Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mardi 30 septembre 2014

Mme Arnoux

"Ce fut comme une apparition: 

 Elle était assise, au milieu du banc, toute seule; ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête; il fléchit involontairement les épaules; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda. 

 Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu. 

 Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière. 

 Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites. 

 Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande. L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. "Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt; sa mère ne l'aimerait plus; on lui pardonnait trop ses caprices." Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition. 

 Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle? 

 Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit: 

- "Je vous remercie, monsieur." 

 Leurs yeux se rencontrèrent. 

- "Ma femme, es-tu prête?" cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier."


Gustave Flaubert, "L'éducation sentimentale" (extrait du chapitre 1 de la première partie)

samedi 27 septembre 2014

Solitaupe

Les oreilles cassées
Elle se sentait solitaupe
Au bout du rouleau
Comme dirait
Un sans-papiers

Elle se disait
Qui casse les oreilles les paie
Mais les autres ne voyaient pas les choses de cette oreille-là
Qui casse ses œufs après les avoir pondus dans une cage comme cette poule étrange
Ne les paie pas
Mais devrait les payer
Qui casse ses raquettes comme ce tennisman étrange
N’est certes pas un gentleman
Et qui casse ses ailes avant de s’envoler
Comme ce fou de bassan fou
Qui se prend pour un boeing
Est encore plus fou
Mais on ne l’enferme pas pour autant dans un nid de coucou

Oui ses ailes sont blanches
Ce sont des ailes de géant qui l’empêchent de marcher
Mais qu’est-ce qu’elle a fait au bon dieu
Quiche Lorraine pour qu’elle s’empêche de marcher
L’injustice peut-être empêche le bonheur
L’hymen empêche sans doute les spermatozoïdes
Et l’éducation vraisemblablement empêche la liberté de penser
Mais la veuve Poignet n’empêche pas la masturbation

jeudi 25 septembre 2014

Ce qu'on peut dire de l'été

                                                    à Marianne,

D’abord lèche-vitrines sous un soleil économe
Jaune comme un œuf de poule
Ou comme le rire d’un veuf
Et puis
Ensuite
De retour at home
Lèche-minou dans le jardin
Sous le juste mirabellier

Sans en avoir l’air
Sur tes talons aiguille
Jolie meunière
Sans sourciller et sûre de tes raisons
Tu m’envoies en l’air
Vite fait bien fait
Sous le juste mirabellier
Moi méchant petit accordéon

Ô belle cascade sourcilière
Chacun de tes baisers se pose
Sur ma peau
Comme une langue de feu
Toujours sous le juste mirabellier

Je t’aime
Comme j’aime
Les talons aiguille verts pomme de l’énorme cumulus
Qui nous surviole
C’est comme un coup de pied dans ma fourmilière
Ça provoque
La rosée de mon désir
Ô Réchauffement climatique
C’est comme si la nature 
En nous fusionnant 
Avait décidé de se masturber 
Sous le toujours juste mirabellier
Ça fait
Qu’on n’a jamais fini de se baiser

En plus
On n’a jamais
Au grand jamais 
Notre mot à dire
Très chère
Même chuchoté
Dans les interstices de nos orteils
Même quand
Plongées dans notre sommeil
On a retiré
Nos précieux et vermeils talons aiguille
Sous le juste mirabellier

(Par un fleuve emportée...)

mercredi 24 septembre 2014

L'ultime


 Ce que je recherche, et qui pour moi est ultime, c’est l’expérience vécue et non intellectuellement comprise de la Nature, c’est l’expérience en moi de ce chaos et de cet ordre gigantesque qui est à l’origine du monde et qui me survivra après ma mort. Je suis certaine que chaque être humain l’incarne dans son corps, mais surtout les femmes, parce qu’elles pensent moins rationnellement que les hommes, et sont moins en recherche de vérité, mais bien davantage en communion avec la matière, la nature et la vie dans tout son déploiement. En tant que femme, avec mon ventre, mes cuisses, mes seins, mon sexe, j’incarne les caractéristiques de la grande mère cosmique, j’incarne ce désir à vivre qui s’oppose à la mort et qui est aussi la mort. Voilà ce qu’est pour moi l’ultime, et voilà pourquoi j’aime les femmes et les orgies entre femmes. Par ces orgies, je ne veux rien vivre d’autre en moi que la naissance et la fin du monde, autrement dit son mystère, ce qui est aussi, me semble-t-il, le projet des poètes.

