aux cheveux argentés, passionné par sa folle entreprise, érudit, raffiné et tout plein d’humour. Nous suivîmes ce guide un bon moment, puis le quittâmes quand l’homme recommença avec un autre groupe. Nous profitâmes que presque tout le monde se trouvait regroupé autour du monsieur, dans la cour, pour nous gamahucher tranquillement au premier étage de l’édifice, lequel, avait dit notre hôte, avait été le dortoir des soldats, du temps de Monsieur de Vauban.

 Nous quittâmes le fort et redescendîmes ensuite sur la plage en escaladant encore les rochers. Mais il faisait de plus en plus froid. L’heure avançait, le soleil avait disparu, la mer remontait, réduisant considérablement la grande plage de naguère. Nous longeâmes les belles maisons du XIXème et du début du XXème siècle, plutôt que de marcher dans le sable où l’on commençait à remorquer les chars à voile pour les ranger plus haut, hors de portée de la marée. Dans l’auto, nous décidâmes de rejoindre notre hôtel, situé dans la ville close, dans la tenue du moment, sans rien y changer. A l’accueil, un jeune homme nous salua aimablement et nous donna la clé de la chambre que nous avions réservée. Je vis dans son œil tout scintillant qu’il nous trouvait parfaitement à son goût. S’il avait su ce que nous savions… que nous étions nues sous nos manteaux! 

 Notre chambre se trouvait au deuxième étage. Dans l’escalier, je commençai à me déboutonner et, dans le couloir, avant même d’entrer, je me postai devant Marianne en lui disant, les seins en avant pour qu’elle me les suce, que j'étais la Merveille des Merveilles. Elle me les malaxa immédiatement puis me les téta furieusement, tandis que son autre main s’insinua dans ma chatte. Je la déboutonnai en même temps et lui rendis ses caresses infernales. Toutes déséquilibrées, nous finîmes par enfiler tant bien que mal notre clé dans la serrure, ce qui nous permit d’entrer, complètement dépenaillées, dans notre chambre. La porte d’entrée était à peine refermée que, débarrassées de nos manteaux, sans même examiner les lieux, nous nous jetions sur le lit, tête-bêche, moi dessus, elle dessous, pour entreprendre un prodigieux soixante-neuf.

 Le soir, après le resto, avant de nous endormir, nous avons joué à nous attacher sur le lit et à nous pénétrer avec un gode ceinture. Durant la nuit qui a suivi, j’ai fait un cauchemar. J’étais nue, poursuivie par des méchants. Je descendais en courant les escaliers et les rues très en pente du Mont Saint-Michel depuis la Merveille. Ils voulaient m’attraper et me mettre dans une cage. Ils me saisissaient devant chez la Mère Poulard, et me pendaient par les pieds, ainsi que j'avais vu faire Zaza, ma vieille nounou créole, avec les poules, avant de les égorger. Ils m’emmenaient dans un camion. Ils disaient que j’étais une Merveille.


lundi 23 mars 2015

Le bonheur

Illustration Maurice Massami

 Un bonheur pour soi tout seul? Serait-il possible en négligeant celui des autres ou pire en essayant de le construire sur leur malheur? Un "bonheur" élaboré dans le royaume de l'égoïsme ne peut être que factice, éphémère et fragile comme un château bâti sur un lac gelé, prêt à sombrer dès les premiers dégels. Parmi les méthodes maladroites, aveugles ou même outrancières que l'on met en œuvre pour construire le bonheur, l'une des plus stériles est donc l'égocentrisme. "Quand le bonheur égoïste est le seul but de la vie, la vie est bientôt sans but", écrivait Romain Rolland. Même si l'on affiche toutes les apparences du bonheur, on ne peut être véritablement heureux en se désintéressant du bonheur d'autrui.
Mathieu Ricard

samedi 21 mars 2015

Fillette

Elle a quinze ans
Elle en a plus qu’assez de cette touffe dorée
Qui dépasse sans arrêt de sa culotte
Elle décide de la raser
Et ça lui prend comme ça 
D’un seul coup
Sous la douche
Elle attrape un Bic à papa
Et sans mousse
Dans le sens du poil
Elle y va
Elle y va
Mais la nuit
Quand il fait bien nuit
Dans son lit
Ça la gratte
Quand il fait nuit très noire
Ça la gratte
Si bien que le lendemain
Elle reprend le rasoir
Le cœur battant
Pour parfaire l’œuvre
Elle recommence au ras de la peau
Dans l’autre sens
En remontant vers le nombril
Toujours sans mousse
Mais le résultat est pire
Ça la gratte
En plein jour
Ça la gratte
Mais ce n’est pas un jour machinal qui s’étire
C’est la vie 
Une vie
Désormais pleine de grattements

jeudi 19 mars 2015

Un truc qui vient avec le temps


Photographie de Jan Saudek (né en 1935)


