Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mercredi 24 décembre 2014

Joyeux Noël quand même


"Pour préparer un arbre de Noël, il faut trois choses, outre les ornements et l'arbre, la foi dans les beaux jours à venir."

Zahrad (1924-2007)

(Délicieuses femmes)

lundi 22 décembre 2014

Léa et sa mère

                                                                                                                              à Kali

 Il était une fois une dame très grosse qui s’appelait Solange Mésange (Mésange comme le petit oiseau, car il existe des petits oiseaux à tête et ailes bleues et ventre jaune, qu’on appelle des mésanges). Mais Madame Mésange n’était pas un petit oiseau, elle était beaucoup plus grosse qu’un petit oiseau, elle était si grosse qu’elle ne pouvait entrer dans une auto. Elle passait difficilement par les portes d’une maison et, quand elle s’asseyait sur une chaise, la chaise s’effondrait sous elle. A chaque fois, Solange Mésange tombait par terre en créant un grand fracas. Elle criait qu’elle s’était fait très mal aux fesses, et pleurait à chaudes larmes. 

 Solange Mésange passait ses journées dans son lit, car seul son lit, ainsi que sa fille, pouvait la supporter. Elle ne lisait pas le journal, ne tricotait pas, ne faisait pas de mots croisés, elle s’ennuyait. Sa petite fille, Léa, également très grosse, mais pas aussi grosse qu’elle, car elle n’était encore qu’une enfant, mais déjà très grosse pour une petite fille de huit ans, comme sa mère, s’ennuyait. Elle dormait sous la descente de lit du lit de sa mère et, chaque matin, ou même la nuit quand elle se levait pour aller faire pipi, sa mère la piétinait. Hou! Hou! pleurnichait Léa, "tu m’as encore écrabouillée, Maman!"
— C’est bien fait pour toi, tu n’as qu’à dormir dans ton lit!
— Mais Maman, je n’ai pas de lit!" 

 Un jour, pour ne plus s’ennuyer et ne plus écrabouiller sa fille, Solange Mésange proposa à Léa d’aller visiter la savane. A ce sujet, elles n'avaient ni lu ni même regardé beaucoup de livres sur l’Afrique, où il aurait été question de lions, de girafes et d’hippopotames. Elle se rendirent à l’aéroport pour prendre l’avion, mais quand il fallut entrer dans l’avion, la porte n’était pas assez grande pour permettre à Madame Mésange d’entrer dedans. Le commandant de l’avion dit qu’il fallait la mettre dans la soute à bagages, parmi les sacs et les valises, mais Madame Mésange n’était pas du tout d’accord. Elle dit: "Ici, c’est moi qui commande, je suis la maîtresse et vous devez tous m’obéir, vous n’avez qu’à agrandir la porte de votre avion, monsieur le pilote!" Mais le commandant de bord, n’était pas du tout d’accord, il dit que c’était lui le chef et qu’il ne ferait pas agrandir la porte de l’avion, cela créerait une fuite risquant d’empêcher l’avion de voler correctement à haute altitude. Comme il n’y avait pas d’autres solutions, et que ce commandant était un homme têtu, Solange Mésange, accepta d’entrer dans la soute à bagages, parmi les sacs et les valises.

 Quand l’avion atterrit en Afrique, Solange Mésange n’attendit pas patiemment qu’on lui ouvrît la porte de la soute et fit un tintamarre du diable. On finit par lui ouvrir et elle descendit de l’avion comme une reine. Elle avait des glaçons qui pendouillaient au bout de son nez, mais qui fondirent très vite, car en Afrique, il fait très chaud. Elle sortit de l’aéroport et marcha droit devant elle, oubliant sa fille qui la suivait. "Maman dit Léa, où vas-tu?"
— Je vais dans la savane!
— Tu es bien sûre que la savane est dans cette direction?
— Oui, ma petite Léa, j’ai regardé le plan.
— Quel plan, Maman?
— Le plan du métro, pardi!
— Mais nous ne sommes pas à Paris, Maman!
— Peu importe, Léa, nous avons atterri gare Montparnasse, et maintenant nous devons marcher en direction de la porte des Lilas, c’est là que nous trouverons des lions, des girafes et des hippopotames, et peut-être même des gazelles!
— Si tu le dis, Maman chérie, je te suis! J’ai très envie de rencontrer des lions, des girafes, des hippopotames et des gazelles! 
— Surtout des gazelles, ajouta Solange Mésange, comme ça nous pourrons manger leurs cornes. C’est très délicieux!
— Chic alors! dit Léa, vraiment c‘est bon les cornes de gazelles? C’est vrai, nous les mangerons?"

