Ophélie Conan

Ma photo
Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

vendredi 28 novembre 2014

Faire


 Oui, être soi est une illusion. Suivre quand même cette illusion, si elle m'apporte du plaisir et ne détruit pas les autres, si elle ne les aliène pas de leur propre quête, de leur liberté... 

 Ce chemin-là en vaut sûrement un autre. En attendant, c'est le mien, donc le meilleur. Suivre mon chemin, non celui des autres, ne plus jamais se poser de questions insolubles ("Etre ou ne pas être", "Dieu existe-t-il?"), questions totalement inutiles, foutaises… Surtout ne plus se poser de questions qui empêchent de faire, mais faire. Se poser seulement des questions concernant la manière de faire et de partager avec autrui le résultat du faire. 

 Entrer en poésie le plus possible, puisque poésie veut dire "faire". Jouir de faire, le plus longtemps possible, en attendant de ne plus pouvoir faire. 

mercredi 26 novembre 2014

Egalité


"Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude." 
(Friedrich August Hayek)

(Grandeur et misère)

Coq au vin

C’était un très beau coq 
Fier et multicolore
Qui régnait en maître sur une basse-cour

La fermière
Qui le nourrissait
Une veuve sans espoir une forte femme
Se dit un soir
Dans son lit
Avant de s’endormir
En même temps que redoutant demain il pleuve
J’en ai plus qu’assez
De ce grand gallinacé
Qui n’arrête pas de sauter mes poulettes
Demain dès l’aube
Avec ma hache
C’est dit
Je lui tranche le cou
Je lui coupe la tête

Aujourd’hui voyez notre grand seigneur
Sur la jolie toile cirée de la table de la cuisine
Comme il nage paisiblement
Dans le vin d’une cocotte

lundi 24 novembre 2014

Dialogue

Weg van Woorden - photographie de Bart Ramakers

"Le langage est foncièrement lié au désir de domination sociale. Il cherche l’ascendant. Sa fonction est le dialogue, et le dialogue, quoi qu’on en dise de nos jours, c’est la guerre."
(Pascal Quignard)


samedi 22 novembre 2014

Insouciance

Elle est infographiste à Vancouver la vie est belle
Elle entre par derrière
Et commence à écrire
En écrivant
Elle fabrique une Eve pour les temps à venir
En se moquant bien des courants d’air
Et aussi de savoir en quel mois et quelle année
La chose a commencé à se faire

jeudi 20 novembre 2014

Divin, divine

Marianne
Toute nue
S’est harnachée
Du nouveau gode d'Ophélie

Et Rose qui la regarde
Aime ce qui l’attend

Allongée
Jupe relevée
Elle voit Dieu en personne
Qui s’avance
Et se penche au-dessus d’elle

Car en même temps
Qu’elle sucera les bonnes mamelles
Un dard puissant
Inexorablement
S'enveloutera en elle.


(Par un fleuve emportée...)

mardi 18 novembre 2014

La femme du chapelier fou


Contrairement à son mari, elle ne pose pas de devinettes, car elle n'en connaît pas les réponses.

(Délicieuses femmes)

dimanche 16 novembre 2014

Pascaliennes pensées

 Il me semble qu’il existe deux démarches fondamentales dans la vie. L’une est d’analyser le réel, l’autre de se laisser aller à l’intuition, à la sensation, voire à la sensualité. Pour moi, ces deux démarches peuvent être et doivent être totalement complémentaires, mais je crois qu’il est important de privilégier d’abord le Vital (le végétal et l’animal qui résident au plus profond de soi). Ce Vital, je l’appelle par provocation « le barbare », par opposition à la part que nous avons apprise dans le monde de la culture, qui fait de nous, certes des êtres civilisés, mais aussi, si nous n’y prenons pas garde, des êtres de répétition, parfaitement conditionnés, c’est-à-dire des robots et des imbéciles. 