lundi 22 septembre 2014

Langue

Je n’aime pas avoir la langue blanche
En revanche 
J’aime la langue des signes
Mais pas la langue de bœuf
Ni non plus la langue de bois
Mais j’aime bien les baisers avec la langue
Et aussi baiser avec ma langue
Et aussi avec mon cœur de rockeuse farceuse
Toujours avec mon harmonica
Sans moustache 
J’aime ta langue Françoise
Marianne
Rose
Romy
Sandrine
Marlène
Marceline
Avec mon meilleur souvenir
Car j’aime la langue françoise
Et aussi le coulis de framboises
Et celui de Françoise
Je voulais juste dire
Il ne suffit pas d’exister
Avec une langue toute blanche
Il faut surtout sentir qu’on existe
Avec une langue à changer le monde

(Par un fleuve emportée...)

samedi 20 septembre 2014

Et si nous allions


Et si maintenant nous allions en ville faire les boutiques
Ma mie
Ou bien à la chasse au cochon en Nouvelle-Calédonie
Ou encore faire notre marché sur une autre planète
Oui si nous allions à Lyon
Flâner le long des quais du Vieux-Paris
Nous pourrions peut-être aussi nous promener 
Sur l’Everest
Voir ailleurs
Découvrir le Cotentin
Que sais-je
Aller encore plus loin
Derrière l’horizon

jeudi 18 septembre 2014

Une reine libertine


 "L’on est enfant toute sa vie, et l’on ne fait que de changer d’amusements et de poupées."

 (Christine de Suède)

mardi 16 septembre 2014

Le son des ténèbres

Vous
Si délicatement blanches
Ténèbres
J’ai besoin de votre costume funèbre
Pour copuler avec la lune
J’ai besoin de vos immenses bras fuselés
Ô chère douce amie
Car je sais qu’
En matière de plaisir et d’algèbre
Vous vous y connaissez joliment
Ténèbres jolies 
Aux hanches si cosmiques

Vous 
Dont la chimie organique
Et le ventre de zèbre tout blanc
Avec vos lueurs économes 
Parlent toujours en bien de mes vertèbres

Vous 
Dont les seins astronomes célèbrent sempiternellement
L’œil lugubre des hiboux

dimanche 14 septembre 2014

Parole énigmatique

"La pluie nous accompagne aujourd’hui. Mais ce n’est pas l’intempérie que nous redoutons le plus."


François Hollande à l'Île de Sein

(Délicieuses femmes)

samedi 13 septembre 2014

La vérité


Très franchement, la vérité ne m’intéresse pas. Pour moi, elle n’affecte que le monde des énoncés (le langage), et nullement le réel. Elle n’a donc rien à voir avec l’existence et le sentiment de l’existence concrètement vécue. Je comprends que la vérité intéresse les scientifiques et les juristes, mais je ne vois pas en quoi elle peut servir aux artistes, aux philosophes de l’existence et au commun des mortels. La vérité ne m’intéresse que pour régler un certain nombre de petits problèmes relationnels, interpersonnels et sociaux, mais elle ne donne en rien sens à mon existence. Ce qui lui donne un sens, c’est la jouissance que j’éprouve, et son inverse, la souffrance. Le fait que Dieu existe ou n’existe pas ne m’intéresse absolument pas. Je me fous totalement de rechercher la vérité en ce domaine, et je hais les idéologies religieuses quand elles affirment le principe d’une vérité qui n’a servi qu’à asservir les humains. De même la science. Est-on plus heureux quand on sait comment s'est formé l’univers?

(Par un fleuve emportée...)

jeudi 11 septembre 2014

Ce soir encore

                                         à Marianne,

Ce soir encore
Débute 
Une belle nuit d’été
Une nuit chaude aux rivages orangés
Qui déjà au-dessus de notre nid étale sa dentelle
A peine ce vent 
Très doux 
Qui culbute mon cœur embrasé
Bientôt les gelées du soir 
Bientôt les givres mortels de l’aurore
Mais voici qu'encore débute une nuit chaude en jolie robe de pute

Et tu es là 
Ma mie
Ma puce
Solidement attachée
Par chevilles et poignets
Devant le tronc de notre vieux mirabellier

Et je viens te faire un doux baiser
Comme tu les aimes
Car je t’aime
Tandis que résonne au loin la cloche de l’église
Et que l’obscurité qui tombe ébouriffe notre beau jardin
Presque éclairé par la pâle rondelle de la lune
C’est un signe de beauté je crois
De force et de vitalité
Alors je chausse un de mes godes de sept pieux
Et
Sorcellerie lunaire 
Sur tes hanches et tes fesses 
Mes caresses d’ogresse
Cinglent définitivement tes incertitudes
Ainsi que  tes turpitudes
Et créent une vraie tragédie
Au-delà des limites de ta peau