 Léa était une petite fille très bête et très gourmande comme sa maman, et c’est sans doute pour cette raison que mère et fille étaient devenues de grosses patates. Par ailleurs, la savane était immense, comme une interminable tarte à la crème où il n’y avait aucun chemin, mais en marchant tout droit devant elles, elles finirent par arriver à la porte des lilas. Elle tirèrent la chevillette et la bobinette chut. Aussitôt, elles se retrouvèrent devant un gros lion qui dormait sous un lilas fleuri. En les voyant s’approcher, le lion se réveilla en bâillant. "Que venez-vous faire ici?" demanda-t-il, en faisant les gros yeux.
— Nous sommes des touristes et nous venons vous rendre visite, Monsieur lion, avant que vous ne disparaissiez, car il paraît que votre espèce est en voie d’extinction.
— Que me chantez-vous là, misérable folle? D’abord qui êtes-vous?
— Je suis Solange Mésange, et ce trognon de pomme que vous voyez là est ma fille Léa!
— Bonjour, Trognon de pomme! Mais que faites-vous dans la vie, Madame Mésange, si ce n’est pas indiscret?
— Rien du tout, je ne fais rien, je touche le rsa, mais j’ai travaillé autrefois comme ogresse d’accueil chez Paul Emploi avant d’être mise au chômage pour faute professionnelle. Je connais bien aussi le fils du tourisme, c’est un de mes amis. Et vous, Monsieur Lion, que faites-vous? Vous êtes heureux? Savez-vous, Monsieur Lion, où maintenant je pourrais rencontrer des hippopotames, des girafes et surtout des gazelles, car ma fille et moi nous voudrions manger leurs cornes.
— Manger leurs cornes? Mais vous êtes complètement folles, ma parole! Tout est bon dans une gazelle, sauf les cornes! Surtout pas les cornes! Ah! Ah! Beurk! Mais vous êtes complètement folles, ma parole!
— Ce lion est vraiment bête, dit Léa, allons-nous-en Maman! Il n’a pas dû obtenir son baccalauréat comme quatre-vingt pour cent de sa classe d’âge!
— Tu as raison, fillette, ce lion est un gros nigaud qui n’ira pas très loin dans la vie! Ça se voit à sa crinière!"

 Là-dessus, la mère et la fille se remirent en chemin. Solange regardait son plan. "Nous devrions changer de porte!" dit-elle "Les gazelles et les hippopotames sont davantage du côté de la porte Dauphine, parce qu’à cette porte il y a des dauphins. Donc, s’il y a des dauphins, il y a forcément des gazelles et des hippopotames!" Elles traversèrent des ruines, arides et putrides, où naissaient des puits de solitude dans lesquels elles se gardèrent bien de tomber. Soudain, la pluie se mit à tomber en furieuses rafales. La nuit aussi tomba. La mère et la fille continuèrent d’avancer malgré le mauvais temps, l’obscurité et le froid qui tombait partout sur l’Afrique. Tout tombait, sauf les pierres tombales. Solange Mésange aussi tomba. Elle s’affala dans le trou d’une mangrove rempli de veau marengo  "Quelle force d’obstination nous immunise!" dit-elle, soudain devenue radieuse, tandis qu’elle regardait béatement une tête de veau qui lui souriait en souvenir de la bataille de Marengo. Malgré tout, elle se releva péniblement, aidée par Léa. "La vie est redoutable" dit-elle à sa fille, "avec toutes ces péripéties, mais toujours pas de cornes de gazelles en vue!
— Nous devrions peut-être plutôt chercher des antilopes! suggéra Léa.
— Tais-toi, dit sa mère, tu es vraiment bête, tu ferais mieux de ne plus jamais parler! Tu ne sais pas que les cornes d’antilope sont beaucoup moins bonnes que les cornes de gazelle?
— Non Maman!
— Tu es vraiment une grosse petite sotte, Léa! Tu ressembles à ton père!"