"La notion du vieillissement, du temps qui passe, c’est un truc qu’on n’a pas jusqu’à vingt ans. »
Patrick Modiano"

mardi 17 mars 2015

La femme élastique

Quelle idée a-t-elle eue de passer sa jambe gauche derrière sa tête
Elle qui a de longs cheveux noirs
Raides et bien peignés
Avec une raie au milieu
Et des miches avenantes avec de larges aréoles
Elle me regarde
Tu me regardes avec un regard qui en dit long
Comme si tu voulais m’expliquer quelque chose
Mais quoi
Feras-tu la même chose avec ta jambe droite
Une autre fois
Ou bien maintenant
Cette nana est folle 
Elle ferait bien mieux de se goder 
Plutôt que de jouer à la femme élastique

dimanche 15 mars 2015

Monsieur Michu

On connaît bien Madame Michu
Mais on connaît moins bien son mari
Il ne sait pas trop dire à quoi il s’occupait quand il est tombé en retraite
Il sortait assez souvent avec sa femme
Il ne se rappelle plus très bien
A dire vrai
Il ne se souvient plus de rien
Seulement que l’été il passait ses vacances avec elle dans le sud
Maintenant elle n’est plus là
Il regarde la télé
Parfois quand il fait beau
Avec son déambulateur
Il sort
Il fait le tour de la maison 
Malgré ses difficultés de marche dues à la polio qu’il a contractée quand il avait vingt ans 
Autrefois il avait une passion
Les voitures
Il en a eu beaucoup dans sa vie
Au début quand il était jeune
Il n’achetait que des Panhard
Après 
Ça été Citroën
Il y a des jours avec 
Il y a des jours sans
Il ne faut pas baisser les bras Monsieur Michu
Qu’elle lui a dit 
Tout à l’heure
Toute mielleuse
En lui apportant pour son quatre heures 
Un jus d’orange
Et une madeleine
Est-ce que vous avez besoin d’autre chose Monsieur Michu
Non
C’est très bien Monsieur Michu
Amusez-vous bien Monsieur Michu

(Par un fleuve emportée...)

vendredi 13 mars 2015

Tournesols

Tu n’as sur toi que ta petite jupette jaune et propre
Et tu poses ingénument parmi les tournesols
Tu n’es rien d’autre que le bonheur en personne
Et diablement tu fais de l’ombre à la plante héliotrope

mercredi 11 mars 2015

Décubitus dorsal

                                                     à Marlène,

Lundi matin
Après avoir traversé son petit jardin endormi
Quand je suis entrée chez elle
J’ai trouvé Marlène les pieds au mur
En soutien-gorge ouvert
A lanières de cuir noir 
En porte-jarretelles des années trente
Couleur chair 
En cuissardes roses contingentes
Marlène n’est pas mon intendante
Mais efflorescente elle m’attendait
Elle était tout simplement dans l’attente
Et c’est ainsi que je la voulais

lundi 9 mars 2015

Dans le frigo

Dans le frigo où il y a un ananas
Ma nana que j’aime
Y vient chercher le fruit de son désir
Elle ne le trouve pas
Elle rouspète
Ma nana est de dos
Son slip affiche sur ses fesses
Le portrait de Diana Price
Alias Wonder Woman 
Ma nana sans l’ananas
Se retourne
Referme la porte du frigo
M’exhibe ses seins nus et durs
Et flic flac me bécote
Me tire les cheveux

vendredi 6 mars 2015

La douce aliénation pornographique du marketing-spectacle

 Dans notre société qu’il faut bien appeler "de consommation", le marketing est roi. Il a totalement perverti nos rapports aux choses. Les biens ne sont plus un moyen pour satisfaire nos besoins, faire ce que nous avons envie de faire et, faisant, devenir et être, mais seulement un aboutissement, une promesse illusoire d'être sans avoir à faire, dans la plus totale passivité. Par conséquent, dans la plus incroyable soumission. Le marketing nous promet rien moins que d’être un autre, une autre, plus beau, plus belle, plus jeune, plus dynamique, plus tendance, plus hypertendance, plus, plus, plus… Et cela avec la complicité de la séduction des grands médias et de leurs magnifiques et dynamiques communicants qui remercient toujours tout le monde, en particulier nous d’être là à les admirer, tous plus à notre service, souriants, lécheurs de pompes et bellâtres les uns que les autres. L'objectif du marketing, c’est finalement l’homme et la femme augmentés. 

 En plus, le marketing nous fait croire que ce qui est vieux est obsolète, ringard, inefficace. Pour lui, seul ce qui est neuf et jeune est beau et peut prétendre à avoir de l’intérêt. Non de la valeur, car la valeur n’existe plus. N’a d’intérêt que ce qui est regardé, ce qui se donne en spectacle. Il faut donc sans tarder acheter le nouveau produit dont tout le monde parle, s’intéresser à ce nouvel acteur qui fait le buzz pour être dans le coup. Mais pour extorquer son acte d’achat au consommateur, le marketing use de procédés infiniment pervers pour annihiler son esprit critique, mieux l’aliéner, l’abêtir, surtout le rendre hyperconformiste, ce que déjà il a tendance à être. Le marketing use d’une aliénation douce, insidieuse, pernicieuse qui n’a besoin d’aucune contrainte, d’aucune violence, d’aucune armée. Contrairement aux grandes dictatures du passé ou encore en exercice, de gauche ou de droite, le nouveau capitalisme s’appuie sur nos points faibles, sur notre capacité très naturelle à nous soumettre, il sait que chacun de nous est un esclave qui s’ignore, surtout quand on le met devant un spectacle. Pour cela, le nouveau capitalisme use de formules séduisantes, dans un cadre spectaculaire, mais totalement dépourvues d’arguments logiques, voire de bon sens, ce qui nous ravit, nous sécurise, nous infantilise. Le marketing triche, organise et planifie sans cesse la supercherie pour mieux abolir notre esprit critique. Au final, le consommateur-spectateur qui, déjà est aliéné en tant que producteur en vendant sa force de travail pour obtenir les marchandises nécessaires à sa survie, se trouve aliéné par la fascination qu’exercent ces mêmes marchandises sur son imaginaire, puisque les fantômes du marketing les lui présentent dans une mise en scène incessante, aguicheuse, racoleuse dont il finit par se persuader qu’il en a besoin pour être lui-même.