Sous les branches pendent des centaines de fruits mûrs
Pareils à tes seins que j’écrase
Ils disent un goût de choses juteuses et explosives
Qui se fond en jouissance dans ma bouche
C’est pourquoi je les tète
Splendeur du jour gardée
N’eussent été leur chair exquise et leur couleur égarée
Sein dardé
Tété en été
Procure la seinteté j’en suis sûre
Du moins on le dit

Quand je serai morte
Ma belle
Comme Isabelle la Très Catholique
Je ne saurai plus rien des choses de ce monde
A ma passion
L’enfance aura sans doute été un prétexte stoïque
Un mur d’excentricités que ma tête blonde inonde
Mais personne à la ronde
Dans les autres tombes 
N’aura compris

Pas même les yeux
Les dents

Et les paupières rouillées

mardi 9 septembre 2014

Mon vieux Corneille


Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t'emmerde en attendant. 

(Tristan Bernard)

(Délicieuses femmes)

samedi 6 septembre 2014

Avis de coup de vent

                                             à Marianne

Gare
Il y aura de l’eau qui perlera sur ton visage
Et sur ton ventre
Ce sera beau comme un envol de paroissiennes
Je chercherai dans tes cheveux 
Parmi les bruits de persiennes qui s’égrèneront autour de tes yeux              
Parmi tes roseaux
J’y rencontrerai le fleuve Temps qui toujours
Aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront
Et fait faner tes roses
Et je te parcourrai de baisers 
Et je me vautrerai dans ton petit pré
Sur tes berges 
Au sommet de tes monts
Et je franchirai ton petit pont
Cher petit Patapon
A la recherche de ton génial feu génital 
D’éternité

jeudi 4 septembre 2014

Dévorées par les azurs verts

 Après avoir quitté Marc et Christine, l’idée m’était venue de poursuivre nos vacances à Charleville-Mézières pour l’excellente raison que je n’avais jamais encore visité cette ville. Rose n’était guère enthousiaste, elle n’avait aucune passion ni pour Arthur Rimbaud ni pour son œuvre. Mais j’ai été si persuasive que nous avons quand même pris la route des Ardennes. A Charleville, bien sûr, nous avons visité la maison natale de Rimbaud, 12, rue Bérégovoy, anciennement rue Thiers, plus anciennement encore rue Napoléon, du temps d’Arthur. Puis nous avons visité la maison dite "des Ailleurs", quai Arthur Rimbaud, en face de la Meuse. C’est au premier étage de cette maison que, de 1869 à 1875, Arthur, son frère, ses deux sœurs et leur mère (que le poète appelait "la mother"), ont habité. Et c’est là que s’est manifesté, à partir de 15 ans, son incroyable génie. C’est aussi dans cette maison que l’enfant sage et studieux a progressivement échafaudé ses projets de fugues, d’errances, puis de voyages, non loin de cette fascinante Meuse qui lui inspira "Le bateau ivre". Nous avons également visité l’actuelle bibliothèque municipale, 4 place de l’agriculture, qui, autrefois, abrita la fameuse institution Rossat, où Rimbaud fit ses études et rencontra Georges Izambard, son professeur de rhétorique. Nous sommes également allées sur la tombe de "l’homme aux semelles de vent", dans le vieux cimetière, rue Charle Boutet.

 A Charleville, nous logions en chambre d’hôtes, chez une dame d’une soixantaine d’années, fort gentille, une certaine Madeleine, avec laquelle nous avons rapidement sympathisé. Le lendemain de notre arrivée, Madeleine nous a présenté à son fils Gabriel, un gaillard barbu d’une quarantaine d’années, venu rendre visite à sa mère en compagnie de son ami Raphaël. Nous avons vite compris que Gabriel et Raphaël étaient homos. Les deux hommes ont tout de suite eu l’air de nous apprécier et nous ont demandé si nous avions le projet de rester dans la région et si nous accepterions de dîner, un soir prochain avec eux. C’est ainsi que Rose et moi avons passé notre troisième soirée à Charleville-Mézières au restaurant "La clef des champs", en compagnie d’un Gabriel et d’un Raphaël particulièrement enjoués et pleins d’entrain, qui nous ont expliqué qu’ils se préparaient à partir en vacance. Raphaël était propriétaire d’un bateau et, avec son ami, chaque année, au mois d’août, ils avaient l’habitude de faire une croisière sur la Meuse. Cette année, ils se proposaient de la descendre jusqu’à la mer du Nord. Nous fûmes aussitôt séduites par leur projet et nous les écoutâmes attentivement, mais ils voulaient aussi savoir qui nous étions. Nous leur racontâmes. Ils furent conquis. Rose osa même leur raconter qu'elle avait été en prison pour avoir incendié la voiture de son amie, et cela les enchanta. A la fin du repas, assez intimidé, Raphaël nous demanda si nous voulions faire cette croisière avec eux, Gabriel s’empressant d’ajouter: « Et vous n’aurez rien à craindre de nous, vous le savez bien! »