 Soudain, Solange sentit son oreille droite tomber. "Mon oreille!" s’écria-t-elle, affolée. Mais l’oreille s’était dissoute dans le fleuve de son discours, et comme Solange était soudain devenue muette, et qu’il lui était impossible de retrouver la parole, elle ne put, malgré tous ses efforts, retrouver son oreille dans la mangrove qu’un crocodile venait de dévorer, croyant grignoter un Petit Lu. Soudain, perfidement, sa deuxième oreille tomba, puis sa troisième, sa quatrième, sa cinquième, sa sixième, bref toutes ses oreilles présentes et à venir tombèrent. Elle n’était plus qu’une absence définitive d’oreilles, une négation d’oreille, une oreille zéro ou, si l’on préfère, le degré zéro de l’oreille absolue. Mais comme, étrangement, Solange ne pouvait pas non plus parler avec sa bouche, ni même proférer un son avec cette même bouche, la chute de sa deuxième oreille, de sa troisième oreille, de sa quatrième oreille, de sa cinquième oreille, de sa sixième oreille, bref de toutes ses oreilles présentes et à venir, ne fut pas du tout remarquée par Léa qui marchait devant elle en chantant joyeusement une marche nuptiale de son invention. Solange, elle, la suivait sur un chemin qui menait à l’échafaud.


 Quand le jour se leva, Léa était devenue une jolie jeune fille brune, mince, intelligente, fort distinguée et souriante. Sous un pommier normand, elle écrivait un poème d’amour pour son prince charmant qu’elle n’attendait pas encore, tandis qu’une petite mésange sourde, perchée sur une branche, la regardait sans pouvoir chanter, et sans même pouvoir voir le bel ange rayonnant qu’elle était. 

(Contes à Kali)   

samedi 20 décembre 2014

Pas comme un petit oiseau


 "Mais Madame Mésange n’était pas un petit oiseau, elle était beaucoup plus grosse qu’un petit oiseau, elle était si grosse qu’elle ne pouvait entrer dans une auto. Elle passait difficilement par les portes d’une maison et, quand elle s’asseyait sur une chaise, la chaise s’effondrait sous elle. A chaque fois, Solange Mésange tombait par terre en créant un grand fracas. Elle criait qu’elle s’était fait très mal aux fesses, et pleurait à chaudes larmes."

Extrait de Léa et sa mère, à paraître bientôt.

(De fille en aiguille)

jeudi 18 décembre 2014

La solitude


"La solitude est l'élément des grands esprits"
Christine de Suède


(Délicieuses femmes)

mardi 16 décembre 2014

L'Autre


 C’est vrai, nous ne voulons pas voir l'Autre tel qu'il est. Surtout pas. D’ailleurs, qu'est-il vraiment? Le  saurons-nous jamais et le sait-il lui même? Et l'Autre n'attend-il pas de nous, aussi parfois, que nous le définissions, précisément parce qu'il ne sait pas qui il est, que nous le prenions en charge, que nous le maternions, etc. 

