Ophélie Conan

Ma photo
Au commencement, j'en suis sûre, était le vide. Néanmoins, j'apparus sur terre avec un joli prénom: Ophélie. Comme la douce et pure, comme l'ange de perfection qui ne supporta aucune flétrissure. Quant à mon nom, Conan, vous connaissez sans doute le fameux capitaine, mais aussi le terrible barbare?

mercredi 24 décembre 2014

Joyeux Noël quand même


"Pour préparer un arbre de Noël, il faut trois choses, outre les ornements et l'arbre, la foi dans les beaux jours à venir."

Zahrad (1924-2007)

(Délicieuses femmes)

lundi 22 décembre 2014

Léa et sa mère

                                                                                                                              à Kali

 Il était une fois une dame très grosse qui s’appelait Solange Mésange (Mésange comme le petit oiseau, car il existe des petits oiseaux à tête et ailes bleues et ventre jaune, qu’on appelle des mésanges). Mais Madame Mésange n’était pas un petit oiseau, elle était beaucoup plus grosse qu’un petit oiseau, elle était si grosse qu’elle ne pouvait entrer dans une auto. Elle passait difficilement par les portes d’une maison et, quand elle s’asseyait sur une chaise, la chaise s’effondrait sous elle. A chaque fois, Solange Mésange tombait par terre en créant un grand fracas. Elle criait qu’elle s’était fait très mal aux fesses, et pleurait à chaudes larmes. 

 Solange Mésange passait ses journées dans son lit, car seul son lit, ainsi que sa fille, pouvait la supporter. Elle ne lisait pas le journal, ne tricotait pas, ne faisait pas de mots croisés, elle s’ennuyait. Sa petite fille, Léa, également très grosse, mais pas aussi grosse qu’elle, car elle n’était encore qu’une enfant, mais déjà très grosse pour une petite fille de huit ans, comme sa mère, s’ennuyait. Elle dormait sous la descente de lit du lit de sa mère et, chaque matin, ou même la nuit quand elle se levait pour aller faire pipi, sa mère la piétinait. Hou! Hou! pleurnichait Léa, "tu m’as encore écrabouillée, Maman!"
— C’est bien fait pour toi, tu n’as qu’à dormir dans ton lit!
— Mais Maman, je n’ai pas de lit!" 

 Un jour, pour ne plus s’ennuyer et ne plus écrabouiller sa fille, Solange Mésange proposa à Léa d’aller visiter la savane. A ce sujet, elles n'avaient ni lu ni même regardé beaucoup de livres sur l’Afrique, où il aurait été question de lions, de girafes et d’hippopotames. Elle se rendirent à l’aéroport pour prendre l’avion, mais quand il fallut entrer dans l’avion, la porte n’était pas assez grande pour permettre à Madame Mésange d’entrer dedans. Le commandant de l’avion dit qu’il fallait la mettre dans la soute à bagages, parmi les sacs et les valises, mais Madame Mésange n’était pas du tout d’accord. Elle dit: "Ici, c’est moi qui commande, je suis la maîtresse et vous devez tous m’obéir, vous n’avez qu’à agrandir la porte de votre avion, monsieur le pilote!" Mais le commandant de bord, n’était pas du tout d’accord, il dit que c’était lui le chef et qu’il ne ferait pas agrandir la porte de l’avion, cela créerait une fuite risquant d’empêcher l’avion de voler correctement à haute altitude. Comme il n’y avait pas d’autres solutions, et que ce commandant était un homme têtu, Solange Mésange, accepta d’entrer dans la soute à bagages, parmi les sacs et les valises.

 Quand l’avion atterrit en Afrique, Solange Mésange n’attendit pas patiemment qu’on lui ouvrît la porte de la soute et fit un tintamarre du diable. On finit par lui ouvrir et elle descendit de l’avion comme une reine. Elle avait des glaçons qui pendouillaient au bout de son nez, mais qui fondirent très vite, car en Afrique, il fait très chaud. Elle sortit de l’aéroport et marcha droit devant elle, oubliant sa fille qui la suivait. "Maman dit Léa, où vas-tu?"
— Je vais dans la savane!
— Tu es bien sûre que la savane est dans cette direction?
— Oui, ma petite Léa, j’ai regardé le plan.
— Quel plan, Maman?
— Le plan du métro, pardi!
— Mais nous ne sommes pas à Paris, Maman!
— Peu importe, Léa, nous avons atterri gare Montparnasse, et maintenant nous devons marcher en direction de la porte des Lilas, c’est là que nous trouverons des lions, des girafes et des hippopotames, et peut-être même des gazelles!
— Si tu le dis, Maman chérie, je te suis! J’ai très envie de rencontrer des lions, des girafes, des hippopotames et des gazelles! 
— Surtout des gazelles, ajouta Solange Mésange, comme ça nous pourrons manger leurs cornes. C’est très délicieux!
— Chic alors! dit Léa, vraiment c‘est bon les cornes de gazelles? C’est vrai, nous les mangerons?"