 L’être intelligent qui analyse doit prendre la parole après l’être vital et non avant, sous peine de l’étouffer à jamais. Inversement, la partie barbare doit être contrôlée, mais pas de manière répressive, mais compréhensive, grâce à des jeux symboliques, par l’intermédiaire de signes, et non directement par les choses elles-mêmes. Quand cela peut fonctionner de cette manière au sein de soi, c'est-à-dire de manière harmonieuse, ludique et non antagoniste, le paradoxe entre le cœur et la raison se trouve dépassé, et l'intelligence n'est plus une machine froide et inhumaine, mais devient capable, si besoin est, de s'abolir elle-même. Alors, me semble-t-il, nous ne sommes plus très loin de parvenir au bonheur... 

mercredi 12 novembre 2014

Un statut particulier

 Dès son réveil, Marie-Angélique se trouva dans l'incertitude. Son higoumène lui avait fait savoir qu’elle la rencontrerait dans la journée et elle attendait ce moment avec beaucoup d’impatience mais aussi d’inquiétude. L’attente prit fin seulement vers vingt-trois heures, lorsqu’une autre novice entra et lui demanda de se rendre dans la cellule de l’higoumène.
— Bonjour ma fille, dit l’higoumène.

     L’estomac de la jeune novice se serra, son cœur se mit à battre plus rapidement.
 Bonjour ma mère. 
— Entrez, ma fille! Vous savez pourquoi je vous fais venir? 
 Non, ma mère!
 Vraiment? Vous ne vous souvenez plus?
 Non, ma mère!
 Et bien, je vais vous infliger la punition que vous méritez.

 Punition, ce mot provoqua une vague d'appréhension et de désir en Marie-Angélique, car on lui avait déjà parlé de la manière très particulière qu’avait l’higoumène de punir ses novices et certaines de ses nonnes.
 Vous savez pourquoi?
 Non, ma mère!
— Voici plus de trois ans que vous êtes dans ce monastère, et je vous ai demandé de venir me dire quelles étaient vos intentions, et vous n’avez encore rien fait. Vous êtes négligente, ma fille. Vrai ou pas?

 Marie-Angélique, bien sûr, se rappelait parfaitement.
 Oui, ma mère, c’est vrai, je me souviens, mais je voulais encore réfléchir!
 Réfléchir? Réfléchir!

 La novice regarda attentivement son higoumène. D’origine Peul, c’était une femme évidemment brune, à la peau noire, d’une assez grande taille. Son crâne tonsuré lui donnaient un air sévère. On imaginait mal cette belle femelle en religieuse, on l’imaginait bien davantage nue, tout en muscle, s’adonnant à des danses rituelles africaines, en état de transe. Ce qui frappait la blanche Marie-Angélique, c'était l'opulence de sa poitrine, qu’elle devinait parfaitement sous sa longue robe noire.

 L’higoumène se mit à fouiller dans le tiroir de son bureau pour en sortir deux paires de menottes. Légèrement inquiète, Marie-Angélique n’osa la questionner.

 Elle se laissa guider jusqu'à l’étrange poteau de bois qui, au centre de la cellule, avait certainement la fonction de soutenir la poutraison. D’elle-même, Marie-Angélique s'y adossa et passa ses mains de part et d’autre du poteau, afin que l'higoumène pût les réunir derrière, avec les menottes.
— Mais d’abord, je vais retirer votre culotte, ma fille. Ensuite, vous vous mettrez à genoux, les fesses bien collées au poteau!

 L’higoumène ouvrit la robe noire de Marie-Angélique de manière à laisser paraître la culotte et les seins, puis, se reculant, dit:
— Vous êtes très belle ainsi, ma fille, la crainte se lit dans vos yeux, parce que vous ne savez pas où je vais m’arrêter, n’est-ce pas? Et cela, visiblement, vous angoisse. J’aime voir votre angoisse!
 Oui, ma mère, mais j'ai quand même confiance en vous.
 Vous avez peut-être tort, ma fille!

 Disant cela, la Peule baissa un peu la petite culotte de coton blanc, puis, prise d’une soudaine détermination, la fit tomber aux pieds de Marie-Angélique.
— Maintenant, agenouillez-vous!

 Marie-Angélique, sans résister, en passant ses deux jambes de chaque côté du poteau avec lequel elle avait l’impression de commencer à faire corps, se laissa glisser jusqu'au sol. L’higoumène se saisit de ses chevilles qu'elle immobilisa à l'aide de la seconde paire de menottes.
— Ma fille, vous voilà disponible aux voies du Seigneur!

