Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

samedi 28 février 2015

Petits ou gros

Petits ou gros bijoux qu’on veut
Partout sur soi
C’est sur le mur d’en face
Qu’un nuage passe

Et celle que j’aime
Regarde les arbres qui passent
Aussi éphémères que fragiles

Aujourd’hui dorées sont les vagues de la baie
Tentation de fruits défendus
Entre des doigts de sable

Avec de vagues vagues à lèvres
J’irai voir les dunes et boire le froid liquide amer
Afin de ne rien perdre d’une libre disposition de moi-même

mardi 24 février 2015

Pas d'boyau, pas d'rigolade

 Pomme est une drôle de petite fille. Toujours elle est gaie et toujours elle fait des blagues. Un jour, sa maman dit à Pomme qu’elle a le boyau de la rigolade. Pomme ne comprend pas ce que cela veut dire. Elle ne comprend pas ce que la rigolade a à voir avec le boyau. D’ailleurs Pomme ne sait pas ce que c’est qu’un boyau. Elle le confond avec un noyau. Elle a donc demandé à sa maman ce que c’est qu’un boyau et sa maman lui a répondu que c’était un tuyau qui passe dans le corps, qu’on remplit de nourriture avec sa bouche et qui se vide entre les fesses sous forme de caca. Cela a fait beaucoup rire Pomme parce qu’elle a trouvé cette explication non seulement plausible (boyau rimant avec tuyau) mais très drôle. Elle s’est ensuite montrée très fière d’avoir compris le rapport qui existe entre le boyau et la rigolade. Sa maman a ajouté qu’en fait on disait ça, parce que quand on rit très fort, ça secoue le ventre et ça tord les boyaux. Mais attention: les boyaux tordus, ça peut faire très mal au ventre a dit Maman. C'est pour cette raison qu'il ne faut pas trop rigoler, il faut aussi être sérieuse, n'est-ce pas Pomme?

 Le lendemain de l’explication, Maman invite Pomme à l’accompagner dans les magasins du centre-ville. Il pleut beaucoup. Sur les trottoirs, il y a, ça et là, de grandes flaques d’eau dans lesquelles Pomme trouve très rigolo de patauger et de sauter avec ses belles chaussures neuves en peau de léopard. Normalement, Pomme et sa maman ne craignent pas l’eau, elles marchent abritées sous un énorme parapluie multicolore, mais Maman gronde Pomme parce que ses chaussures sont maintenant toutes trempées et dégoûtantes. Devant une boucherie, elle s’arrêtent. Pomme regarde la bouchère qui lui fait un vague sourire, mais au même moment une énorme vague sort d’une flaque d’au et envahit la boucherie surmontée d’une tête de veau, comme un tsunami. La bouchère est tout arrosée, et cela fait beaucoup rire Pomme qui tord à nouveau son boyau sous l’effet de sa joyeuse rigolade. Bonne joueuse, la bouchère éclate de rire puis passe un maillot de bain. Elle regarde Pomme qui s’arrête de rire et lui fait à son tour un vague sourire. Mais cette fois, rien ne se passe. Il n’y a pas de vague, pas même une vaguelette.

 La maman de Pomme, honteuse et en colère, dit à sa fille qu’elle est une mauvaise fille qui ne fait que des bêtises. Pomme répond à sa maman que ce n’était pas vrai, que ce n’est pas elle qui a fait entrer le tsunami dans la boucherie, mais peut-être un tuyau ou un boyau secret, mais sa maman ne veut rien entendre ni rien comprendre, et dit que, de retour à la maison, Pomme ira au coin. Pomme se met à pleurer à chaudes larmes, ce qui réchauffe l’atmosphère et fait entrer un rayon de soleil dans la boucherie. La bouchère en maillot de bain s’approche de la pauvre enfant, et Pomme lui dit qu’elle a un joli maillot. La dame, un peu forte, lui répond que ce n’était pas possible parce qu’elle n’a pas de corps. Si, Madame, vous avez un corps, réplique Pomme, puisque je le vois, tout comme je vois la viande de bœuf et ce boyau de veau qui se trouvent derrière cette vitrine. A ces mots, le vent se met à souffler et emporte dans le ciel la bouchère et son joli maillot. Où est passé cette dernière? demanda Pomme à sa maman. Quelle dernière? demande la mère égarée, je ne savais pas qu’il y avait une dernière. Je n’ai même pas vu la première, ni la seconde, ni la troisième, comment aurais-je pu voir la dernière? Tu as raison Maman, dit Pomme, cette bouchère ne doit pas exister. C’est sans doute un rêve, mais pourtant c’est bien elle qui nous a dit qu’elle n’avait pas de corps, donc si elle n’a pas de corps, elle n’a pas de bouche et pas de boyau, donc elle ne rit pas et ne fait pas caca, elle n’existe pas! Mais comment a-t-elle pu nous dire qu'elle n'avait pas de corps si elle n’existe pas! Si elle nous l’a dit, c’est qu’elle existe!