 Léa était une petite fille très bête et très gourmande comme sa maman, et c’est sans doute pour cette raison que mère et fille étaient devenues de grosses patates. Par ailleurs, la savane était immense, comme une interminable tarte à la crème où il n’y avait aucun chemin, mais en marchant tout droit devant elles, elles finirent par arriver à la porte des lilas. Elle tirèrent la chevillette et la bobinette chut. Aussitôt, elles se retrouvèrent devant un gros lion qui dormait sous un lilas fleuri. En les voyant s’approcher, le lion se réveilla en bâillant. "Que venez-vous faire ici?" demanda-t-il, en faisant les gros yeux.
— Nous sommes des touristes et nous venons vous rendre visite, Monsieur lion, avant que vous ne disparaissiez, car il paraît que votre espèce est en voie d’extinction.
— Que me chantez-vous là, misérable folle? D’abord qui êtes-vous?
— Je suis Solange Mésange, et ce trognon de pomme que vous voyez là est ma fille Léa!
— Bonjour, Trognon de pomme! Mais que faites-vous dans la vie, Madame Mésange, si ce n’est pas indiscret?
— Rien du tout, je ne fais rien, je touche le rsa, mais j’ai travaillé autrefois comme ogresse d’accueil chez Paul Emploi avant d’être mise au chômage pour faute professionnelle. Je connais bien aussi le fils du tourisme, c’est un de mes amis. Et vous, Monsieur Lion, que faites-vous? Vous êtes heureux? Savez-vous, Monsieur Lion, où maintenant je pourrais rencontrer des hippopotames, des girafes et surtout des gazelles, car ma fille et moi nous voudrions manger leurs cornes.
— Manger leurs cornes? Mais vous êtes complètement folles, ma parole! Tout est bon dans une gazelle, sauf les cornes! Surtout pas les cornes! Ah! Ah! Beurk! Mais vous êtes complètement folles, ma parole!
— Ce lion est vraiment bête, dit Léa, allons-nous-en Maman! Il n’a pas dû obtenir son baccalauréat comme quatre-vingt pour cent de sa classe d’âge!
— Tu as raison, fillette, ce lion est un gros nigaud qui n’ira pas très loin dans la vie! Ça se voit à sa crinière!"

 Là-dessus, la mère et la fille se remirent en chemin. Solange regardait son plan. "Nous devrions changer de porte!" dit-elle "Les gazelles et les hippopotames sont davantage du côté de la porte Dauphine, parce qu’à cette porte il y a des dauphins. Donc, s’il y a des dauphins, il y a forcément des gazelles et des hippopotames!" Elles traversèrent des ruines, arides et putrides, où naissaient des puits de solitude dans lesquels elles se gardèrent bien de tomber. Soudain, la pluie se mit à tomber en furieuses rafales. La nuit aussi tomba. La mère et la fille continuèrent d’avancer malgré le mauvais temps, l’obscurité et le froid qui tombait partout sur l’Afrique. Tout tombait, sauf les pierres tombales. Solange Mésange aussi tomba. Elle s’affala dans le trou d’une mangrove rempli de veau marengo  "Quelle force d’obstination nous immunise!" dit-elle, soudain devenue radieuse, tandis qu’elle regardait béatement une tête de veau qui lui souriait en souvenir de la bataille de Marengo. Malgré tout, elle se releva péniblement, aidée par Léa. "La vie est redoutable" dit-elle à sa fille, "avec toutes ces péripéties, mais toujours pas de cornes de gazelles en vue!
— Nous devrions peut-être plutôt chercher des antilopes! suggéra Léa.
— Tais-toi, dit sa mère, tu es vraiment bête, tu ferais mieux de ne plus jamais parler! Tu ne sais pas que les cornes d’antilope sont beaucoup moins bonnes que les cornes de gazelle?
— Non Maman!
— Tu es vraiment une grosse petite sotte, Léa! Tu ressembles à ton père!"

 Soudain, Solange sentit son oreille droite tomber. "Mon oreille!" s’écria-t-elle, affolée. Mais l’oreille s’était dissoute dans le fleuve de son discours, et comme Solange était soudain devenue muette, et qu’il lui était impossible de retrouver la parole, elle ne put, malgré tous ses efforts, retrouver son oreille dans la mangrove qu’un crocodile venait de dévorer, croyant grignoter un Petit Lu. Soudain, perfidement, sa deuxième oreille tomba, puis sa troisième, sa quatrième, sa cinquième, sa sixième, bref toutes ses oreilles présentes et à venir tombèrent. Elle n’était plus qu’une absence définitive d’oreilles, une négation d’oreille, une oreille zéro ou, si l’on préfère, le degré zéro de l’oreille absolue. Mais comme, étrangement, Solange ne pouvait pas non plus parler avec sa bouche, ni même proférer un son avec cette même bouche, la chute de sa deuxième oreille, de sa troisième oreille, de sa quatrième oreille, de sa cinquième oreille, de sa sixième oreille, bref de toutes ses oreilles présentes et à venir, ne fut pas du tout remarquée par Léa qui marchait devant elle en chantant joyeusement une marche nuptiale de son invention. Solange, elle, la suivait sur un chemin qui menait à l’échafaud.


 Quand le jour se leva, Léa était devenue une jolie jeune fille brune, mince, intelligente, fort distinguée et souriante. Sous un pommier normand, elle écrivait un poème d’amour pour son prince charmant qu’elle n’attendait pas encore, tandis qu’une petite mésange sourde, perchée sur une branche, la regardait sans pouvoir chanter, et sans même pouvoir voir le bel ange rayonnant qu’elle était. 

(Contes à Kali)   

samedi 20 décembre 2014

Pas comme un petit oiseau


 "Mais Madame Mésange n’était pas un petit oiseau, elle était beaucoup plus grosse qu’un petit oiseau, elle était si grosse qu’elle ne pouvait entrer dans une auto. Elle passait difficilement par les portes d’une maison et, quand elle s’asseyait sur une chaise, la chaise s’effondrait sous elle. A chaque fois, Solange Mésange tombait par terre en créant un grand fracas. Elle criait qu’elle s’était fait très mal aux fesses, et pleurait à chaudes larmes."

Extrait de Léa et sa mère, à paraître bientôt.

(De fille en aiguille)

jeudi 18 décembre 2014

La solitude


"La solitude est l'élément des grands esprits"
Christine de Suède


(Délicieuses femmes)

mardi 16 décembre 2014

L'Autre


 C’est vrai, nous ne voulons pas voir l'Autre tel qu'il est. Surtout pas. D’ailleurs, qu'est-il vraiment? Le  saurons-nous jamais et le sait-il lui même? Et l'Autre n'attend-il pas de nous, aussi parfois, que nous le définissions, précisément parce qu'il ne sait pas qui il est, que nous le prenions en charge, que nous le maternions, etc. 