 Oui, l'Autre est aussi un faire-valoir, une surface de projection, une oreille attentive, un spectateur attentif, un bras sauveur, une main armée qui vous fusille, que sais-je? Mais tout cela n'invalide pas l'Autre, mais rend notre relation à lui très complexe. N'empêche que nous avons besoin de lui, et que nous le recherchons, malgré toutes ces difficultés que nous finissons bien par admettre. Et quand bien même il n'existe plus à l'extérieur de nous, nous le réinventons en nous-même, en dialoguant avec soi-même devenu un autre. Nous avons donc besoin d'être en sa présence pour l'aimer, le détester, le caresser, le torturer, s'exhiber devant lui, le mater à son insu... Tout cela est paradoxal, mais n'est pas si grave. Je me dis que c'est un paradoxe de plus, dans le droit fil des grands paradoxes de la vie qui a besoin de la mort pour proliférer et s'épanouir.

dimanche 14 décembre 2014

Naguère gare Saint-Lazare

Comme des ruisseaux après un violent orage
Des flux magnétiques se profilent dans la masse
Ordinaire et plus ou moins compacte 
Des voyageurs
Qui se dirigent vers les trains en partance
Ou les bouches du métro
Tandis qu’épisodiquement
Retentissent
Des jingles
Suivis d’une voix d’aurore boréale
Informant cette masse énorme grouillante et informe
Constituée de courants échevelés qui se croisent
Et se recroisent
Parfois s’unifient
Bondissent et rebondissent
Et se tarissent soudain
Pendant que je suis là 
Immobile 
A regarder cet effrayant troupeau et ce bel embrouillamini    
A poil sous mon manteau
A jouir de ma poche percée
Sans me soucier des distinctions entre populations
Celles qui se dirigent vers Versailles
Bougival 
Viroflay-Rive-Droite 
Saint-Nom-La Bretèche
Et celles qui filent
Vers Les Mureaux ou Argenteuil

samedi 13 décembre 2014

Longtemps après

State of the Nation - David Michael Bowers

 Le soir, Marie est venue me chercher et m'a demandé si je voulais me marier avec elle. J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l'aimais. J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas. "Pourquoi m'épouser alors?" a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier. D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui. Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai répondu: "Non." Elle s'est tue un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé. Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit: "Naturellement." Elle s'est demandé alors si elle m'aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point. Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons. Comme je me taisais, n'ayant rien à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a déclaré qu'elle voulait se marier avec moi. J'ai répondu que nous le ferions dès qu'elle le voudrait. Je lui ai parlé alors de la proposition du patron et Marie m'a dit qu'elle aimerait connaître Paris. Je lui ai appris que j'y avais vécu dans un temps et elle m'a demandé comment c'était. Je lui ai dit: "C'est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche."

Albert Camus (L'étranger)

(Grandeur et misère)

jeudi 11 décembre 2014

Pensées d'automne


 Seules et sans nous cacher, nous nous masturbons souvent. Quand l’une entre dans une pièce ou, à la belle saison, dans un coin du jardin, il n’est pas rare qu’elle découvre l’une des deux autres en train de se donner du plaisir en solitaire. Alors, l’intruse l’imite. Rarement, la coquine prise sur le fait exprime sa volonté de rester seule, elle accepte cette présence, et ainsi les deux se masturbent ensemble, l’une en face de l’autre, en se regardant. Elles mélangent leurs orgasmes qui sont alors plus intenses. Souvent d’ailleurs, le jeu se termine à trois. J’adore ces moments étranges, cette vie entre filles libérées et sans tabous, et je ne regrette rien de mon ancienne vie d’épouse BCBG. 

 C’est l’hiver bientôt. L’automne a été doux et accueillant, et les occasions pour Marianne et moi d’aller nous promener nues n’ont pas manqué cette année. Les forêts, en particulier, nous attirent, surtout ces belles rousses en lesquelles la vie se tend du cœur à la pointe de nos seins. Je ris encore de la grande peur que nous avons eue un de ces dimanches derniers, quand Marianne et moi sommes allées dans la forêt de Carnoët. Comme d’habitude, nous avions fait la route seulement vêtues de très longues robes-chemises, sans rien dessous, complètement déboutonnées jusqu’en bas. Il ne faisait pas froid. Je conduisais et, comme d’habitude, durant tout le trajet, mon amoureuse caressait mes seins, les triturait, les mordait, les suçait avec délectation. Quand nous roulons en voiture, généralement celle qui ne conduit pas fait ça à l’autre. C’est un petit jeu très très coquin qui nous excite beaucoup. De ma main libre, quand je le pouvais, je la pénétrais avec mes doigts. 