 Nous avons quand même hésité et n’avons pas donné tout de suite notre réponse. Nous leur avons demandé des précisions sur la taille du bateau, pourquoi ils nous faisaient cette proposition, à nous qu’ils ne connaissaient pas. Des gens, il en existait des tas d’autres! Et puis, nous étions des nanas! Comment allait se passer la cohabitation des deux couples? Il y aurait certainement des problèmes de promiscuité entre hommes et femmes. Sortis du restaurant, dans la rue, les deux amis nous rassurèrent encore en nous disant qu’il y avait deux cabines, une pour eux, l’autre pour nous, et qu’eux aussi souhaitaient préserver leur intimité et qu’ils auraient à cœur de respecter la nôtre. Néanmoins, il fallut régler des problèmes d’intendance, ce qui fut plus aisé, et nous nous mîmes d’accord pour partir le surlendemain.

 C’est ainsi qu’au fil de l’eau verte et sous les lichens du soleil, nous avons rejoint, en de longues journées, en suivant tous les méandres nacreux du fleuve, la mer du Nord parmi les cathédrales et les beffrois. Nous avons traversé Nouzonville, Revin, Givet, avons sillonné la Belgique, traversé Dinant, Namur, Andenne, Huy, Liège, Maasmechelen, puis les Pays-Bas, découvert Maastricht, Ruremonde, Venlo…

 La Meuse, en France, n’en a pas l’air, mais c’est un fleuve qui devient important quand il arrive en Belgique et aux Pays-Bas. Il est beaucoup utilisé pour le transport des marchandises, et son importance historique m’est apparue totalement évidente.

 Curieuse croisière que celle de nos deux couples. Sur le bateau, j’écrivais des poèmes, je lisais et relisais Rimbaud que j’alternais avec L’éducation sentimentale de Flaubert. Ah! ces moments de rêverie, allongée sur le pont, émerveillée par "Le cabaret vert", "Les assis", "Le bateau ivre", "Ophélia", "Une saison en enfer", "Les illuminations", mais aussi par les beaux portraits de Madame Arnoux que je voyais avec les traits de ma chère Marianne qui me manquait beaucoup, bercée par le calme de ce long fleuve impassible, à peine clapotant, admirative également de ces paysages souvent sauvages, attentive aux passages des nombreuses écluses qui, parfois tombaient en panne et refusaient de se refermer. La vie à bord était simple et détendue. Nous prenions nos repas tous ensemble et, parfois, à l’issue, partions à pied dans la campagne ou dans la ville où nous venions de débarquer, mais le plus souvent, je m'éloignais seule avec Rose, tandis que Gabriel avait déjà filé avec Raphaël. Sur le fleuve, le trafic était trop dense pour que nous puissions vivre totalement nues, ce que nous aurions souhaité, mais nous ne portions quand même pas grand chose et nous nous débrouillions pour faire le plus possible l’amour dans des endroits retirés de la nature ou, quand cela n’était pas possible, dans notre cabine où, très souvent, nous entendions les ébats des garçons, dans la cabine d’à côté, et cela nous faisait sourire car eux aussi devaient entendre les nôtres. 

mardi 2 septembre 2014

Chez Marc et Christine

 J’en ai déjà parlé, Marc et Christine habitent une grande maison du XVIIIème siècle dans le Saosnois, belle région du Nord de la Sarthe, près de Mamers. C’est une région de bocages et de forêts, mais également agricole, non loin du Perche.

 Christine, je la connais depuis de nombreuses années. J’ai habité Alençon, et notre rencontre eut lieu par hasard, un jour de marché, place de la cathédrale. J’étais alors une jeune épouse (de médecin) droite et bien rangée et, comme elle, je faisais régulièrement mes courses alimentaires sur le marché. Nous avons parlé des poulets qui gisaient sur l’étal du volailler, et de plein d’autres choses encore dont je ne me souviens plus. Nous nous sommes revues une autre fois, je crois, toujours sur le marché, et ainsi nous avons, progressivement, sympathisé. Un jour, elle m’a présenté Marc, son mari, et moi, je l’ai présentée au mien, Léo, et nos deux couples se sont fréquentés, de manière assez conventionnelle, pendant de nombreuses années.