 Oui, l'Autre est aussi un faire-valoir, une surface de projection, une oreille attentive, un spectateur attentif, un bras sauveur, une main armée qui vous fusille, que sais-je? Mais tout cela n'invalide pas l'Autre, mais rend notre relation à lui très complexe. N'empêche que nous avons besoin de lui, et que nous le recherchons, malgré toutes ces difficultés que nous finissons bien par admettre. Et quand bien même il n'existe plus à l'extérieur de nous, nous le réinventons en nous-même, en dialoguant avec soi-même devenu un autre. Nous avons donc besoin d'être en sa présence pour l'aimer, le détester, le caresser, le torturer, s'exhiber devant lui, le mater à son insu... Tout cela est paradoxal, mais n'est pas si grave. Je me dis que c'est un paradoxe de plus, dans le droit fil des grands paradoxes de la vie qui a besoin de la mort pour proliférer et s'épanouir.

dimanche 14 décembre 2014

Naguère gare Saint-Lazare

Comme des ruisseaux après un violent orage
Des flux magnétiques se profilent dans la masse
Ordinaire et plus ou moins compacte 
Des voyageurs
Qui se dirigent vers les trains en partance
Ou les bouches du métro
Tandis qu’épisodiquement
Retentissent
Des jingles
Suivis d’une voix d’aurore boréale
Informant cette masse énorme grouillante et informe
Constituée de courants échevelés qui se croisent
Et se recroisent
Parfois s’unifient
Bondissent et rebondissent
Et se tarissent soudain
Pendant que je suis là 
Immobile 
A regarder cet effrayant troupeau et ce bel embrouillamini    
A poil sous mon manteau
A jouir de ma poche percée
Sans me soucier des distinctions entre populations
Celles qui se dirigent vers Versailles
Bougival 
Viroflay-Rive-Droite 
Saint-Nom-La Bretèche
Et celles qui filent
Vers Les Mureaux ou Argenteuil

samedi 13 décembre 2014

Longtemps après

State of the Nation - David Michael Bowers

 Le soir, Marie est venue me chercher et m'a demandé si je voulais me marier avec elle. J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l'aimais. J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas. "Pourquoi m'épouser alors?" a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier. D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui. Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai répondu: "Non." Elle s'est tue un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé. Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit: "Naturellement." Elle s'est demandé alors si elle m'aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point. Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons. Comme je me taisais, n'ayant rien à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a déclaré qu'elle voulait se marier avec moi. J'ai répondu que nous le ferions dès qu'elle le voudrait. Je lui ai parlé alors de la proposition du patron et Marie m'a dit qu'elle aimerait connaître Paris. Je lui ai appris que j'y avais vécu dans un temps et elle m'a demandé comment c'était. Je lui ai dit: "C'est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche."

Albert Camus (L'étranger)

(Grandeur et misère)

jeudi 11 décembre 2014

Pensées d'automne


 Seules et sans nous cacher, nous nous masturbons souvent. Quand l’une entre dans une pièce ou, à la belle saison, dans un coin du jardin, il n’est pas rare qu’elle découvre l’une des deux autres en train de se donner du plaisir en solitaire. Alors, l’intruse l’imite. Rarement, la coquine prise sur le fait exprime sa volonté de rester seule, elle accepte cette présence, et ainsi les deux se masturbent ensemble, l’une en face de l’autre, en se regardant. Elles mélangent leurs orgasmes qui sont alors plus intenses. Souvent d’ailleurs, le jeu se termine à trois. J’adore ces moments étranges, cette vie entre filles libérées et sans tabous, et je ne regrette rien de mon ancienne vie d’épouse BCBG. 

 C’est l’hiver bientôt. L’automne a été doux et accueillant, et les occasions pour Marianne et moi d’aller nous promener nues n’ont pas manqué cette année. Les forêts, en particulier, nous attirent, surtout ces belles rousses en lesquelles la vie se tend du cœur à la pointe de nos seins. Je ris encore de la grande peur que nous avons eue un de ces dimanches derniers, quand Marianne et moi sommes allées dans la forêt de Carnoët. Comme d’habitude, nous avions fait la route seulement vêtues de très longues robes-chemises, sans rien dessous, complètement déboutonnées jusqu’en bas. Il ne faisait pas froid. Je conduisais et, comme d’habitude, durant tout le trajet, mon amoureuse caressait mes seins, les triturait, les mordait, les suçait avec délectation. Quand nous roulons en voiture, généralement celle qui ne conduit pas fait ça à l’autre. C’est un petit jeu très très coquin qui nous excite beaucoup. De ma main libre, quand je le pouvais, je la pénétrais avec mes doigts. 

 A l’entrée de la forêt, nos lèvres se sont avancées pour se souder, et nous avons entrepris une balade à pied, robes-chemises toujours déboutonnées, et comme nous ne rencontrions personne, nous avons fini par les ranger dans notre petit sac à dos. Mouvant paysage. Soleil incessant entre les feuilles. Merveille intégrale. Excitées, un peu décoiffées par la peur et le poids de l’air, nous avons continué, main dans la main, à nous enfoncer dans la forêt profonde, comme de folles et téméraires amoureuses romantiques, prisonnières de notre désir sans limites. Naturellement, nous faisions souvent de longues stations debout, enlacées, parfois adossées contre un arbre, pour nous bécoter, nous caresser, nous lécher. Nos doigts étaient tellement occupés qu’en nous retournant soudain, nous nous sommes retrouvées, joliment confuses, face à un couple de retraités. On a voulu remettre nos robes, mais à quoi bon. Inaccessibles. Prises en flagrant délit! Notre désarroi a fait sourire le monsieur, puis la dame, et tous deux restaient immobiles, sans doute aussi gênés que nous. On les a salués gentiment, en sexe-cusant, et ils ont poursuivi leur chemin. Eux disparus, on n’a pas pu s’empêcher d’éclater de rire. 