 Attachée comme Marie-Angélique l'était, l’higoumène pouvait maintenant disposer entièrement d’elle. La jeune novice, cuisses écartées, ne comprenait pas pourquoi elle lui faisait confiance. S'approchant, l’higoumène s'accroupit et, la regardant droit dans les yeux, lui dit:
— Je sais que vous aimez ce que je vais vous faire subir.
 Non!
 Alors pourquoi êtes-vous venue?
 Je n’avais pas le choix, ma mère, c’était un ordre!
 Prétexte!
 Je vous jure, ma mère! C’est vous qui m’avez demandé de venir. Il est de règle de vous obéir. Comment pouvais-je vous refuser?
— C’est vrai, mais surtout vous avez découvert que vous pouviez jouir en étant humiliée, et vouliez en découvrir plus sur vous-même!

 L’higoumène avait raison. Pourquoi continuer cette comédie?
— C’est que j'ai découvert cette face inconnue de ma personnalité, ma mère.
— Je le pressentais, c’est pourquoi je vous ai réservé une petite surprise. Je vais vous apprendre à vous moquer de moi!
 Mais je ne me suis pas moquée de vous, ma mère!
— Si, en me faisant croire que vous n'aimiez pas être dominée.
 Pardonnez-moi, ma mère, mais cela est si nouveau pour moi.

 A son tour, l’higoumène ouvrit sa robe noire et exhiba sa généreuse poitrine.
— Suce mes seins, ordonna-t-elle.
— Ma mère!
— Tais-toi, petite effrontée! Suce, je te dis! Je suis sûre que tu aimes ça!

 Avec ses lèvres, Marie-Angélique attrapa un téton, mais le diablotin fila aussitôt. L’autre prit sa place. Le premier revint, et ainsi de suite. Marie-Angélique les attrapait l’un après l’autre, à la volée, et tétait autant qu’elle le pouvait.

 Mais l’higoumène se lassa de son petit jeu. Elle ouvrit très grand la robe de Marie-Angélique, en dégageant bien les épaules.
— Si j’avais un appareil photo, je vous prendrai, ma fille.
— Ma mère…

 Marie-Angélique essaya de remuer un peu, de se dégager, mais ses liens ne lui permettaient que très peu de liberté. Ses seins se dandinèrent et cela ne déplut pas à l’higoumène.
— Ma mère, je vous en supplie!

 Elle se tenait imposante devant elle.
— Vous êtes si belle ainsi, la colère marque votre visage! Le Seigneur vous voit, ma fille!

 La punie baissa vivement la tête.
— Arrêtez, arrêtez!
— Cela ne fait pourtant que commencer, un peu de patience, ma fille!

 L’higoumène attrapa une petite boite circulaire semblable à une boite de cirage. Le regard de Marie-Angélique accrocha les symboles inscrits sur le couvercle, c'était des idéogrammes chinois.
— C'est du koyo, ma chère, une crème chinoise qui a deux avantages: le premier est de permettre une meilleure lubrification intime, le second, c’est d’être un aphrodisiaque assez puissant.

 Après avoir ouvert le boite, l’higoumène prit une noix de cette crème et la présenta à l'entrée du sexe de Marie-Angélique. Lentement elle fit glisser ses doigts dans l’écrin, déposant une fine pellicule de l’onguent sur toutes ses parois. La position humiliante dans laquelle se trouvait Marie-Angélique, associée au fait qu'elle se sentait très coupable de commettre un péché, même en obéissant à son higoumène, augmentait son angoisse, tout en laissant place à une sourde excitation. 

 Marie-Angélique apprécia tout de suite la douceur de l'intrusion. Un deuxième doigt ajouté s'insinua dans la place, ce qui incita Marie-Angélique à écarter plus encore ses jambes, afin de favoriser davantage l'accueil en elle. Elle se laissa gagner par les sensations qui montaient, du fait de l'habilité des caresses prodiguées par ces deux doigts qui bougeaient sans arrêt. L’higoumène profitait au maximum de son abandon. Elle posa son pouce sur le clitoris ce qui provoqua une série de contractions totalement involontaires des muscles vaginaux. Marie-Angélique ferma les yeux pour mieux savourer les caresses prodiguées à son bouton d'amour.
— Hummm!

 Elle ne put s'empêcher de pousser un gémissement de plaisir. Dans son vagin, une douce chaleur commença à se répandre. Jamais elle n'avait ressenti un tel bien-être. Plus l'onguent était absorbé par son intimité, plus cette sensation augmentait.
— Ouïe! Quelle chaleur! C'est bon, ma mère!