 Quand nous avons divorcé, Léo n’a plus voulu revoir ni Marc ni Christine, pour une raison que j’ignore et qu’il n’a jamais voulu me dire. Moi, j’ai continué à revoir mes amis, et la relation est devenue plus vraie. Je leur ai même fait savoir, quand je l’ai su moi-même, que j’étais devenue lesbienne. Ils n’en ont pas été gênés et ont continué à me recevoir, ils m’ont même reçue avec mes amies. Aujourd’hui, ils savent parfaitement que je fais ma vie avec Rose et Marianne.

 Christine et Marc sont un peu plus jeunes que moi, de quatre ou cinq ans. De n’avoir jamais pu avoir d’enfant a certainement été pour eux un grand malheur, mais aujourd’hui, ils s’en sont bien remis, surtout depuis qu’ils ont acheté cette grande maison avec piscine, dans le Saosnois, qu’ils ne cessent d’embellir, et dont ils restaurent encore certaines parties vétustes, surtout Marc qui est un passionné de vieilles pierres. 

 Christine est une jolie brune, très désirable, qui n’a jamais manifesté, que je sache, de désir à mon égard, ni à l’égard d’aucune autre femme. Elle s’est toujours montrée hétérosexuelle et très amoureuse de son homme, lequel s’est toujours comporté comme un époux tendre et fidèle, parfaitement attentif au bonheur de sa chère petite femme. Chez ces deux-là, j’ai toujours admiré leur patient grand amour et, en même temps, leur formidable ouverture d’esprit.

 Cet été, il s’est passé une drôle de chose. Il faisait un temps superbe, et nous étions, nous, les trois femmes, souvent à discuter au bord de la piscine ou à nous tremper dans son eau, tandis que le courageux Marc jardinait dans son vaste jardin ou réparait ses remises délabrées. Parfois, quand il en avait assez de travailler, il venait se détendre en nous rejoignant à la piscine. Bien entendu, dans ce contexte libéral, Rose et Moi, nous ne nous gênions pas pour vivre une certaine intimité devant le couple. Au début, j’avais demandé à Christine, si notre nudité, à Rose et à moi, autour et dans la piscine, ne risquait pas de la gêner. Elle m’avait immédiatement et franchement répondu que non, bien au contraire, car elle aussi avait envie de bronzer et de nager nue, ce que, me dit-elle, elle  avait l’habitude de faire quand elle était seule avec Marc. J’avais alors évoqué la présence gênante ou gênée de ce dernier, elle m’avait aussitôt répondu qu’il ne fallait pas en tenir compte, que Marc "était au-dessus de tout ça."

 De fait, tout se passa bien avec Marc. Quand il venait nous rendre visite, nous trouvant toutes les trois nues, étendues au bord de la piscine, il ne paraissait ni gêné ni particulièrement émoustillé, mais nous entretenait gentiment, comme si de rien n'était, de l’avancement et de la dureté de ses travaux sous le soleil écrasant. Petit à petit, Christine, se joignit à notre intimité, vint d’elle-même vers nous, nous frôla de plus en plus, et prit plaisir à participer à nos attouchements de seins, à nous caresser, ce qui entraîna de notre part plus de hardiesse à son égard, d’autant plus qu’elle semblait apprécier. Au début, elle le faisait en l’absence de Marc, puis elle s’enhardit à le faire en sa présence. Un jour, le mari trouva sa chère petite femme pendue à nos mamelles, et celui-ci s’en étonna seulement avec un sourire qui en disait long sur sa satisfaction de la voir en galante compagnie. Ne faisant aucune objection, ce qui laissait entendre qu’il acceptait, voire approuvait cette évolution de nos mœurs, il nous proposa, ce jour-là, de nous servir quelque rafraîchissement que nous acceptâmes, puis il repartit travailler, sans rien ajouter.

 Le lendemain, Christine nous fit savoir qu’elle et Marc, durant toute la nuit, avaient eu une longue discussion sur ce sujet, et qu’à l’issue, Marc lui avait carrément donné son accord pour qu’elle aille éventuellement plus loin avec Rose et moi, si elle le désirait, à la condition qu’elle continuât à l’aimer, ce dont elle l’assura.

 Ainsi, dans les derniers jours, avant notre départ pour Charleville, je passai des moments inoubliables et insoupçonnés que je n’aurais jamais imaginé vivre avec cette amie de longue date qui s’émerveillait à nous faire découvrir, à Rose et à moi, ses immenses talents et son incroyable inventivité dans le domaine de la recherche du plaisir, parfois, sous l’œil, placide ou ahuri mais néanmoins consentant de son mari.