 Nous nous sommes remises en marche, sans remettre nos robes-chemises. La cicatrice vivait en nous. On a découvert une jolie clairière ensoleillée où nous nous sommes allongées. Pour chacune, il y avait le corps de l’autre qui brillait, et tous ses mouvements, l’inclinaison de sa tête, ses bras que nous ne comprenions pas, ses yeux qui ne voulaient rien dire, ses cuisses qui s’ouvrait sur la mousse, et justement cette mousse qui se prêtait si bien aux ébats, aux bisous, aux caresses, et en elle ivre morte, tout cet infiniment petit qui luttait silencieusement, minutieusement, jamais à tort et à travers, et dans le ciel, ces instants de lumière, ces ombres qui s’inclinaient mollement, et entre nous ces effleurements, ces titillements, ces suçoteries à n’en plus finir… A un moment, elle a ouvert notre sac à dos et sorti tous nos godes dans l’automne. On a gamahuché dans un paradis tendre et vu souvent le monde à l’envers, les rayons du soleil qui labouraient les feuilles des arbres, et notre sang qui bondissait dans nos tempes.

mardi 9 décembre 2014

Pomelos

Choisissez-les fermes et bien lourds
A chair blonde
Ils sont plus sucrés que les blancs
Mais les blancs présentent une amertume
Qui est loin d’être désagréable

vendredi 5 décembre 2014

La poésie des choses

Faire apparaître l’invisible
Avec des bouts de ficelle
Ou quelques queues de cerise
N’est pas chose si aisée
Ce n’est sûrement pas quelque chose de mal
C’est peut-être
Ce qui détruit la palissade mentale
Et crée la poésie des choses

mercredi 3 décembre 2014

La vie est belle

Ma pirogue
Est une crêpe bretonne à l’entrée de l’univers
Dont le parfum
A la fleur d’oranger
Est comme une forme d’art éphémère
Créant mon monde intime
Les yeux je me les maquille
Quand je veux
Devant le lac de mes yeux
Je suis une anguille mais parfois une quille
Un bilboquet astral
Qui n’a jamais le hoquet
Je me plante sur le clocher de ma plastique
Et marche pieds nus
A pas menus
Sur la surface de mes rêves qui sont des cailloux solitaires
Je nage dans le sourire des gouges
Et me glisse en paix
Dans l’onde magnétique de l’inconnue
Et je vais là où le courant me mène
Sur ma pirogue discordante
Décorée par ma vie

(Par une fleuve emportée...)

vendredi 28 novembre 2014

Faire


 Oui, être soi est une illusion. Suivre quand même cette illusion, si elle m'apporte du plaisir et ne détruit pas les autres, si elle ne les aliène pas de leur propre quête, de leur liberté... 

 Ce chemin-là en vaut sûrement un autre. En attendant, c'est le mien, donc le meilleur. Suivre mon chemin, non celui des autres, ne plus jamais se poser de questions insolubles ("Etre ou ne pas être", "Dieu existe-t-il?"), questions totalement inutiles, foutaises… Surtout ne plus se poser de questions qui empêchent de faire, mais faire. Se poser seulement des questions concernant la manière de faire et de partager avec autrui le résultat du faire. 

 Entrer en poésie le plus possible, puisque poésie veut dire "faire". Jouir de faire, le plus longtemps possible, en attendant de ne plus pouvoir faire. 

mercredi 26 novembre 2014

Egalité


"Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude." 
(Friedrich August Hayek)

(Grandeur et misère)

Coq au vin

C’était un très beau coq 
Fier et multicolore
Qui régnait en maître sur une basse-cour

La fermière
Qui le nourrissait
Une veuve sans espoir une forte femme
Se dit un soir
Dans son lit
Avant de s’endormir
En même temps que redoutant demain il pleuve
J’en ai plus qu’assez
De ce grand gallinacé
Qui n’arrête pas de sauter mes poulettes
Demain dès l’aube
Avec ma hache
C’est dit
Je lui tranche le cou
Je lui coupe la tête

Aujourd’hui voyez notre grand seigneur
Sur la jolie toile cirée de la table de la cuisine
Comme il nage paisiblement
Dans le vin d’une cocotte

lundi 24 novembre 2014

Dialogue

Weg van Woorden - photographie de Bart Ramakers

"Le langage est foncièrement lié au désir de domination sociale. Il cherche l’ascendant. Sa fonction est le dialogue, et le dialogue, quoi qu’on en dise de nos jours, c’est la guerre."
(Pascal Quignard)


samedi 22 novembre 2014

Insouciance

Elle est infographiste à Vancouver la vie est belle
Elle entre par derrière
Et commence à écrire
En écrivant
Elle fabrique une Eve pour les temps à venir
En se moquant bien des courants d’air
Et aussi de savoir en quel mois et quelle année
La chose a commencé à se faire

jeudi 20 novembre 2014

Divin, divine

Marianne
Toute nue
S’est harnachée
Du nouveau gode d'Ophélie

Et Rose qui la regarde
Aime ce qui l’attend

Allongée
Jupe relevée
Elle voit Dieu en personne
Qui s’avance
Et se penche au-dessus d’elle

Car en même temps
Qu’elle sucera les bonnes mamelles
Un dard puissant
Inexorablement
S'enveloutera en elle.


(Par un fleuve emportée...)

mardi 18 novembre 2014

La femme du chapelier fou


Contrairement à son mari, elle ne pose pas de devinettes, car elle n'en connaît pas les réponses.

(Délicieuses femmes)

dimanche 16 novembre 2014

Pascaliennes pensées

 Il me semble qu’il existe deux démarches fondamentales dans la vie. L’une est d’analyser le réel, l’autre de se laisser aller à l’intuition, à la sensation, voire à la sensualité. Pour moi, ces deux démarches peuvent être et doivent être totalement complémentaires, mais je crois qu’il est important de privilégier d’abord le Vital (le végétal et l’animal qui résident au plus profond de soi). Ce Vital, je l’appelle par provocation « le barbare », par opposition à la part que nous avons apprise dans le monde de la culture, qui fait de nous, certes des êtres civilisés, mais aussi, si nous n’y prenons pas garde, des êtres de répétition, parfaitement conditionnés, c’est-à-dire des robots et des imbéciles. 