 L’higoumène se releva et observa sa novice. Progressivement, ses hanches se mirent à onduler, son bassin entama une danse afin de calmer la tempête qui montait en elle. Marie-Angélique écarta encore ses cuisses pour diminuer toutes sensations naissantes. Cet onguent était diabolique, son vagin vivait tout seul, générant des ondes de plaisir de plus en plus fortes. Dans sa tête il n'y avait plus que cette partie de son corps qui existait. Elle commença à tirer sur les menottes, voulant se dégager pour poser une main sur sa vulve. Il lui fallait éteindre ce feu qui allait l'envahir. Il devenait insupportable, elle s'affola.
— Ma mère, soulagez-moi!

 L’higoumène la regardait comme on observe un rat de laboratoire.
— Faites-moi jouir, ma mère, je vous en supplie!

 Marie-Angélique commençait à respirer de plus en plus rapidement. Elle avait la sensation que son clitoris était transpercé par mille aiguilles brûlantes. En direction de sa tourmenteuse, elle lança un regard implorant. Pour toute réaction l’higoumène sourit. Le feu entre ses jambes irradiait tout son bas-ventre, petit à petit elle perdait tout contrôle. De rage, elle se débattit, se contorsionna. Il fallait qu’elle atteignît l’acmé de son plaisir, sinon elle allait devenir folle. Ça brûlait, ça piquait. Elle se cambrait, ruait, ses cuisses étaient ouvertes au maximum, elle donnait des grands coups de reins dans le vide. Elle se remit à supplier.
— Ma mère, donnez-moi du plaisir, je vous en prie, branlez-moi!

 Marie-Angélique lança son ventre en l'air et se mit à hurler. Elle n’avait qu’une envie, que cette brûlure cessât.
— Ma mère, par pitié!

 Son souffle était court, son clitoris lui envoyait des terribles lancées de plaisir, mais insuffisantes pour lui apporter la plénitude. L’higoumène finit par s'approcher d’elle.
— Tu ne me mentiras plus à l'avenir?
     
 De la tête, Marie-Angélique acquiesça.
 Plus jamais, je vous le promets!
 Tu feras toujours ce que je veux?
 Oui ma mère, je le ferai! Oui!
— Encore cinq petites minutes et je te soulage, ma belle! 
 Non, maintenant, maintenant!
— Tu n’as pas à me donner d’ordre, tu le sais bien. Si tu le fais, je ne te soulagerai pas!

 La tension était telle que Marie-Angélique se mit à pleurer. Elle agitait son bassin en tous sens. Cinq minutes d'enfer, cinq minutes durant lesquelles son esprit se mit à l'écoute des palpitations de plaisir qui envahissaient son corps. Elle manquait d'air, ses narines se pincèrent et se déployèrent à un rythme infernal. On pouvait voir sa poitrine se gonfler et se dégonfler comme un soufflet de forge.
 Alors, prête pour le grand voyage?
 Oui, ma mère!

 Les doigts de l’higoumène entrèrent à nouveau dans l’intimité de Marie-Angélique. Ils commencèrent un va-et-vient lent et efficace, ils disparaissaient profondément pour réapparaître dans un mouvement giratoire très marqué. Marie-Angélique perdit tout contrôle sur son bas ventre qui suivait le rythme imposé par son abbesse. L’higoumène accéléra son mouvement et naturellement les reins de Marie-Angélique accompagnèrent le rythme. Elle ne maîtrisait plus rien, l'orgasme menaçait de la submerger. Sa croupe s'agitait de plus en plus et un flot quasi continu de miel envahissait son sexe. Elle aspira une gigantesque goulée d'air, ça y était, encore quelques va-et-vient… Les yeux grands ouverts, Marie-Angélique fixait le plafond de la cellule, ses avant-bras serrant très fort le poteau qui la retenait prisonnière, le dos arqué, s'offrant au plaisir qui allait la submerger. Elle n'était plus qu'une boule de feu prête à éclater. De son pouce l’higoumène écrasa son clitoris et un orgasme dévastateur la submergea.
— Ooh! Oooui!
     
 Le corps tendu à se rompre, elle jouit, emportée par un plaisir merveilleux. Elle n'avait plus de force, c’est pourquoi pour calmer les battements de son cœur, elle respira longuement.
— Merci ma mère, merci!
     