 Cette bouchère est une drôle de personne, se dit Pomme en s’éloignant de la boucherie dévastée, sans bouchère, mais toujours surmontée de la tête de veau. C'est une drôle de personne que cette bouchère, mais elle n’est vraiment pas drôle. On ne peut pas savoir si elle a un boyau et si elle peut rire ou pas. Tout en marchant et en réfléchissant, Pomme patauge à qui mieux-mieux dans les flaques d’eau qui s’étalent sur le trottoir. Elle existe quand elle n’existe pas, et elle n’existe pas quand elle existe! C’est vraiment bizarre! Si elle a un boyau, il doit lui jouer de bien vilains tours! Si c'est un boyau de la rigolade, il doit être tordu, parce qu’elle a ri vraiment très fort tout à l'heure, avant de se mettre en maillot de bain, et le boyau tordu, ça fait pas seulement mal au ventre, comme a dit Maman, mais ça fait aussi qu’on ne sait pas si on existe ou si on n'existe pas!

(Contes à Kali)

dimanche 22 février 2015

Sous la pluie

Paris sous la pluie - Christophe Jacrot

"Le lendemain de l'explication, Maman invite Pomme à l'accompagner dans les magasins du centre-ville. Il pleut beaucoup. Sur les trottoirs, il y a ça et là, de grandes flaques d'eau dans lesquelles Pomme trouve très rigolo de patauger et de sauter avec ses belles chaussures neuves en peau de léopard."


vendredi 20 février 2015

Cheveux au vent



Rimbaud était un chat
Et la plage une chatte
Le jour n’était pas encore la nuit
Et le jour avait du goût
Elle se considérait au goût du jour
Et elle s’apprêtait à ouvrir l’œil de la nuit

mercredi 18 février 2015

Sortie du bain

                                                                           à Marianne,

Je la vois aussi bien dans le noir 
Qu’en plein jour
Mais dans le noir
Dans l’eau tiède de son bain
Je la vois mieux avec mes mains
Les gouttes d’eau perlent sur sa peau 
Elles sont noires comme des étoiles
Et mes sens émus 
Comme des flèches
Emettent toutes sortes de fleurs vasculaires
Qui me font admirer sa beauté qui se fige
Alors qu’en réalité elle ne fait que passer
Elle me fait endêver de ne pouvoir la sucredorger tout entière
Avant que la mort ne la réduise en haillons de miasmes putrides
Dans notre caveau de camomille
Le moment présent est un cadeau
Je la veux avec ses cheveux mouillés dénoués 
Et ses seins qui 
Comme les miens
N’allaitent plus
Mais forment une jolie balconnée
Je la veux avec son ventre qui 
Comme le mien
Enfanta
Donne-moi tes lèvres ô ma nymphe jolie
Que je te désaltère avec ma bouche

lundi 16 février 2015

Quimper

Le port de Quimper (1857) - Eugène-Louis Boudin (1824-1898)

 "Quand je partais le matin de mon hôtel pour le lycée, je longeais sous les beaux arbres l'Odet translucide, un simple feuillet d'eau bruissante sous lequel s'étiraient paresseusement les longues touffes vertes; les passerelles ajourées qui l'enjambaient tous les vingt mètres menaient, au-delà des grilles qui bordaient la rivière, à de petits jardins verts pleins d'oiseaux et de feuilles. Le ciel tout fraîchement ressuyé avait la jeunesse du matin de mer; à un tournant du quai, le vallon étroit s'ouvrait: à droite montaient par-dessus les contreforts d'un haut mur de soutènement plein de giroflées, les deux flèches couleur d'os de la cathédrale; à gauche, au-delà d'un terre-plein, la hêtraie roide et plongeante qui tapissait la falaise du mont Frugy. Quelques barques de mer ventrues s'amarraient au quai; ici déjà, la marée venait battre comme elle bat au fond de tous les estuaires bretons, léchant une banquette de tangue grise aux creux des petites gorges étranglées par les feuilles. Rattachée seulement à la terre vers l'amont par l'étroite tranchée charbonneuse du chemin de fer, la ville semblait couler au fil de sa rivière et s'ouvrir avec elle vers les horizons plats de son estuaire, mangé de roseaux, tout distendu par les anévrismes de plans d'eau secrets, bordés de pelouses désertes au fond desquelles sommeillaient, les yeux clos sous le couvert des arbres, des châteaux perdus."  