 L’être intelligent qui analyse doit prendre la parole après l’être vital et non avant, sous peine de l’étouffer à jamais. Inversement, la partie barbare doit être contrôlée, mais pas de manière répressive, mais compréhensive, grâce à des jeux symboliques, par l’intermédiaire de signes, et non directement par les choses elles-mêmes. Quand cela peut fonctionner de cette manière au sein de soi, c'est-à-dire de manière harmonieuse, ludique et non antagoniste, le paradoxe entre le cœur et la raison se trouve dépassé, et l'intelligence n'est plus une machine froide et inhumaine, mais devient capable, si besoin est, de s'abolir elle-même. Alors, me semble-t-il, nous ne sommes plus très loin de parvenir au bonheur... 

mercredi 12 novembre 2014

Un statut particulier

 Dès son réveil, Marie-Angélique se trouva dans l'incertitude. Son higoumène lui avait fait savoir qu’elle la rencontrerait dans la journée et elle attendait ce moment avec beaucoup d’impatience mais aussi d’inquiétude. L’attente prit fin seulement vers vingt-trois heures, lorsqu’une autre novice entra et lui demanda de se rendre dans la cellule de l’higoumène.
— Bonjour ma fille, dit l’higoumène.

     L’estomac de la jeune novice se serra, son cœur se mit à battre plus rapidement.
 Bonjour ma mère. 
— Entrez, ma fille! Vous savez pourquoi je vous fais venir? 
 Non, ma mère!
 Vraiment? Vous ne vous souvenez plus?
 Non, ma mère!
 Et bien, je vais vous infliger la punition que vous méritez.

 Punition, ce mot provoqua une vague d'appréhension et de désir en Marie-Angélique, car on lui avait déjà parlé de la manière très particulière qu’avait l’higoumène de punir ses novices et certaines de ses nonnes.
 Vous savez pourquoi?
 Non, ma mère!
— Voici plus de trois ans que vous êtes dans ce monastère, et je vous ai demandé de venir me dire quelles étaient vos intentions, et vous n’avez encore rien fait. Vous êtes négligente, ma fille. Vrai ou pas?

 Marie-Angélique, bien sûr, se rappelait parfaitement.
 Oui, ma mère, c’est vrai, je me souviens, mais je voulais encore réfléchir!
 Réfléchir? Réfléchir!

 La novice regarda attentivement son higoumène. D’origine Peul, c’était une femme évidemment brune, à la peau noire, d’une assez grande taille. Son crâne tonsuré lui donnaient un air sévère. On imaginait mal cette belle femelle en religieuse, on l’imaginait bien davantage nue, tout en muscle, s’adonnant à des danses rituelles africaines, en état de transe. Ce qui frappait la blanche Marie-Angélique, c'était l'opulence de sa poitrine, qu’elle devinait parfaitement sous sa longue robe noire.

 L’higoumène se mit à fouiller dans le tiroir de son bureau pour en sortir deux paires de menottes. Légèrement inquiète, Marie-Angélique n’osa la questionner.

 Elle se laissa guider jusqu'à l’étrange poteau de bois qui, au centre de la cellule, avait certainement la fonction de soutenir la poutraison. D’elle-même, Marie-Angélique s'y adossa et passa ses mains de part et d’autre du poteau, afin que l'higoumène pût les réunir derrière, avec les menottes.
— Mais d’abord, je vais retirer votre culotte, ma fille. Ensuite, vous vous mettrez à genoux, les fesses bien collées au poteau!

 L’higoumène ouvrit la robe noire de Marie-Angélique de manière à laisser paraître la culotte et les seins, puis, se reculant, dit:
— Vous êtes très belle ainsi, ma fille, la crainte se lit dans vos yeux, parce que vous ne savez pas où je vais m’arrêter, n’est-ce pas? Et cela, visiblement, vous angoisse. J’aime voir votre angoisse!
 Oui, ma mère, mais j'ai quand même confiance en vous.
 Vous avez peut-être tort, ma fille!

 Disant cela, la Peule baissa un peu la petite culotte de coton blanc, puis, prise d’une soudaine détermination, la fit tomber aux pieds de Marie-Angélique.
— Maintenant, agenouillez-vous!

 Marie-Angélique, sans résister, en passant ses deux jambes de chaque côté du poteau avec lequel elle avait l’impression de commencer à faire corps, se laissa glisser jusqu'au sol. L’higoumène se saisit de ses chevilles qu'elle immobilisa à l'aide de la seconde paire de menottes.
— Ma fille, vous voilà disponible aux voies du Seigneur!

 Attachée comme Marie-Angélique l'était, l’higoumène pouvait maintenant disposer entièrement d’elle. La jeune novice, cuisses écartées, ne comprenait pas pourquoi elle lui faisait confiance. S'approchant, l’higoumène s'accroupit et, la regardant droit dans les yeux, lui dit:
— Je sais que vous aimez ce que je vais vous faire subir.
 Non!
 Alors pourquoi êtes-vous venue?
 Je n’avais pas le choix, ma mère, c’était un ordre!
 Prétexte!
 Je vous jure, ma mère! C’est vous qui m’avez demandé de venir. Il est de règle de vous obéir. Comment pouvais-je vous refuser?
— C’est vrai, mais surtout vous avez découvert que vous pouviez jouir en étant humiliée, et vouliez en découvrir plus sur vous-même!