 L’higoumène s'assit à côté d’elle, passa sa main dans ses cheveux et pressa sa tête sur son épaule. En caressant sa chevelure, elle lui parla tendrement.
— Doucement, ma fille, doucement. Tu es très belle lorsque tu prends ton plaisir.

 Le passage répété de sa main sur sa tête facilita son retour au calme.
— Ce que vous venez de me faire, ma mère, est l’œuvre du diable. Je ne contrôlais plus mon corps, il vivait seul, me tenant au bord de l'orgasme sans jamais le provoquer.
— Je sais ma fille, je sais. Mais ce n’est pas l’œuvre du diable, mais bien celle de dieu. As-tu au moins pensé à notre Seigneur Jésus Christ?
 Non, ma mère, je n’y ai pas pensé.
 Ce n’est pas bien, ma fille. Jésus, pourtant, était là, car il est amour.

 Lentement l’higoumène repoussa la tête blonde de Marie-Angélique, puis, passant derrière elle, la libéra des menottes. Aussitôt, la novice étendit ses jambes et massa ses poignets. Se levant, l’higoumène lui tendit la main pour l'aider à se relever. Ses jambes étaient encore faibles, mais dans l’ensemble la jeune femme avait récupéré. 
— A propos, ma fille, il faudra me dire… Votre noviciat s’achève… Avez-vous l’intention de rester parmi nous? Vous sentez-vous prête à vous vêtir de l’exorassa, de porter le voile et de mourir au monde comme vous venez de le faire? Ainsi que vous le savez, vous êtes encore parfaitement libre de nous quitter. Mais quel dommage ça serait! Quand je vous vois, je suis certaine que vous êtes faite pour le niveau le plus élevé de l’excellence qui vous permettra d’atteindre le Grand Schéma. Réfléchissez, ma fille!
— Je pense avoir bien réfléchi, ma mère, je veux rester parmi vous.
— C’est très bien, je vous bénis ma fille. Comme vous le savez, pour entrer définitivement dans notre communauté, il faudra que vous soyez rituellement tonsurée devant toutes les nonnes du monastère. Cela concerne non seulement vos cheveux, mais également les poils de votre pubis. A l’issue, vous recevrez un nouveau nom et, ainsi, vous pourrez vous mettre en marche vers un nouveau niveau de discipline, d’attachement et d’humilité qui, en fonction de votre obéissance et de votre ascétisme, pourra vous élever au Grand Schéma.
— Je le veux ma mère, je le désire de tout mon cœur, faites de moi, ce que vous voudrez!
— C’est très bien ma fille, vous êtes l’obéissance même. Allez maintenant.

 Marie-Angélique sortit sans rien ajouter et se retrouva dans le couloir où se trouvait une vache, une vache blanche avec des taches marron, qu’elle pouvait voir de trois-quarts arrière, avec sa tête dirigée vers elle, qui la regardait.
— Bonjour Lulubelle III, que fais-tu donc ici?
— Je suis sortie de la pochette d’Atom Heart Mother, répondit la vache, je me promène…
 — Mais le couloir d’un monastère n’est pas exactement l’endroit idéal pour la promenade d’une vache! Pourquoi as-tu quitté la verdoyante prairie de ta pochette?
— Je m’y ennuyais. J’en avais assez. Et toi? Que fais-tu dans ce couloir? D’abord comment t’appelles-tu?
— Je m’appelle Marie-Angélique, et je vais bientôt devenir nonne. Je sors de chez mon higoumène qui m’a mis la chatte  en feu.
— Ah bon! Qu’est-ce qu’elle t’a donc fait?
— Heu… Elle me l’a enduite de koyo et… Elle m’a fait toutes sortes de choses vraiment très agréables.
— Mais sûrement pas très orthodoxes!
— Tu as raison… Mais c’était fort agréable…
— Comment est-elle ton… Comment tu l’appelles?
— Mon higoumène?
— Oui, ton higoumène!
— C’est une femme peule, très belle! Tu connais les Peuls?
— Non. Et toi?
— Moi non plus, je ne les connais pas, je ne connais qu’elle. Elle dirige et administre notre communauté… A propos, je vais porter la coiffe noire très bientôt, et on va me tonsurer les cheveux, et aussi le zizi devant tout le monde!
— Ah oui. T’es contente?
— Voui, et puis mon Higoumène m’aime! Et toi? Tu es contente?
— Meuh! Oui.
— Mais pourtant, tu es une bête à viande! Tu n’as pas peur d’être mangée, un jour?
— Ma foi non. Ça fait des dizaines d’années que je suis sur la pochette et il ne m’est encore rien arrivé de fâcheux. Pas d’abattoir en vue.
— Oui, mais maintenant que tu es sortie de la pochette?
— C’est vrai, mais j’ai quand même un statut particulier. C’est pas désagréable un statut particulier! Je préfère ça que d’entrer dans une économie rationnelle de marché comme ils disent!
— Dans ce cas, tu as vraiment de la chance Lulubelle! Ah! Quand je pense à toutes tes consœurs, c’est horrible! Et toi, tu es pour quoi, l’abattage par égorgement ou bien par étourdissement?
— Ma foi, Marie-Angélique, je n’en sais rien, je ne me suis jamais posé la question, tu sais, sur ma pochette…