 L’aliénation commence par les enfants. Le nouveau capitalisme a bien compris qu’il fallait abrutir les jeunes enfants dès le berceau pour faire d’eux, plus tard, des adultes soumis et fascinés par le spectacle de la connerie. Cela commence avec la totote et la télé. Donnez à votre enfant une totote et mettez-le devant la télé, et s’il est encore tout petit, ficelez-le bien dans son transat pour qu’il ne bouge pas et ne développe pas ses musculature, et vous serez tranquille, vous pourrez faire tout ce que vous voudrez. Votre enfant présentera vraisemblablement un retard de langage et ne développera jamais son esprit critique, puisque vous l'aurez privé de l'expérience de la vie. Je ne dis pas que c’est le nouveau capitalisme qui préconise ce genre d’éducation, mais il le cautionne insidieusement. Où et quand entend-on que ce genre d’éducation abêtit les enfants? Quelle voix autorisée s’élève sérieusement pour dénoncer cette façon de faire, pourtant si courante de nos jours?

 On vante la facilité, la légèreté de l’être. Hop! hop! Tout va bien Madame la Marquise. Surtout, ne regardons pas les problèmes en face, enchantons-nous du grand spectacle que la Machine Sociale nous organise, applaudissons, elle fait ça pour nous divertir, et en même temps, avalons en silence toutes les couleuvres de la consommation!

 Mais cette mise en scène perpétuelle, qu’on retrouve sur toutes les aires de la société du spectacle (meetings politiques, émissions de télévision de grande écoute), est pornographique. Le porno (*) n’est pas seulement une mise en ob-scène à caractère sexuel, mais une méthode de marketing généralisée qui favorise la surconsommation, en tâchant d'abêtir le mieux possible le spectateur-consommateur, en l'assujettissant en esclave par un spectacle dans le but de le pousser à consommer, en vue d’en tirer le maximum de profit. Il ne vise que l'addiction à ce spectacle, donc l’aliénation, et nullement le bien-être, l'épanouissement de soi, la bonne santé, la liberté, la citoyenneté, l’émotion associée à l’esprit critique, à la réflexion, à l’humour... Les conséquences ultimes de cette surconsommation pornographique ne sont rien moins que le réchauffement climatique et la destruction lente de la planète, par conséquent, la disparition prévisible de l'humanité. 


* Porno vient du grec "porne" qui veut dire acheter. Dans ce but, il est:
1- sur la forme: vulgaire, aguicheur, tapageur, direct, clignotant, spectaculaire, banal, fluo, criard, répétitif, manquant de sobriété, d’harmonie, de singularité, de demi-teintes, visant avant tout la quantité, le gros débit, la satiété.
2- sur le fond: vide de suggestions, de sous-entendus, de symbolique, d’originalité, de finesse, de surprises, de sens, d'aventures, son message étant exprimé dans sa matérialité la plus plate. 

mercredi 4 mars 2015

La vie de Rose

                                                                 à Rose,

Elle me regarde avec un regard si dur et si sévère
Nue sous sa robe
Qu’elle s’est faite dans du tissu vert

Elle en a déboutonné le haut
Et s’apprête a en défaire le bas
Elle m’en veut
Elle me boude
Elle est assise sur une table 
Ronde
Marquetée en bois de rose et de palissandre

Calme maison
Un bouquet de roses blanches et roses
Ainsi que ses seins doucement baignés du contre-jour
Apportent une belle douceur
Qui atténue la violence de ses lèvres

lundi 2 mars 2015

La tortue

Une tortue vadrouillait dans la ville
Pour s’acquitter d’affaires juteuses
Elle portait
Pour mieux se repérer
Et faire plus sérieux 
Des lunettes d’écaille
De tortue bien évidemment

Des cailles radicalisées 
Venues d’on ne sait où
D’un proche minaret sans doute 
S’en prirent soudain à elle
Et lui donnèrent de furieux coups de bec
Heureusement 
Avant que sa tête ne fût tranchée
Dame tortue la rentra
Dans sa lourde et épaisse carapace mais
Du même coup
Elle perdit ses lunettes 
D’écaille de tortue bien évidemment
Qui d’habitude lui donnaient l’air si sérieux