 L’higoumène avait raison. Pourquoi continuer cette comédie?
— C’est que j'ai découvert cette face inconnue de ma personnalité, ma mère.
— Je le pressentais, c’est pourquoi je vous ai réservé une petite surprise. Je vais vous apprendre à vous moquer de moi!
 Mais je ne me suis pas moquée de vous, ma mère!
— Si, en me faisant croire que vous n'aimiez pas être dominée.
 Pardonnez-moi, ma mère, mais cela est si nouveau pour moi.

 A son tour, l’higoumène ouvrit sa robe noire et exhiba sa généreuse poitrine.
— Suce mes seins, ordonna-t-elle.
— Ma mère!
— Tais-toi, petite effrontée! Suce, je te dis! Je suis sûre que tu aimes ça!

 Avec ses lèvres, Marie-Angélique attrapa un téton, mais le diablotin fila aussitôt. L’autre prit sa place. Le premier revint, et ainsi de suite. Marie-Angélique les attrapait l’un après l’autre, à la volée, et tétait autant qu’elle le pouvait.

 Mais l’higoumène se lassa de son petit jeu. Elle ouvrit très grand la robe de Marie-Angélique, en dégageant bien les épaules.
— Si j’avais un appareil photo, je vous prendrai, ma fille.
— Ma mère…

 Marie-Angélique essaya de remuer un peu, de se dégager, mais ses liens ne lui permettaient que très peu de liberté. Ses seins se dandinèrent et cela ne déplut pas à l’higoumène.
— Ma mère, je vous en supplie!

 Elle se tenait imposante devant elle.
— Vous êtes si belle ainsi, la colère marque votre visage! Le Seigneur vous voit, ma fille!

 La punie baissa vivement la tête.
— Arrêtez, arrêtez!
— Cela ne fait pourtant que commencer, un peu de patience, ma fille!

 L’higoumène attrapa une petite boite circulaire semblable à une boite de cirage. Le regard de Marie-Angélique accrocha les symboles inscrits sur le couvercle, c'était des idéogrammes chinois.
— C'est du koyo, ma chère, une crème chinoise qui a deux avantages: le premier est de permettre une meilleure lubrification intime, le second, c’est d’être un aphrodisiaque assez puissant.

 Après avoir ouvert le boite, l’higoumène prit une noix de cette crème et la présenta à l'entrée du sexe de Marie-Angélique. Lentement elle fit glisser ses doigts dans l’écrin, déposant une fine pellicule de l’onguent sur toutes ses parois. La position humiliante dans laquelle se trouvait Marie-Angélique, associée au fait qu'elle se sentait très coupable de commettre un péché, même en obéissant à son higoumène, augmentait son angoisse, tout en laissant place à une sourde excitation. 

 Marie-Angélique apprécia tout de suite la douceur de l'intrusion. Un deuxième doigt ajouté s'insinua dans la place, ce qui incita Marie-Angélique à écarter plus encore ses jambes, afin de favoriser davantage l'accueil en elle. Elle se laissa gagner par les sensations qui montaient, du fait de l'habilité des caresses prodiguées par ces deux doigts qui bougeaient sans arrêt. L’higoumène profitait au maximum de son abandon. Elle posa son pouce sur le clitoris ce qui provoqua une série de contractions totalement involontaires des muscles vaginaux. Marie-Angélique ferma les yeux pour mieux savourer les caresses prodiguées à son bouton d'amour.
— Hummm!

 Elle ne put s'empêcher de pousser un gémissement de plaisir. Dans son vagin, une douce chaleur commença à se répandre. Jamais elle n'avait ressenti un tel bien-être. Plus l'onguent était absorbé par son intimité, plus cette sensation augmentait.
— Ouïe! Quelle chaleur! C'est bon, ma mère!

 L’higoumène se releva et observa sa novice. Progressivement, ses hanches se mirent à onduler, son bassin entama une danse afin de calmer la tempête qui montait en elle. Marie-Angélique écarta encore ses cuisses pour diminuer toutes sensations naissantes. Cet onguent était diabolique, son vagin vivait tout seul, générant des ondes de plaisir de plus en plus fortes. Dans sa tête il n'y avait plus que cette partie de son corps qui existait. Elle commença à tirer sur les menottes, voulant se dégager pour poser une main sur sa vulve. Il lui fallait éteindre ce feu qui allait l'envahir. Il devenait insupportable, elle s'affola.
— Ma mère, soulagez-moi!

 L’higoumène la regardait comme on observe un rat de laboratoire.
— Faites-moi jouir, ma mère, je vous en supplie!

 Marie-Angélique commençait à respirer de plus en plus rapidement. Elle avait la sensation que son clitoris était transpercé par mille aiguilles brûlantes. En direction de sa tourmenteuse, elle lança un regard implorant. Pour toute réaction l’higoumène sourit. Le feu entre ses jambes irradiait tout son bas-ventre, petit à petit elle perdait tout contrôle. De rage, elle se débattit, se contorsionna. Il fallait qu’elle atteignît l’acmé de son plaisir, sinon elle allait devenir folle. Ça brûlait, ça piquait. Elle se cambrait, ruait, ses cuisses étaient ouvertes au maximum, elle donnait des grands coups de reins dans le vide. Elle se remit à supplier.
— Ma mère, donnez-moi du plaisir, je vous en prie, branlez-moi!

 Marie-Angélique lança son ventre en l'air et se mit à hurler. Elle n’avait qu’une envie, que cette brûlure cessât.
— Ma mère, par pitié!

 Son souffle était court, son clitoris lui envoyait des terribles lancées de plaisir, mais insuffisantes pour lui apporter la plénitude. L’higoumène finit par s'approcher d’elle.
— Tu ne me mentiras plus à l'avenir?
     
 De la tête, Marie-Angélique acquiesça.
 Plus jamais, je vous le promets!
 Tu feras toujours ce que je veux?
 Oui ma mère, je le ferai! Oui!
— Encore cinq petites minutes et je te soulage, ma belle! 
 Non, maintenant, maintenant!
— Tu n’as pas à me donner d’ordre, tu le sais bien. Si tu le fais, je ne te soulagerai pas!