 Elles traversèrent diagonalement le cloître, et se retrouvèrent dans la grande cour où s’élevaient le réfectoire, la cuisine, les entrepôts et les granges. Quand elle aperçut la lune, Lulubelle se mit à beugler de toutes ses forces. La lune paraissait très brillante dans un ciel sans nuage. Peut-être de satisfaction, Lulubelle en profita pour faire une jolie bouse.
— Ça va mieux, dit-elle, mais il y a une chose que je ne comprends pas, c’est pourquoi vous dites toujours, vous les humains: « A chacun son métier, et les vaches seront bien gardées. », qu’est-ce que nous avons à voir avec vos métiers?
— Bof, c’est une expression, Lulubelle. On disait ça du temps où il y avait des bergers qui gardaient les vaches!
— Ah oui. Et toi, si j’ai bien compris, tu veux faire le métier de nonne?
— En fait, c’est pas vraiment un métier!
— Qu’est-ce que c’est? Vous faites quoi les nonnes?
— Bah! On vit entre sœurs et, chaque jour, on partage des temps de prières, de repas, parfois on fait des travaux communautaires. Souvent on se réunit pour célébrer la louange de Dieu et intercéder pour le salut du monde.
— Et ça marche?
— Je sais pas, je n’ai pas vraiment de retour!
— Et parfois vous faites l’amour?
— Oui, entre nonnes. Faut dire que c’est pas facile pour une jeune fille… de…
— A propos d’amour, interrompit Lulubelle, je me demande bien aussi pourquoi les humains parlent d’amour vache. Tu connais le rapport qu’il y a entre l’amour et les vaches?
— Là aussi je ne sais pas… C’est quand deux personnes, malgré leur violence physique et verbale, s’aiment quand même! Quand elles sont vaches l’une envers l’autre…

— Oui, mais pourquoi dit-on qu’elles sont vaches? C’est bizarre! C’est même offensant, à la fin… Les vaches ne sont pas vaches, elles sont gentilles! C’est une idée imbécile d’humain!

— Tu as raison, Lulubelle, les humains sont bêtes.
— Meuh! Meuh! beugla soudain Lulubelle, je suis la dame de vie et de la beauté, la mère des mères, la maîtresse de la danse et de la vulve, je suis tout l’or du monde… Meuh! Meuh! Allons, viens, Marie-Angélique, allons vivre l’ivresse de l’amour! Viens, ma chérie!

 A ces mots, Lulubelle III détala et se mit à gambader joyeusement, elle cabriolait dans la grande cour en beuglant encore à qui mieux-mieux: Meuh! Meuh!
— Attends-moi! criait Marie-Angélique, attends-moi Lulubelle! Ne m’abandonne pas!

 Mais la vache avait disparu dans le cloître. Marie-Angélique l’entendait encore beugler, et de plus en plus fort. Elle va réveiller ou alerter toutes les nonnes et toutes les novices, et aussi mon Higoumène, se dit Marie-Angélique. Mon dieu, que va dire ma mère si elle me trouve ici, au beau milieu de tout ce tapage?

 Il ne se passa rien. Les portes ne s’ouvrirent pas. Un grand silence régnait sur tout le monastère. Marie-Angélique n’entendait plus les beuglements presque féroces et voluptueux de Lulubelle. Elle la chercha encore, mais en vain. La vache blanche aux taches marron, qui parlait si bien le français, avait disparu.

