Ophélie Conan

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Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mardi 20 mai 2014

Les vieilles locomotives

 Le 17 mai dernier, j'ai eu 46 ans et, dieu merci, l’on m'en donne beaucoup moins, mais ce n’est là qu’un sursis. Le temps inexorablement fait et continuera de faire son œuvre. Même si, jusqu’à présent, il m’a beaucoup épargnée, cela ne durera pas. Mon corps inexorablement deviendra celui d’une vieille femme. Ma peau se flétrira, se crevassera, se couvrira d’angiomes, deviendra immonde. Mes seins tomberont. Mon corps n’inspirera plus ni désir ni amour, et me mettre nue me deviendra insupportable. Je serai une vieille locomotive impotente, incapable de me bouger moi-même. J’ai vu ça en m’occupant de petites mamies dans la maison de retraite où j’ai travaillé en 2009. 

 Parfois, je me dis qu’il vaudrait mieux mourir plutôt que de connaître ce lent sabotage du temps, sabotage qui nous métamorphose imperceptiblement, en une chose usée, moche et inutile. Mais non, je tiens trop à la vie pour me tuer, je tiens trop à ce que je crois être encore ma jeunesse qui me fait vivre dans le déni. Je me dis que je suis encore jeune, encore belle, encore vive et pleine de forces, et cette pensée que je vais devenir vieille, que je suis déjà vieille, je la juge folle et déraisonnable. D’autres fois je me dis: tant pis les rides, tant pis les seins qui tombent, tant pis les fesses qui s’avachissent, c’est la vie qui s’en va, et après? Sommes nous si importants sur cette terre pour nous pencher si gravement sur le sort de notre petit nombril? Et puis, certainement n’y a-t-il pas de la beauté chez la femme âgée, et même chez la petite vieille?

 Sans doute est-il plus sage de prendre des distances avec un idéal de beauté fabriqué de toutes pièces par les médias. Tout le monde sait que derrière la photo d’un corps de rêve, il y a toute une équipe de décorateurs, de maquilleurs, d’éclairagistes, tout un art de faire poser le modèle, avec, au final, la magie de photoshop pour corriger les éventuelles et dernières imperfections. La beauté féminine est diverse, mais malgré tout s’impose une forme idéale, la Barbie: taille fine, poitrine avantageuse et ferme, longues jambes, ventre plat, lèvres charnues. Autrement dit, moi. Hum, hum. Je tousse mon Coca!

 Eh oui, l’image se détériorera. Le destin de la forme est de se déformer. C’est pourquoi il faut résister à la dictature de la beauté, ne pas se laisser emporter par ce tourbillon insensé du toujours plus mince, toujours plus ferme, toujours plus lisse, toujours plus jeune. J’essaie de ne pas tomber dans les extrêmes, mais quand même, je dois être honnête, je crains la suite, et, pour l’instant, je me soigne, je me bichonne, je me ménage, je m’impose une hygiène de vie qui, je l’espère, ralentira mon vieillissement. Je ne fume pas, je cours, je fais de la gym, je baise, et je ne me maquille pas tous les jours pour continuer de me reconnaître au réveil, sans fard ni artifices. J’observe mon corps, j'essaie d'en accepter l'évolution pour ne pas me réveiller, un beau matin, à soixante quatre ans, complètement paniquée par des seins tombants et une peau affreusement ridée.  

 Me conserver en bon état ne me rend pas plus heureuse, mais me permet de croire encore à mon potentiel de séduction, et quand je me sens plus séduisante, cela m’aide à me sentir plus heureuse. C’est sûrement idiot, mais je serais bien déçue si mes jeunes amoureuses me faisaient des remarques sur l’apparition d’un petit bedon ou sur des fesses un peu trop flasques! Ah! vanité féminine! Pourtant, c’est vrai, aimer quelqu’un, c’est l’aimer tel qu’il est, avec ses défauts, son petit ventre, ses poignées d’amour, ses seins qui pendent, ses cuisses adipeuses ou trop maigres. C’est vrai, le sentiment amoureux n'a rien à voir avec le tour de hanches, le cou qui vieillit, les dents qui jaunissent ou la coupe de cheveux, mais c’est aussi offrir un beau cadeau à l’autre que de lui offrir un corps séduisant qui le fait rêver. Le plus beau cadeau n’est-il pas d’offrir du rêve? 

 Heureusement, c’est beaucoup plus facile quand, à la maison, comme nous, on est trois filles. Ensemble, on se fait de la prévention mutuelle, on s’observe, on se critique, on se donne des tuyaux, des recettes. Plus particulièrement, nous soignons notre visage, et justement notre cou, notre décolleté. Par exemple, quand nous allons au soleil, nous lui appliquons rituellement de la crème solaire. Et lorsqu’on se démaquille, on se démaquille ensemble le cou. Idem pour les soins du jour et ceux du soir. Car le cou d’une femme est ce par quoi la vieillesse est immédiatement visible. Pourtant le cou adore les masques et un gommage léger, mais il faut lui appliquer celui du visage et non celui du corps. Aussi nous nous massons très souvent le cou du bas vers le haut, pour mieux contrarier la pesanteur, avec des mouvements souples qui évitent la trachée artère. Et nous n’oublions évidemment pas l’arrière du cou ainsi que les oreilles. C’est pourquoi il nous arrive de faire d’horribles grimaces pour dynamiser les muscles de notre cou et de notre décolleté qui nous font éclater de rire comme des malades mentales. Bien sûr, nous n’oublions pas non plus les crèmes anti-âge pour le visage!

 Bon, j'ai dit assez de conneries, la vie est belle et le bateau coule.

(Par un fleuve emportée...)

6 commentaires:

  1. Oui, il y a de très belles femmes âgées. Ophélie, l'étape rude pour moi fut la ménopause provoquée par une erreur médicale. Bien entendu, je tente de réparer l'outrage des ans. N'oublie pas que notre regard comme notre visage reflètent notre personnalité, à tout âge. Je t'embrasse. Elisabeth.

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    1. Tu as raison, comme dit le proverbe: le regard est le tiroir de l'âme! Je t'embrasse, ma chère Elisabeth,
      Ophélie

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  2. Tout être est beau quand il est amoureux, et cela à n'importe quel âge.
    Et la locomotive n'est-elle pas celle qui tracte les autres, élément de base vers le positif ?
    Mais, je reconnais qu'au fil des ans, on se pose des questions. Allez, restons toujours jeunes.
    Joli Moi de mai, celui de la renaissance, du printemps.

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  3. Tu as raison, l'important c'est d'être amoureux!

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