 La tension était telle que Marie-Angélique se mit à pleurer. Elle agitait son bassin en tous sens. Cinq minutes d'enfer, cinq minutes durant lesquelles son esprit se mit à l'écoute des palpitations de plaisir qui envahissaient son corps. Elle manquait d'air, ses narines se pincèrent et se déployèrent à un rythme infernal. On pouvait voir sa poitrine se gonfler et se dégonfler comme un soufflet de forge.
 Alors, prête pour le grand voyage?
 Oui, ma mère!

 Les doigts de l’higoumène entrèrent à nouveau dans l’intimité de Marie-Angélique. Ils commencèrent un va-et-vient lent et efficace, ils disparaissaient profondément pour réapparaître dans un mouvement giratoire très marqué. Marie-Angélique perdit tout contrôle sur son bas ventre qui suivait le rythme imposé par son abbesse. L’higoumène accéléra son mouvement et naturellement les reins de Marie-Angélique accompagnèrent le rythme. Elle ne maîtrisait plus rien, l'orgasme menaçait de la submerger. Sa croupe s'agitait de plus en plus et un flot quasi continu de miel envahissait son sexe. Elle aspira une gigantesque goulée d'air, ça y était, encore quelques va-et-vient… Les yeux grands ouverts, Marie-Angélique fixait le plafond de la cellule, ses avant-bras serrant très fort le poteau qui la retenait prisonnière, le dos arqué, s'offrant au plaisir qui allait la submerger. Elle n'était plus qu'une boule de feu prête à éclater. De son pouce l’higoumène écrasa son clitoris et un orgasme dévastateur la submergea.
— Ooh! Oooui!
     
 Le corps tendu à se rompre, elle jouit, emportée par un plaisir merveilleux. Elle n'avait plus de force, c’est pourquoi pour calmer les battements de son cœur, elle respira longuement.
— Merci ma mère, merci!
     
 L’higoumène s'assit à côté d’elle, passa sa main dans ses cheveux et pressa sa tête sur son épaule. En caressant sa chevelure, elle lui parla tendrement.
— Doucement, ma fille, doucement. Tu es très belle lorsque tu prends ton plaisir.

 Le passage répété de sa main sur sa tête facilita son retour au calme.
— Ce que vous venez de me faire, ma mère, est l’œuvre du diable. Je ne contrôlais plus mon corps, il vivait seul, me tenant au bord de l'orgasme sans jamais le provoquer.
— Je sais ma fille, je sais. Mais ce n’est pas l’œuvre du diable, mais bien celle de dieu. As-tu au moins pensé à notre Seigneur Jésus Christ?
 Non, ma mère, je n’y ai pas pensé.
 Ce n’est pas bien, ma fille. Jésus, pourtant, était là, car il est amour.

 Lentement l’higoumène repoussa la tête blonde de Marie-Angélique, puis, passant derrière elle, la libéra des menottes. Aussitôt, la novice étendit ses jambes et massa ses poignets. Se levant, l’higoumène lui tendit la main pour l'aider à se relever. Ses jambes étaient encore faibles, mais dans l’ensemble la jeune femme avait récupéré. 
— A propos, ma fille, il faudra me dire… Votre noviciat s’achève… Avez-vous l’intention de rester parmi nous? Vous sentez-vous prête à vous vêtir de l’exorassa, de porter le voile et de mourir au monde comme vous venez de le faire? Ainsi que vous le savez, vous êtes encore parfaitement libre de nous quitter. Mais quel dommage ça serait! Quand je vous vois, je suis certaine que vous êtes faite pour le niveau le plus élevé de l’excellence qui vous permettra d’atteindre le Grand Schéma. Réfléchissez, ma fille!
— Je pense avoir bien réfléchi, ma mère, je veux rester parmi vous.
— C’est très bien, je vous bénis ma fille. Comme vous le savez, pour entrer définitivement dans notre communauté, il faudra que vous soyez rituellement tonsurée devant toutes les nonnes du monastère. Cela concerne non seulement vos cheveux, mais également les poils de votre pubis. A l’issue, vous recevrez un nouveau nom et, ainsi, vous pourrez vous mettre en marche vers un nouveau niveau de discipline, d’attachement et d’humilité qui, en fonction de votre obéissance et de votre ascétisme, pourra vous élever au Grand Schéma.
— Je le veux ma mère, je le désire de tout mon cœur, faites de moi, ce que vous voudrez!
— C’est très bien ma fille, vous êtes l’obéissance même. Allez maintenant.

 Marie-Angélique sortit sans rien ajouter et se retrouva dans le couloir où se trouvait une vache, une vache blanche avec des taches marron, qu’elle pouvait voir de trois-quarts arrière, avec sa tête dirigée vers elle, qui la regardait.
— Bonjour Lulubelle III, que fais-tu donc ici?
— Je suis sortie de la pochette d’Atom Heart Mother, répondit la vache, je me promène…
 — Mais le couloir d’un monastère n’est pas exactement l’endroit idéal pour la promenade d’une vache! Pourquoi as-tu quitté la verdoyante prairie de ta pochette?
— Je m’y ennuyais. J’en avais assez. Et toi? Que fais-tu dans ce couloir? D’abord comment t’appelles-tu?
— Je m’appelle Marie-Angélique, et je vais bientôt devenir nonne. Je sors de chez mon higoumène qui m’a mis la chatte  en feu.
— Ah bon! Qu’est-ce qu’elle t’a donc fait?
— Heu… Elle me l’a enduite de koyo et… Elle m’a fait toutes sortes de choses vraiment très agréables.
— Mais sûrement pas très orthodoxes!
— Tu as raison… Mais c’était fort agréable…
— Comment est-elle ton… Comment tu l’appelles?
— Mon higoumène?
— Oui, ton higoumène!
— C’est une femme peule, très belle! Tu connais les Peuls?
— Non. Et toi?
— Moi non plus, je ne les connais pas, je ne connais qu’elle. Elle dirige et administre notre communauté… A propos, je vais porter la coiffe noire très bientôt, et on va me tonsurer les cheveux, et aussi le zizi devant tout le monde!
— Ah oui. T’es contente?
— Voui, et puis mon Higoumène m’aime! Et toi? Tu es contente?
— Meuh! Oui.
— Mais pourtant, tu es une bête à viande! Tu n’as pas peur d’être mangée, un jour?
— Ma foi non. Ça fait des dizaines d’années que je suis sur la pochette et il ne m’est encore rien arrivé de fâcheux. Pas d’abattoir en vue.
— Oui, mais maintenant que tu es sortie de la pochette?
— C’est vrai, mais j’ai quand même un statut particulier. C’est pas désagréable un statut particulier! Je préfère ça que d’entrer dans une économie rationnelle de marché comme ils disent!
— Dans ce cas, tu as vraiment de la chance Lulubelle! Ah! Quand je pense à toutes tes consœurs, c’est horrible! Et toi, tu es pour quoi, l’abattage par égorgement ou bien par étourdissement?
— Ma foi, Marie-Angélique, je n’en sais rien, je ne me suis jamais posé la question, tu sais, sur ma pochette…