 Fatiguée, la novice s’assit sur un muret et, soudain, eut encore envie d’amour, mais aussi de joie, de vin, de musique et de danse. En attendant tous ces plaisirs, elle ouvrit sa longue robe noire pour libérer ses seins et commença à caresser sa fentine. 
— Je suis bien heureuse, pensa-t-elle, en frottant son doigt, ma mère m’a dit que j’étais belle! C’est vrai, je me vois, je suis la dame du sycomore du sud et la souveraine de la nécropole de l’Occident. Et je me vois aussi très bien en dame des écrits, ce que je suis du reste, oui, en souveraine des bibliothèques, et aussi en déesse aux manifestations innombrables… Mais… Oh! Que m’arrive-t-il? Mon Dieu, que m’arrive-t-il? 

 Comme une onde, sa peau se couvrit d’un pelage blanc avec des tâches marrons. Des cornes lui poussèrent sur le front et, comme une montgolfière, elle enfla, elle enfla et se retrouva sur quatre pattes, avec des sabots, à fouler le gravier de la cour. Très surprise, Marie-Angélique s’entendit beugler: Meuh! Meuh! Meuh!

Un statut particulier (PDF)

(Passions à contre-jour)

lundi 10 novembre 2014

Négligence


 "Punition, ce mot provoqua une vague d'appréhension et de désir en Marie-Angélique, car on lui avait déjà parlé de la manière très particulière qu’avait l’higoumène de punir ses novices et certaines de ses nonnes.
 Vous savez pourquoi?
 Non, ma mère!
— Voici plus de trois ans que vous êtes dans ce monastère, et je vous ai demandé de venir me dire quelles étaient vos intentions, et vous n’avez encore rien fait. Vous êtes négligente, ma fille. Vrai ou pas?"

(Extrait de Un statut particulier, à paraître très bientôt)

(De fille en aiguille)

samedi 8 novembre 2014

La minette de Chester


Minette de Chester, commença Alice, voudriez-vous me dire, s’il vous plaît, quelle direction je dois prendre pour quitter cet endroit?
— Cela dépend surtout de l’endroit où vous voulez aller, dit la chatte.
— Ça m’est égal, dit Alice.
— Alors peu importe quelle direction vous prendrez, dit la minette.
— Pourvu que j’aille quelque part, dit Alice, en matière d’explication.
— Oh! Vous êtes sûre d’arriver quelque part si seulement vous marchez assez longtemps, dit la minette.
Alice sentit que ces réponses étaient indiscutables. Elle risqua une autre question:
— Quelles sortes de gens vivent dans le voisinage?
— Dans cette direction, dit la chatte, en remuant son oreille droite, vit un Chapelier. Dans cette direction, et elle remua son oreille gauche, vit un lièvre de Mars. Allez voir celui que vous voudrez, ils sont fous tous les deux.
— Mais je ne tiens pas à aller chez les fous, fit observer Alice.
— Oh! Vous ne pouvez faire autrement, dit la chatte, nous sommes tous fous ici. Je suis folle. Vous êtes folle.
— Comment savez-vous que je suis folle? demanda Alice
— Vous devez l’être, dit la chatte, sinon, vous ne seriez pas ici.

D'après Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll

(Délicieuses femmes)

mardi 4 novembre 2014

Ceux-là

Ceux-là ne sont pas morts à la guerre
Ni d’un cancer du poumon
Ni non plus du croupion
Ni d’un bel accident d’accordéon
Ou de la circulation
Ou d’aviation
Ni non plus dans un attentat perpétré par un djihadiste
Type loup solitaire
Ceux-là
Ils sont assis 
Près de leur canne
De leur déambulateur
Ou dans leur fauteuil roulant
Et sont encore un peu vivants
Ils ont échappé à tous les maux de leur génération
Ils vivent paisiblement le reste de leur âge
Dans un ehpad aseptisé
Récuré soir et matin
Par de vaillantes mains
En attendant de rejoindre le gros du bataillon
Ceux qui les ont précédés
Et ne sont plus là

Gir girouette 
Alouette 
Comme un lapin
Je te plumerai

dimanche 2 novembre 2014

Une si longue attente


Elle l'avait attendue toute la nuit et, quand elle arriva, au petit matin, elle l'accueillit à draps ouverts.