 A l’entrée de la forêt, nos lèvres se sont avancées pour se souder, et nous avons entrepris une balade à pied, robes-chemises toujours déboutonnées, et comme nous ne rencontrions personne, nous avons fini par les ranger dans notre petit sac à dos. Mouvant paysage. Soleil incessant entre les feuilles. Merveille intégrale. Excitées, un peu décoiffées par la peur et le poids de l’air, nous avons continué, main dans la main, à nous enfoncer dans la forêt profonde, comme de folles et téméraires amoureuses romantiques, prisonnières de notre désir sans limites. Naturellement, nous faisions souvent de longues stations debout, enlacées, parfois adossées contre un arbre, pour nous bécoter, nous caresser, nous lécher. Nos doigts étaient tellement occupés qu’en nous retournant soudain, nous nous sommes retrouvées, joliment confuses, face à un couple de retraités. On a voulu remettre nos robes, mais à quoi bon. Inaccessibles. Prises en flagrant délit! Notre désarroi a fait sourire le monsieur, puis la dame, et tous deux restaient immobiles, sans doute aussi gênés que nous. On les a salués gentiment, en sexe-cusant, et ils ont poursuivi leur chemin. Eux disparus, on n’a pas pu s’empêcher d’éclater de rire. 

 Nous nous sommes remises en marche, sans remettre nos robes-chemises. La cicatrice vivait en nous. On a découvert une jolie clairière ensoleillée où nous nous sommes allongées. Pour chacune, il y avait le corps de l’autre qui brillait, et tous ses mouvements, l’inclinaison de sa tête, ses bras que nous ne comprenions pas, ses yeux qui ne voulaient rien dire, ses cuisses qui s’ouvrait sur la mousse, et justement cette mousse qui se prêtait si bien aux ébats, aux bisous, aux caresses, et en elle ivre morte, tout cet infiniment petit qui luttait silencieusement, minutieusement, jamais à tort et à travers, et dans le ciel, ces instants de lumière, ces ombres qui s’inclinaient mollement, et entre nous ces effleurements, ces titillements, ces suçoteries à n’en plus finir… A un moment, elle a ouvert notre sac à dos et sorti tous nos godes dans l’automne. On a gamahuché dans un paradis tendre et vu souvent le monde à l’envers, les rayons du soleil qui labouraient les feuilles des arbres, et notre sang qui bondissait dans nos tempes.

mardi 9 décembre 2014

Pomelos

Choisissez-les fermes et bien lourds
A chair blonde
Ils sont plus sucrés que les blancs
Mais les blancs présentent une amertume
Qui est loin d’être désagréable

vendredi 5 décembre 2014

La poésie des choses

Faire apparaître l’invisible
Avec des bouts de ficelle
Ou quelques queues de cerise
N’est pas chose si aisée
Ce n’est sûrement pas quelque chose de mal
C’est peut-être
Ce qui détruit la palissade mentale
Et crée la poésie des choses

mercredi 3 décembre 2014

La vie est belle

Ma pirogue
Est une crêpe bretonne à l’entrée de l’univers
Dont le parfum
A la fleur d’oranger
Est comme une forme d’art éphémère
Créant mon monde intime
Les yeux je me les maquille
Quand je veux
Devant le lac de mes yeux
Je suis une anguille mais parfois une quille
Un bilboquet astral
Qui n’a jamais le hoquet
Je me plante sur le clocher de ma plastique
Et marche pieds nus
A pas menus
Sur la surface de mes rêves qui sont des cailloux solitaires
Je nage dans le sourire des gouges
Et me glisse en paix
Dans l’onde magnétique de l’inconnue
Et je vais là où le courant me mène
Sur ma pirogue discordante
Décorée par ma vie

(Par une fleuve emportée...)