 Elles traversèrent diagonalement le cloître, et se retrouvèrent dans la grande cour où s’élevaient le réfectoire, la cuisine, les entrepôts et les granges. Quand elle aperçut la lune, Lulubelle se mit à beugler de toutes ses forces. La lune paraissait très brillante dans un ciel sans nuage. Peut-être de satisfaction, Lulubelle en profita pour faire une jolie bouse.
— Ça va mieux, dit-elle, mais il y a une chose que je ne comprends pas, c’est pourquoi vous dites toujours, vous les humains: « A chacun son métier, et les vaches seront bien gardées. », qu’est-ce que nous avons à voir avec vos métiers?
— Bof, c’est une expression, Lulubelle. On disait ça du temps où il y avait des bergers qui gardaient les vaches!
— Ah oui. Et toi, si j’ai bien compris, tu veux faire le métier de nonne?
— En fait, c’est pas vraiment un métier!
— Qu’est-ce que c’est? Vous faites quoi les nonnes?
— Bah! On vit entre sœurs et, chaque jour, on partage des temps de prières, de repas, parfois on fait des travaux communautaires. Souvent on se réunit pour célébrer la louange de Dieu et intercéder pour le salut du monde.
— Et ça marche?
— Je sais pas, je n’ai pas vraiment de retour!
— Et parfois vous faites l’amour?
— Oui, entre nonnes. Faut dire que c’est pas facile pour une jeune fille… de…
— A propos d’amour, interrompit Lulubelle, je me demande bien aussi pourquoi les humains parlent d’amour vache. Tu connais le rapport qu’il y a entre l’amour et les vaches?
— Là aussi je ne sais pas… C’est quand deux personnes, malgré leur violence physique et verbale, s’aiment quand même! Quand elles sont vaches l’une envers l’autre…

— Oui, mais pourquoi dit-on qu’elles sont vaches? C’est bizarre! C’est même offensant, à la fin… Les vaches ne sont pas vaches, elles sont gentilles! C’est une idée imbécile d’humain!

— Tu as raison, Lulubelle, les humains sont bêtes.
— Meuh! Meuh! beugla soudain Lulubelle, je suis la dame de vie et de la beauté, la mère des mères, la maîtresse de la danse et de la vulve, je suis tout l’or du monde… Meuh! Meuh! Allons, viens, Marie-Angélique, allons vivre l’ivresse de l’amour! Viens, ma chérie!

 A ces mots, Lulubelle III détala et se mit à gambader joyeusement, elle cabriolait dans la grande cour en beuglant encore à qui mieux-mieux: Meuh! Meuh!
— Attends-moi! criait Marie-Angélique, attends-moi Lulubelle! Ne m’abandonne pas!

 Mais la vache avait disparu dans le cloître. Marie-Angélique l’entendait encore beugler, et de plus en plus fort. Elle va réveiller ou alerter toutes les nonnes et toutes les novices, et aussi mon Higoumène, se dit Marie-Angélique. Mon dieu, que va dire ma mère si elle me trouve ici, au beau milieu de tout ce tapage?

 Il ne se passa rien. Les portes ne s’ouvrirent pas. Un grand silence régnait sur tout le monastère. Marie-Angélique n’entendait plus les beuglements presque féroces et voluptueux de Lulubelle. Elle la chercha encore, mais en vain. La vache blanche aux taches marron, qui parlait si bien le français, avait disparu.

 Fatiguée, la novice s’assit sur un muret et, soudain, eut encore envie d’amour, mais aussi de joie, de vin, de musique et de danse. En attendant tous ces plaisirs, elle ouvrit sa longue robe noire pour libérer ses seins et commença à caresser sa fentine. 
— Je suis bien heureuse, pensa-t-elle, en frottant son doigt, ma mère m’a dit que j’étais belle! C’est vrai, je me vois, je suis la dame du sycomore du sud et la souveraine de la nécropole de l’Occident. Et je me vois aussi très bien en dame des écrits, ce que je suis du reste, oui, en souveraine des bibliothèques, et aussi en déesse aux manifestations innombrables… Mais… Oh! Que m’arrive-t-il? Mon Dieu, que m’arrive-t-il? 

 Comme une onde, sa peau se couvrit d’un pelage blanc avec des tâches marrons. Des cornes lui poussèrent sur le front et, comme une montgolfière, elle enfla, elle enfla et se retrouva sur quatre pattes, avec des sabots, à fouler le gravier de la cour. Très surprise, Marie-Angélique s’entendit beugler: Meuh! Meuh! Meuh!

Un statut particulier (PDF)

(Passions à contre-jour)