Julien Gracq (Carnets du grand chemin, 1992)

samedi 14 février 2015

Marcher contre le vent

Contre le vent (1905) - Jean-Julien Lemordant (1878-1968)


Marcher contre le vent
C’est refuser d’avoir un corps buvard
Qui absorbe les fidèles viscères du cauchemar
Je me sens bien dans ma désobéissance
Je peux douter de tout
Même de mes soupçons
J’y vois des larmes insupportables 
La boue du désespoir
Les troufions de la grande guerre
Dévorés par les poux
Prisonniers dans des boyaux de glaise
La chiasse chaque jour installée dans les leurs
(de boyaux)
Et tous les autres
Pauvres loques diverses
Collectives ou individuelles
Victimes de la bêtise et de la méchanceté humaine
Elles-mêmes filles de l’injustice éternelle
Et de la souffrance éternelle
Qui règnent majestueusement dans le grand théâtre de la destruction
Du mensonge
Et du leurre

(Par un fleuve emportée...)

jeudi 12 février 2015

Eternel recommencement

Au Nigéria, après un massacre


 Il me semble que les sociétés fabriqueront éternellement des individus "sans repères" pour des raisons moins culturelles que liées à des carences individuelles d’origine éducative et/ou familiale (la différence ethnique, culturelle ou religieuse n’étant qu’un prétexte). Ces individus se feront toujours endoctriner et enrôler par des pervers narcissiques violents, despotiques, fanatiques, misogynes, haineux de la démocratie, de la différence et de tout ce qui ne leur ressemble pas, dépourvus de compassion, de sens de l’humour, du respect du prochain et de sens esthétique, et n’ayant comme seule rhétorique que le délire idéologique à base de théorie du complot et comme seul argument final la chambre à gaz, le goulag ou la kalachnikov.


mardi 10 février 2015

Mystère ferme

                                      à Marianne,


Long comme un jour sans chatte
Est ce triste aujourd’hui
Né dès l’aube discrète

Au lieu de nous débarrasser 
De notre culotte
Le démon a préféré jeter
Des flammes sur notre roulotte

Triste aujourd’hui
Quel ennui
A cause de ce connard de cornard
Voici le carrousel des lueurs froides
Et des sombres redingotes
Et ma voix seulette 
Qui se pose sur ton sexe

dimanche 8 février 2015

Maîtresse et barbare



J’essaie de rester maîtresse de mon existence c’est-à-dire barbare
Afin de ne pas devenir une autre que moi-même
Quand je dis moi-même
Je parle de celle que je veux être et que je crois être moi
J’essaie d’éviter de me retrouver affublée d’une identité qui n’est pas la mienne
Car l’identité c’est le résultat d’une identification par les autres
C’est être identifiée 
Ça vient des autres
Des institutions
Et c’est toujours une oppression 
Une aliénation dangereuse qui vous met à mort prématurément
Pas besoin de ça
La vie c’est d’abord vivre
La vie n’a pas d’autre sens que de vivre
De rester le plus longtemps possible en vie
En trouvant du plaisir
Etre barbare c’est refuser d’être une victime 
Portée ou déportée sur ou sous l’autel du sacrifice
Même avec des habits de star

Rester maîtresse de mon existence signifie que je ne veux aucune notoriété qui serait ipso facto perte de liberté 
Et soumission à un agent social exploiteur
Etre citoyenne me suffit
Etre citoyenne me permet de me dissimuler égoïstement dans la multitude et de participer autant que je le peux au bien commun
Par mon travail
Moyennant évidemment une juste rétribution en échange de ce dernier
Je ne cherche pas à faire école
Je ne crois pas que mon expérience soit insurrectionnelle et permette d’abattre le Léviathan
La société cherchera toujours à tout médiatiser
A tout exhiber
A faire spectacle de tout, 
Elle a compris que c’était le meilleur moyen pour tout contrôler
Pour mieux transformer l’individu en marchandise
Car l’individu starifié médiatisé par conséquent devenu objet se vend mieux et plus cher que les objets même les plus chers 
Il n’y a pas d’autre issue que de rester barbare 
Et de s’exhiber seule ou avec quelques complices en restant invisible 


Vous avez dit Barbare?

vendredi 6 février 2015

Cette nuit-là

Nébuleuses spirales
Sinueuses volutes
De sable et d'eau
Courbes croisées
Idéales
Grand soleil vous fûtes 
Humide à pleurer

mercredi 4 février 2015

Madame la directrice

Il fait froid
Elle a l’air très sévère
Debout devant mon petit bureau
A travers ses grosses lunettes d’écaille très sombres
Elle vérifie l’état de mon classeur
Son regard sombre est perçant
Son chemisier blanc est ouvert
Tout déboutonné
Et ses gros seins ronds débordent de son soutien-gorge vert
Ebahie
Je regarde avec ravissement ce débordement
Il m’ébouillante
Je regarde aussi sa ceinture noire 
Large de dix centimètres
Qui enserre sa taille de guêpe
C’est une ceinture brillante
Luisante
Et le chemisier s’échancre favorablement juste au-dessus d’elle

lundi 2 février 2015

A venir

Pompes funèbres
Nom de l’organisme
Qui organise
Ce sera à préciser
Numéro de contrat des obsèques
Ce sera aussi à préciser
Le jour venu
Désir de crémation 
Oui non
Porte un pacemaker 
Oui non
Donne son corps 
Oui non
Ses organes 
Oui non
Son cerveau 
Oui non

Tout m’est cœur
Tout m’écœure
La vie c’est comme un sacerdoce
Ça sert d’os